Yanick Guillemette a créé en 2016 Outgo, une plate-forme de vente en ligne où les commerçants locaux sont en mesure de vendre leurs expériences et leurs forfaits resto, dans une formule clé en mai.
Yanick Guillemette a créé en 2016 Outgo, une plate-forme de vente en ligne où les commerçants locaux sont en mesure de vendre leurs expériences et leurs forfaits resto, dans une formule clé en mai.

[GÉRER LA CRISE] Outgo: une opportunité exceptionnelle née du chaos total

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprises : Outgo
  • Type d’entreprise : plate-forme numérique de vente
  • Contact : Yanick Guillemette, président

Q Votre situation avant la crise ?

R Outgo est une plate-forme de vente en ligne qui été fondée en 2016. C’est un projet qui vient de mon expérience personnelle. J’étais impliqué dans un resto et dans un spa. On avait décidé de vendre des forfaits cadeaux pendant la période des Fêtes. On avait donc loué un espace dans un centre commercial, engagé des employés et loué du mobilier. Ça nous avait coûté cher, ça avait été compliqué et ça ne nous avait pas tellement rapporté. Parallèlement, j’avais ouvert une boutique en ligne et on y avait vendu 25 fois plus que ce que l’on avait vendu en kiosque. C’est là que j’ai eu l’idée de créer un endroit sur Internet où les commerçants locaux seraient en mesure de vendre leurs expériences et leurs forfaits cadeaux, clé en main. J’ai pensé à faire un partenariat avec des commerçants locaux pour les accompagner et leur donner un boost sur Internet.

Quatre ans plus tard, on est 14 employés, on a à peu près 325 partenaires, des commerçants du Québec, et on a un volume annuel de 12 000 à 15 000 ventes sur la plate-forme.

Comment avez-vous réagi quand la crise s’est amorcée ?

R Quand la nouvelle est tombée, ce fut comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai deux types de clients. Des entreprises locales qui ont dû fermer du jour au lendemain et des acheteurs qui n’avaient plus le goût de se procurer une table d’hôte dans un resto ou une escapade dans Charlevoix. À ce niveau, les ventes ont d’ailleurs chuté de 75 à 80 %. En termes d’impacts négatifs, nous étions au sommet. Nous représentions quoi au niveau de l’économie et qui pour le gouvernement du Québec? Nous étions un site Web qui représentait une industrie durement touchée.

Une fois que la douche froide a été reçue, on a fait un appel conférence entre dirigeants pour parler de la situation. Et on a décidé de tout mettre en œuvre pour qu’à la fin de cette histoire d’horreur, un maximum de nos partenaires soit toujours ouvert et client chez nous. Il fallait protéger le plus possible notre raison d’exister, soit les commerces du Québec. Et on a été les premiers au Québec à lancer une campagne pour soutenir les commerçants locaux de manière directe en bonifiant les cartes cadeaux achetées de 25 %. On n’a pris aucune commission et chargé aucuns frais sur les transactions. On est allé chercher environ 40 000 $ que l’on a remis directement dans les poches des commerçants.

En tant qu’entreprise, on s’est vraiment mis en mode solution, pour opérer avec une consommation minimale de capitaux, et en mode petit budget en regardant comment on pouvait couper dans nos dépenses. On a renégocié des ententes, on a négocié des escomptes et des congés de paiements, on a réduit la capacité de nos serveurs, etc.

Q À quel moment les affaires ont-elles vraiment reprises ?

C’est que dans le chaos total qu’est née une opportunité absolument exceptionnelle. C’est une demande qui est venue de grandes entreprises pour quelque chose que nous n’avions jamais fait. Elles cherchaient une manière de remercier leurs employés pour leur implication en temps de la COVID. Mais à cause des mesures de distanciations, du  télétravail, etc., elles ne pouvaient pas le faire de manière conventionnelle. Ces entreprises nous ont dit qu’elles avaient vu que nous étions dans la vente en ligne de cartes cadeaux et de forfaits et elles nous demandaient si nous avions une solution pour leur permettre d’envoyer à plusieurs employés un courriel avec une carte cadeau de manière automatisée.

On a donc créé un nouveau service, une solution 100 % personnalisée où l’on retrouve dans un courriel le logo du partenaire, un texte personnalisé et une carte cadeau qui est 100 % numérique. Et on est capable de faire un envoi de masse au moment du choix du client. Tout le monde recevra son courriel en même temps et il sera ensuite en mesure d’encourager l’économie locale.

Cette opportunité a été notre résurrection, notre sortie du brouillard. Ce fut un point tournant. Elle en train de faire exploser nos affaires. Il a fallu que l’on engage deux nouvelles personnes pour soutenir la demande. On est les seuls au Québec à offrir un tel service en ce moment. C’est une initiative qui fera des heureux à tous les niveaux. L’employé qui reçoit une carte cadeau avec les remerciements de son entreprise le sera. Nous, commerçants locaux qui vivent des temps difficiles, le serons parce qu’ils pourront réaliser des ventes et nous le serons aussi parce que ça nous permettra de faire de la business. C’est un écosystème qui fait qu’une grande entreprise d’ici gâte ses employés par le biais d’une solution technologique québécoise innovatrice et fait en sorte d’aider directement les plus petits commerces d’ici. Elle fait donc une grande différence dans l’économie locale. Et c’est encore plus important en temps de pandémie. C’est un équilibre exceptionnel.

Q Y a-t-il d’autres avantages ?

R Les gens qui recevront une carte cadeau vont parfois faire affaire avec un commerçant qu’ils ne connaissent pas. Et la glace sera cassée. Peut-être que par la suite, les gens achèteront directement chez le commerçant sans passer par Outgo. Et ça ne me dérange pas, je veux que les entreprises qui font affaire chez nous prennent de l’envergure. Je me suis toujours vu un peu comme un intermédiaire.

Q Des projets pour le futur ?

R Actuellement, nous voulons faire connaître la solution que nous avons développée. Nous avons engagé deux personnes pour qu’ils répandent la bonne nouvelle au Québec. À moyen terme, c’est certain que nous allons travailler à développer encore davantage notre solution. Il y a toutes sortes de possibilités que nous pourrions exploiter.

Dans toute la négativité qui a été véhiculée par la pandémie et le confinement est né un service exceptionnel. On n’a donc pas le choix d’être reconnaissant d’être passé par cette période difficile. Elle nous a permis de créer un projet qui fait une grande différence pour le futur de notre entreprise.