Marie-Lou Boucher a créé Marilou Design en 2013.
Marie-Lou Boucher a créé Marilou Design en 2013.

[GÉRER LA CRISE] Marilou Design : un printemps assez fou

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».

Entreprise : Marilou Design

Type d’entreprise : création de vêtements féminins

Contact : Marie-Lou Boucher, fondatrice et designer


Q Votre situation avant la crise?

Marilou Design a été fondée en 2013. À l’époque, je m’occupais de l’entreprise tout en ayant un emploi à temps plein. Mais depuis trois ans, soit depuis le mois d’avril 2017, je vis de mon entreprise. Toute notre production est vendue via notre boutique en ligne.

La production de mes vêtements est faite par des couturières locales. Je fais affaire avec des ateliers de confection. Ils travaillent en partenariat avec nous pour produire nos vêtements selon les contrats que nous leur offrons.

Q Comment avez-vous réagi à la crise?

R J’ai d’abord ressenti beaucoup inquiétude et d’incertitude. J’avais travaillé tellement fort pour mon entreprise que quand une crise comme ça frappe, c’est pas mal décourageant. Ton site Web est mort, tes réseaux sociaux sont morts, tout le monde ne parle que du coronavirus. Et je ne savais pas où la crise allait me mener. Les premiers jours ont été très négatifs, je ressentais beaucoup de stress. Mais je me suis toujours dit que je ne devais pas focuser sur le négatif et que je devais plutôt me concentrer sur le positif. Je me suis reprise en main. Je me suis dit : «il faut que je continue de penser à mes clientes».

Dans le contexte, j’ai été un peu chanceuse. Je venais de lancer de nouvelles collections. Les nouveautés du printemps étaient arrivées juste avant que tous les ateliers ferment. On avait de nouveaux modèles de vêtement à offrir. Je les ai donc mis en ligne en me disant que nous allions faire ce que nous avions prévu et que si les gens avaient les moyens de se procurer nos vêtements ou qu’ils décidaient d’encourager l’achat local, ça serait tant mieux. Finalement, j’ai eu une très très belle réponse. Ç’a été un printemps assez fou. Mon chiffre d’affaires a été super bon. Il a été supérieur même à celui de 2019.

Avant la pandémie, l’achat en ligne de vêtements avait quelque chose de repoussant pour certaines personnes. Mais comme toutes les boutiques étaient fermées, on dirait que les gens ont accéléré leurs habitudes d’acheter en ligne. On a vécu un beau printemps.

Q Quels ont été les effets de la crise au quotidien?

R Pendant peut-être un mois et demi, tout a bien été, du moins de l’extérieur. Mais de l’intérieur, j’avais des inquiétudes. La plupart des ateliers étaient fermés et ceux qui étaient ouverts produisaient des masques et des blouses médicales pour venir en aide aux gens du domaine de la santé. La production de vêtements a donc été ralentie, ce qui a retardé l’approvisionnement. Tous nos plans étaient chamboulés. Les ventes augmentaient, mais pendant ce temps là, je stressais parce qu’on prenait du retard. On a aussi du retard sur la livraison des matières premières que nous achetions. Tout ce qui était production et gestion de couturières, c’était rock and roll.

Q Quand le retard accumulé a-t-il commencé à s’atténuer?

R Il s’est atténué un peu à partir du moment où les couturières ont recommencé à prendre des contrats de confection de vêtements. Les opérations de production ont pu reprendre. Mais je suis encore en train de ramasser tout ce qui s’est passé au printemps. Et il y a deux semaines, j’ai un contrat de chemises qui a été arrêté en plein milieu de sa production parce que l’atelier avec lequel je faisais affaire a récupéré un contrat de 12 000 blouses médicales. Il y a encore des répercussions à la crise. Et le domaine des couturières est un milieu exigeant et difficile où la main-d’œuvre est rare. Ça fait des années que l’on essaie de revaloriser ce monde-là.


« Avant la pandémie, l’achat en ligne de vêtements avait quelque chose de repoussant pour certaines personnes. Mais comme toutes les boutiques étaient fermées, on dirait que les gens ont accéléré leurs habitudes d’acheter en ligne. On a vécu un beau printemps. »
Marie-Lou Boucher

Q Le retard a-t-il a été comblé?

R Je n’ai pas rattrapé tout le retard. Ainsi, j’ai encore à faire des lancements de produits qui devaient avoir lieu en septembre. Mais ça va bien. On a refait nos plans et on a mis les bouchées doubles pour arriver à Noël en même temps que tout le monde. 

Nos ventes continuent à aller très bien. J’ai vraiment l’impression que les gens sont plus à l’aise de magasiner en ligne. Il faut dire que l’on a travaillé fort pour nous assurer de la satisfaction de notre clientèle. Nous offrons un service personnalisé avec livraison gratuite et retour sans frais. Ça aide à donner confiance aux gens. J’ai eu beaucoup de feedback de clientes qui nous ont écrit que notre plateforme était une nouvelle occasion pour elles de consommer leurs vêtements.

Q Avez-vous senti que les campagnes d’achat local vous ont rapporté?

R Définitivement. Quand le premier ministre a dit d’acheter local, on a senti une énorme vague de solidarité. Nos clientes régulières nous écrivaient des messages d’amour, de reconnaissance et d’encouragement. Il y a de nouvelles clientes qui nous ont écrit pour nous dire que le bon côté de la pandémie, c’est qu’elle leur avait fait réaliser qu’acheter local et acheter de la qualité valait la peine et qu’elles changeaient tranquillement leurs habitudes de consommation. L’impact que j’ai vu au printemps, je continue de le voir cet automne. Et Noël s’en vient. Je crois que ça va continuer.

Q Comment voyez-vous l’avenir?

R Nous sommes sur une belle lancée. Personnellement, j’ai de l’ambition et de l’énergie. Je n’ai donc pas l’intention de m’arrêter là. Je vais continuer et je vais réaliser beaucoup de choses. Mon but est de revaloriser le monde de la mode locale.