Alain Têtu, président chez Prime marketing
Alain Têtu, président chez Prime marketing

[GÉRER LA CRISE] Prime Marketing: rendre disponibles ses ressources

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Prime marketing
  • Type d’entreprise: marketing expérientiel, organisation d’évènements, véhicules promotionnels
  • Contact: Alain Têtu, président

Q Votre situation avant la crise

R Prime marketing est une entreprise de Québec qui a vu le jour il y a presque 25 ans. Nous avons des bureaux à Québec, Montréal, Toronto, Calgary, Vancouver, Boca Raton, en Floride, et à Chicago. Nous travaillons en collaboration avec des agences de publicité et nous nous spécialisons dans le marketing expérientiel qui est avant tout un métier de contacts humains entre une marque et des individus. On fait connecter le consommateur avec les marques sur le terrain. Par exemple, quand Mcdonald’s a lancé son programme McCafé il y a sept ans, les gens n’étaient pas vraiment portés à aller chez McDonald’s pour s’acheter un café. On a donc bâti un programme d’échantillonnage pancanadien avec des remorques que l’on a créées de toutes pièces dans lesquelles on faisait du café que l’on offrait gratuitement aux gens lors d’activités comme le Festival d’été. Jusqu’en mars dernier, on livrait au-delà de 850 évènements d’expériences de marque par année à travers le Canada, ce qui représente environ trois activités par jour, à l’année. Nous avons une banque d’employés qui totalise 500 ambassadeurs de marque, prêts à travailler à travers le Canada.

Q Quels ont été les dommages causés par la crise?

Tous nos gros mandats ont été mis sur pause à la suite de l’annulation de tous les festivals et des activités qui ont habituellement lieu au printemps et pendant la période estivale. Je ne cacherai pas que lors des deux premières semaines, tout le monde a été comme gelé. «C’est quoi ça?, on s’en va où? Ça va reprendre quand? Comment on va vivre ça? Qu’est-ce que l’on va faire demain?» C’est par la suite, qu’au niveau de la direction, nous avons dit qu'il fallait nous manifester et dire que l’on était là. Par la suite, nous avons trouvé des mandats, nous avons réengagé des gens et nous avons été capables de dire à nos employés de nous faire confiance, que nous continuions à travailler très fort pour aller chercher des mandats qui nous permettraient de rappeler le plus de monde possible, le plus rapidement possible. Si on veut être capable de continuer à offrir nos services après la crise, il faut trouver de nouvelles avenues qui nous permettront de passer à travers celle-ci. Malgré tout, si rien ne change, l’année 2020 sera catastrophique au niveau des chiffres.

Q Comment avez-vous pu relancer vos activités?

R Nous étions déjà en négociations avec l’entreprise Fumoir Gosselin avant la crise pour travailler en collaboration pour faire connaître ses produits. Et quand la crise est arrivée, les gens de l’entreprise nous ont contactés pour demander si nous pouvions les dépanner. Leur site Web transactionnel allait bien et ils avaient la chance de faire des ventes dans la région de Québec, mais ils n’avaient personne pour livrer les produits vendus. 

On a perçu la demande de Fumoir Gosselin comme une très bonne nouvelle. Au moment où l’on se parle, que l’on ramasse des bouteilles ou qu’on livre du saumon fumé, l’important c’est de garder notre personnel en place, de donner du travail à nos gens, d’assurer la pérennité de l’entreprise et d’aider les personnes qui nous ont permis de travailler dans les dernières années. Mais comme c’était une demande qui semblait être hors de l’ordinaire, on a fait appel à notre staff. On a fait un sondage auprès de nos 500 ambassadeurs. On leur a demandé s’ils étaient prêts à travailler si on avait des offres qui sortaient un peu de l’ordinaire. Et la très grande majorité de nos gens nous ont dit oui. On a donc accepté d’aider Fumoir Gosselin et c’est là que l’on a commencé à faire de la livraison de saumon fumé et de produits dérivés pour cette entreprise. Comme on fait de l’expérientiel dans le domaine alimentaire, on a des ressources disponibles, des camions réfrigérés et des entrepôts. On s’est dit "pourquoi ne pas les rendre disponibles aux gens qui sont en pénurie de main-d’œuvre"?

Q Quels genres de mandats pouvez-vous accepter?

R Nous avons la logistique en place pour prendre en charge toutes sortes de mandats. Nous avons des entrepôts, des camions, du personnel. Je lisais l’article du Soleil qui parlait de la récupération des bouteilles et des canettes consignées. Les gens ont l’air à trouver que c’est lourd. Ils ne savent pas où se lancer. Mais pour nous, aller dans un stationnement d’un centre commercial avec des camions et du personnel et nous conformer à toutes les mesures sanitaires demandées, c’est rien. Mais on commence par où et on contacte qui? Et s’il y a des gens avec qui on ne faisait pas affaire qui nous tendent la main, c’est sûr que nous allons répondre.

Q Comment voyez-vous l’après-crise?

R Nous allons devoir nous adapter. Ça ne sera plus jamais comme avant. Mais on a des moyens de continuer à opérer de façon sécuritaire pour se conformer aux normes. Si les gens sont capables d’aller au service au volant de n’importe quel commerce pour se procurer un produit, ils sont capables de venir à une fenêtre sécurisée avec un plexiglas d’une remorque pour avoir un café. Pour nous il y a donc des choses qui seront encore possibles et d’autres qui ne le seront plus. Mais c’est là que sera le moment de se réinventer et d’arriver avec une nouvelle façon de faire. On va peut-être aussi revoir notre façon de travailler en y intégrant beaucoup plus de numérique dans nos approches que nous le faisons actuellement.

Je crois que le reste de l’été va être assez tranquille. S’il n’y a pas de deuxième vague de la COVID, je vois d’un œil positif le retour à l’école. Les gens, les commerces, les marques n’auront pas le choix de se manifester afin de reprendre l’attention des consommateurs pour le retour à l’école. Mais d’ici là, les gens, tant les consommateurs que les entrepreneurs, vont avoir besoin d’une pause pour aller prendre une marche sur les Plaines d’Abraham.