Patricia Gauthier a ouvert Parlabas café-boutique le 16 février 2019. Un an plus tard, elle a dû revoir son plan d'affaires et se réinventer à cause de la crise de la COVID.
Patricia Gauthier a ouvert Parlabas café-boutique le 16 février 2019. Un an plus tard, elle a dû revoir son plan d'affaires et se réinventer à cause de la crise de la COVID.

[GÉRER LA CRISE] Parlabas café-boutique: retomber rapidement sur ses pieds

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise : Parlabas café-boutique
  • Type : café de quartier écoresponsable
  • Contact : Patricia Gauthier, propriétaire

Q Votre situation avant la crise?

R J’avais mis quelques années à travailler sur mon projet et à monter mon plan d’affaires. J’ai officiellement ouvert mon commerce en 2019. Ça avait fait un an le 16 février. Comme j’étais une nouvelle entreprise, je n’avais pas de réputation qui me précédait. Tout était à bâtir, je devais charmer chaque client. Il fallait que je lui prouve que je faisais le meilleur café et que je donnais le meilleur service. Et dès nos tout débuts, les gens voulaient que tout soit parfait et rapide. C’était difficile de nous implanter. J’ai mis un peu ma famille de côté (trois enfants de 7-8 et 10 ans) et j’ai travaillé sept sur sept, environ 70 heures par semaine, en me disant que c’était un passage obligé pour une entrepreneure. Mais après un an, à la suite de tous les efforts que j’avais faits, je commençais à avoir une belle clientèle.

Le 14 mars, tout a basculé pour moi. Comme tout le monde, j’ai dû fermer. Et de toute façon, la clientèle n’était plus au rendez-vous. Les gens avaient peur de fréquenter les lieux publics à cause de la pandémie. Et comme je n’étais pas intéressée à ouvrir ma cuisine pour offrir seulement des commandes pour emporter, j’ai fermé le café et j’ai mis mes employés au chômage. Je me suis retrouvée toute seule, comme il y a un an, alors que j’étais à la case départ.

Q Comment avez-vous réagi?

R Quand j’ai appris la nouvelle, ce fut un bouleversement. Mais quand on a le goût de son projet et la motivation, ce n’est pas long que l’on retombe sur ses pieds. Et on ne lâche pas le bâton. On veut continuer. J’ai donc dû me réinventer et aussi changer mon modèle d’affaires.... mais à faible coût parce qu’en tant que petite entrepreneure, je n’avais pas beaucoup d’argent. 

Aujourd’hui, je fais tout, tout dans mon entreprise. Je suis même devenue livreuse. J’ai arrêté de faire de la bouffe au café, mais j’ouvre trois fois par semaine pour des commandes à emporter. Et depuis vendredi, nous offrons la livraison de croissants et de chocolatines. J’ai aussi ma boutique en ligne (www.parlabascafe.com) où j’offre des produits faits par des artisans québécois de même que les articles que nous avons dans le coin boutique du café comme des plantes, des huiles, des chandelles. etc. 

Q Y a-t-il eu des retombées positives à la crise?

R Je suis vraiment surprise par le succès de la boutique en ligne. Je suis très heureuse d’avoir développé ce créneau. Heureusement que je l’ai, sinon ça serait très difficile financièrement parlant. C’est un projet que je caressais, mais j’attendais avant de le réaliser. La crise m’a poussée à le mettre en branle plus rapidement.

La crise m’a aussi permis de faire une pause, de sortir de mon entreprise et de son quotidien pour la regarder de l’extérieur. J’ai pu voir ce que je voulais et ce que je ne voulais pas continuer à la même vitesse qu’avant. Elle m’a fait réaliser que je devais faire plus confiance à mon équipe de travail et déléguer davantage. Elle m’a permis de retrouver mon équilibre. Quand une entrepreneure est heureuse, ça paraît dans son projet. Aujourd’hui, je suis plus forte et plus solide.

Q Comment voyez-vous l’après-crise?

R J’ai hâte de voir à quel point les clients auront peur ou non de revenir passer du temps au café comme ils le faisaient avant. Je me demande aussi si les gens vont garder les habitudes qu’ils ont développées pendant la crise. Présentement, les consommateurs encouragent les entreprises locales. Je le vois. À chaque fois que j’ouvre le café, les gens sont au rendez-vous, ils viennent m’encourager. Est-ce qu’ils vont continuer ou est-ce qu’ils vont reprendre leurs vieilles habitudes d’avant? 

Comme je n’ai que 30 places dans mon café, l’application de règles de distanciation au sortir de la crise devront peut-être m’obliger à me réinventer. Je ne suis pas rendue là, mais je sais qu’il va falloir que je trouve des idées.

Une chose est sûre, je vais être encore plus présente dans le domaine virtuel et je vais pousser encore davantage ma boutique en ligne.

Q Votre plus grand souhait dans les mois suivant la fin du confinement?

R On est tellement régi par les villes. À chaque fois qu’on veut faire quelque chose, on a besoin d’un permis. Et souvent les permis sont refusés parce que nos initiatives ne respectent pas exactement les règlements municipaux. J’espère donc que la Ville sera plus lousse dans l’application de ses règlements au début du retour à la normale.