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Lisemarie Chevalier et Mélissa Desrosiers sont d’avis qu’elles n’avaient rien à perdre quand elles ont lancé en pleine première vague de la pandémie leur gamme de produits capillaires Lasève, des produits naturels à base d’eau d’érable. Et elles ont gagné leur pari.
Lisemarie Chevalier et Mélissa Desrosiers sont d’avis qu’elles n’avaient rien à perdre quand elles ont lancé en pleine première vague de la pandémie leur gamme de produits capillaires Lasève, des produits naturels à base d’eau d’érable. Et elles ont gagné leur pari.

[GÉRER LA CRISE] Lasève: se lancer en affaires malgré la crise

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Lasève 
  • Type d’entreprise: produits de soins capillaires 
  • Contact: Mélissa Desrosiers, cofondatrice

Q  Votre situation quand la crise s’est amorcée? 

R  Ça faisait déjà trois ans que Lisemarie (Chevalier) et moi travaillions sur les formules de nos produits. Au moment où la crise s’est amorcée, nous étions sur le point de lancer notre projet sur la plateforme de sociofinancement La Ruche. Évidemment, la situation nous a emmenées à nous questionner sur la pertinence de le faire à ce moment-là. On s’est dit que les produits que nous voulions mettre sur le marché étant des soins de luxe et que les gens seraient proches de leurs sous. Alors, on a décidé d’attendre. Et on a attendu et attendu.

C’est quand j’ai vu tout le buzz pour les produits locaux que j’ai dit à mon associée Lisemarie: «Let’s go, on se lance. Si ça marche en temps de crise, ça voudra dire que ça marchera vraiment quand il n’y en aura plus.» Nous avons donc lancé notre projet sur La Ruche et en deux jours, nous avons atteint notre objectif. Et en quelques semaines, nous avons amassé presque 200 % de celui-ci. Ces résultats ont fait des étincelles chez nous. J’ai arrêté mon travail pour me lancer dans le projet à temps plein. On a travaillé sur notre site Internet et on l’a mis en ligne en septembre dernier. On savait que l’on avait un challenge parce que plusieurs commerces qui avaient pignon sur rue s’étaient convertis à la vente en ligne. Mais à date, les choses vont vraiment bien.

Q  Quelle fut la réaction des gens à la suite de votre décision d’aller de l’avant avec votre projet? 

R  Il y a du monde qui nous a dit que ce n’était pas le temps de partir un tel projet. Mais, nous, on s’est dit que malgré la pandémie, les gens devaient quand même se laver les cheveux et que parallèlement, le monde commençait à se rendre compte de l’importance de consommer local. Et à ce niveau, on était de Québec et on utilisait le plus d’ingrédients possible venant du Québec. On n’avait rien à perdre, nos produits étaient prêts. Nous avions une petite voix qui nous disait que c’était le bon moment malgré tout. Et on a bien fait de l’écouter. Nous en sommes très fières.

Q  Avez-vous senti une pression de lancer votre boutique en ligne le plus tôt possible afin de prendre de l’avance sur la compétition? 

R  C’est certain. C’est pour cette raison que nous nous sommes entourées de gens qui connaissaient le domaine au niveau, par exemple, du placement de pub sur Facebook et Instagram. On s’est aperçu que le prix des pubs avait augmenté et que l’on arrivait moins à percer parce l’on était dans une période de forte demande. Mais ce qui nous a différenciées, je pense, c’est que l’on arrivait avec un produit unique de qualité professionnelle.

Q  Avez-vous eu des surprises? 

R  Les salons de coiffure ont eu beaucoup d’intérêt pour nous. Plusieurs nous ont téléphoné pour en obtenir. Ça, on ne s’y attendait pas parce que nous misions surtout sur le Web pour vendre nos produits. La vente au détail a donc un peu changé le modèle d’affaires de notre business. Nous allons d’ailleurs commencer à ouvrir notre catalogue pour les coiffeuses et les coiffeurs de tout le Québec. Ils ont confiance en nos produits. Nous en sommes très flattées.

Q  D’où vient l’idée d’utiliser de l’eau d’érable dans vos produits? 

R  Lisemarie et son conjoint ont une petite érablière privée à leur maison de Lac-Beauport. Nous commandions alors une huile pour les cheveux que l’on aimait qui était faite à base de miel et qui coûtait une fortune. On s’est dit: «Le miel, c’est un sucre, un polyphénol.» Et comme on avait accès à de l’eau d’érable, on s’est demandé si on ne pourrait pas faire quelque chose avec ça. Nous avons fait des recherches, mais nous n’avons pas trouvé grand-chose qui disait que l’eau d’érable était bonne pour les cheveux. Personne ne s’était vraiment intéressé à ça au Québec. On a donc décidé de développer des recettes de produits capillaires avec des professionnels. On a changé trois fois de laboratoire parce que nous étions vraiment chatouilleuses sur le produit que nous voulions offrir. Et c’est avec un laboratoire qui fait ses propres marques maison que nous avons finalement travaillé.

Aujourd’hui, nous offrons des soins naturels d’origine végétale dont la base est de l’eau d’érable mais qui contiennent aussi du chêne, des extraits de bouleau, de la camomille du Québec, etc. Et les commentaires que nous avons reçus de nos clientes nous ont confirmé que nos produits renforçaient la fibre capillaire du cheveu.

Ce qui est le fun aussi c’est que nous voulions essayer le plus possible de faire attention à notre planète en offrant des produits qui auraient un minimum d’ingrédients venant de l’extérieur du Québec. Et c’est le cas quand on met un bel ingrédient comme l’eau d’érable de l’avant.

Q  La seconde vague a-t-elle eu impact sur vos affaires? 

R  On a connu une petite baisse de nos ventes à la fin du mois d’août-début du mois de septembre. Mais les affaires sont reparties en novembre avec la folie de Noël. Toutes les femmes qui avaient découvert nos produits à La Ruche les avaient aimés et elles voulaient les faire découvrir à leurs amies. Nous avons aussi eu beaucoup de commandes de cadeaux corporatifs. Et depuis que nous sommes passées en zone orange et que les commerces ont rouvert, nous avons beaucoup d’appels de boutiques qui veulent offrir nos produits. C’est très intéressant. Ces boutiques et les salons de coiffure pourraient nous assurer une pérennité si jamais nos ventes sur le Web diminuaient un peu.

Q  Quels sont vos prochains projets? 

R  Notre créneau, c’est vraiment les soins capillaires. On est en train de développer avec le chimiste professionnel du laboratoire avec qui nous faisons affaire un nouveau produit qui devrait sortir juste avant l’été.

Il y a tellement de produits que nous pourrions développer autre que des shampoings, des revitalisants et des masques. On pourrait faire des crèmes hydratantes pour les cheveux, des eaux de rinçage, d’autres sortes de masques, des huiles pour les cheveux, un traitement thermique, une crème sans rinçage pour hydrater les cheveux, etc. Il y a donc moyen de faire une belle expansion au niveau de notre gamme de produits. Mais comme développer un nouveau produit demande beaucoup de temps et d’investissements et que nous finançons tout nous même, on aime mieux partir petit sur des bases solides et grandir tranquillement.

Nous comptons aussi continuer à peaufiner notre business. Nous avons commencé à vendre dans l’Ouest canadien ce qui nous a incitées à traduire notre site. Nous voulons vraiment ouvrir cet été le marché du Canada puis des États-Unis. Et on vise gros, car on veut ensuite s’enligner sur le Japon et l’Europe. On espère faire briller notre belle richesse, qui est l’eau d’érable, partout à travers le monde et montrer que dans les soins capillaires elle est vraiment efficace.