Propriétaire d’Imprimerie Sociale depuis 25 ans, Daniel Linteau a investi au cours de la dernière année plus de deux millions $ autant dans l’achat d’entreprises et d’équipements que dans des travaux d’agrandissement de son édifice de Saint-Augustin.
Propriétaire d’Imprimerie Sociale depuis 25 ans, Daniel Linteau a investi au cours de la dernière année plus de deux millions $ autant dans l’achat d’entreprises et d’équipements que dans des travaux d’agrandissement de son édifice de Saint-Augustin.

[GÉRER LA CRISE] Imprimerie sociale: prendre des risques malgré la crise

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».

Entreprise : Imprimerie Sociale

Type d’entreprise : imprimerie 

Contacts : Daniel Linteau, propriétaire, Helen Rowan, associée, et Emmanuelle Linteau, directrice service administratif 

Q    Votre situation avant la crise?

R    Je suis propriétaire d’Imprimerie Sociale depuis 25 ans je possède aussi le Centre de la Copie Élite et les Copies de la Capitale. Au cours de la dernière année, nous avons investi plus de deux millions $ autant dans l’achat d’entreprises et d’équipements que dans des travaux d’agrandissement. Au moment où on finissait l’agrandissement de notre édifice de Saint-Augustin pour y amener les Copies de la Capitale et que l’on était dans un processus d’intégration important, la pandémie nous a frappés de façon importante. 

Q    Comment avez-vous réagi à la crise?

R    Nous avons dû fermer nos portes et nous nous sommes retrouvés sans revenus. Nous sommes passés du jour au lendemain de 70 employés à zéro. Et c’est quelque chose que je n’avais pas vu venir. Je n’en avais pas pris conscience pendant les quelques semaines qui avaient précédé le début de la pandémie. Comme on ne savait pas que tout fermerait, on était confiants, grâce aux investissements que nous avions faits, de pouvoir passer à travers la crise. Et on disait à nos employés de ne pas s’inquiéter.

Quand la crise nous est tombée dessus, ce fut inquiétant et insécurisant et nous nous sommes posés mille et une questions. Cependant, comme patron et gestionnaire, ce qui m’a affecté beaucoup plus que me demander qu’est-ce que nous allons faire dans trois mois ou dans six mois sur le plan monétaire fut de rencontrer mes employés un à un pour leur dire que nous devions fermer nos portes.

Q    À quel moment avez-vous pu reprendre les affaires?

   On a figuré sur la liste des services essentiels trois semaines, un mois après le début du confinement. Mais même si nous avions pu ouvrir avant, il n’y avait plus aucune demande. Pendant les semaines où nous avons été fermés, nous avons réalisé que malgré tous les investissements que nous avions faits, il nous restait le plus important à réaliser, soit «redéfinir» les orientations de notre entreprise. On venait de fermer une partie de la production des Copies de la Capitale à Québec et on était en train de l’intégrer à Saint-Augustin. Mais on le faisait de la mauvaise façon. On avait les employés des Copies de la Capitale qui travaillaient sur la machinerie des Copies de la Capitale et les employés d’Imprimerie Sociale qui travaillaient sur la machinerie d’Imprimerie Sociale. Tout fonctionnait très bien. À nos yeux, nous faisions une intégration parfaite. Mais quand la crise est arrivée, on s’est aperçu que l’on s’en allait dans le champ. La crise nous a permis de revoir toute notre structure de production et d’instaurer une plus grande polyvalence chez nos employés qui ont dû acquérir de nouvelles connaissances et de nouvelles habiletés. Notre chaîne de production est devenue beaucoup plus efficace et nos en ressortirons gagnants.

Comme gestionnaire, j’ai profité de cette situation pour faire un investissement majeur chez Xerox en achetant une imprimante numérique que personne n’avait à Québec à des conditions dont nous n’aurions jamais profité en temps normal. Tout ça même si nous étions à 20 % de notre chiffre d’affaires. Oui c’était risqué. Mais je l’ai fait. Et je crois qu’en prenant cette décision-là, nous avons lancé aux employés le message que nous avions l’entreprise à cœur et que lorsque nous leur disions que nous étions confiants de passer à travers la crise c’était parce que nous y croyions. Je pense que cette décision a rassuré nos employés et qu’elle les a motivés.

Q    Comment vont les affaires?

   Nous avons jusqu’ici rappelé entre 50 et 55 de nos employés. Mais je pensais que les affaires reprendraient plus rapidement. Et selon ce que je vois aujourd’hui, je crois que ça va prendre plus d’un an avant que tout revienne à la normale. À cause de la crise, plein de choses ont changé. Et les impacts sur une entreprise comme la nôtre sont nombreux. Je pense à Copie Élite, par exemple, un centre de copies situé aux Halles de Sainte-Foy. Notre clientèle, ce sont les étudiants et les professeurs du Cégep Sainte-Foy et de l’Université Laval. Mais avec les cours à distances et le fait que les photocopieurs ne peuvent plus être utilisés par tout le monde, c’est certain que notre business là-bas va changer pour les années à venir. Il va ainsi falloir revoir note méthode de production et engager des gens qui vont faire les copies des clients.

Q    Commet voyez-vous l’avenir?

R    Nous devrons continuer à nous adapter au niveau de nos stratégies et de nos manières de faire. À ce niveau, le travail ne fait que commencer. Comme gestionnaire, nous nous devrons aussi de prendre encore plus soin de nos employés et de nos clients principaux, des gens qui sont là depuis des années et qui, comme nous, doivent composer avec les lendemains de la pandémie, mais qui malgré tout sont encore là aujourd’hui pour nous encourager. Il faut leur faire sentir combien ils sont importants et combien nous sommes heureux de les avoir. Et bien sûr profiter du mouvement qui demande d’encourager les entreprises québécoises pour trouver de nouveaux clients.