Pour des raisons personnelles, Stéphane Chénard avait décidé de fermer son atelier de forge artisanale, Fer Forgé Ferboi, quelques semaines avant le début de la pandémie. Les initiatives pour mousser l’achat local ont créé un intérêt certain pour son type d’entreprise et poussé M. Chénard à rouvrir son atelier, mais dans une nouvelle forme, soit un service de forge et de soudure à domicile.
Pour des raisons personnelles, Stéphane Chénard avait décidé de fermer son atelier de forge artisanale, Fer Forgé Ferboi, quelques semaines avant le début de la pandémie. Les initiatives pour mousser l’achat local ont créé un intérêt certain pour son type d’entreprise et poussé M. Chénard à rouvrir son atelier, mais dans une nouvelle forme, soit un service de forge et de soudure à domicile.

[GÉRER LA CRISE] Fer Forgé Ferboi: une pandémie salvatrice

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».

Entreprise: Fer Forgé Ferboi 

Type d’entreprise: atelier de forge artisanale 

Contact: Stéphane Chénard

Q  Votre situation avant la crise? 

R  J’ai fondé Fer Forgé Ferboi en 2012. Mon entreprise est née de l’intérêt que je porte aux travaux manuels et aux vieux métiers tels que la forge artisanale et l’ébénisterie. Je fabrique des objets forgés à la main sur mesure selon les critères de mes clients. J’aime aussi forger des personnages. Au début, j’y travaillais le soir et les fins de semaine parallèlement à un autre emploi. Mais rapidement, je me suis monté une clientèle et à partir de 2015, mon travail de forgeron est devenu mon emploi à temps plein.

En janvier 2020, j’ai pris la décision de fermer quand j’ai dû quitter l’édifice où était installée ma forge. Et mon entreprise n’était pas suffisamment rentable pour que je puisse me payer un autre atelier en location.

Q  Qu’est-ce qui vous a incité à revoir vos plans? 

R  C’est l’intérêt de la clientèle, de la clientèle passée et de la nouvelle clientèle. Même si j’avais annoncé partout que j’étais fermé et que je ne prenais plus de commandes, j’avais même commencé à travailler dans un nouvel emploi, les gens me contactaient afin de me demander de faire des travaux. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Des clients avec qui j’avais déjà fait affaire, mais aussi de nouveaux clients. Je me suis alors dit qu’il y avait de l’intérêt pour ce que je faisais et j’ai redémarré mon entreprise, mais selon une nouvelle vision et avec une nouvelle offre de service.

Q  Comment la COVID vous a-t-elle aidé? 

R  Quand la crise est arrivée, le gouvernement et les municipalités ont fait des campagnes pour encourager les achats locaux et les artisans avec toutes sortes d’initiatives comme le Panier Bleu. Et celles-ci ont créé un intérêt pour mon entreprise auprès de ma clientèle, mais aussi après de gens avec qui je n’avais jamais fait affaire et qui m’avaient trouvé sur le Web en faisant une recherche Google. Il faut dire que je suis très bien référencé. Quand on fait forgeron Québec sur Google, je suis le premier à sortir.

S’il n’y avait pas eu la COVID, je ne serais pas reparti au niveau professionnel. Mon plan, c’était de continuer à forger, mais juste pour le plaisir, d’être un forgeron du dimanche et d’avoir un travail du lundi au vendredi. Au niveau professionnel, la COVID a donc eu juste du positif.

Q  Quelle est cette nouvelle offre de service? 

R  J’ai aménagé une remorque de manière à pouvoir y faire de la forge et de la soudure. Et j’offre un service mobile. Il existe des gens qui font de la soudure à domicile. Mais des services de forge mobile, ça n’existe pas. De plus, pendant les quelques mois où mon entreprise a été fermée, j’ai été travailler dans une usine de soudure où j’ai acquis beaucoup de connaissances, d’expérience et d’assurance en soudure. J’ai pu corriger beaucoup d’erreurs que je faisais et ça m’a ouvert des portes pour accepter des contrats que je ne faisais pas avant comme des portails qui sont des pièces plus massives. J’ai aussi eu un contrat de Parcs Canada pour faire la restauration d’un canon. Je ferai certaines pièces chez moi à Deschambault, mais pour les assembler sur le canon, je devrai forger d’autres pièces sur place.

Q  Comment se passent les choses? 

R  J’ai redémarré officiellement au cours de l’été. Et j’ai décidé que je ne prenais plus de commandes avant 2021 parce que mon carnet était plein jusqu’en décembre. Il faut comprendre que je travaille à partir d’une remorque et que je forge à l’extérieur. Je suis donc confronté aux intempéries. Et au Québec à partir du mois de décembre, il fait froid. J’avais donc comme objectif de suspendre mes activités le 1er décembre et de les reprendre au printemps. Sauf que je ne sais plus si c’est ce qui va se passer.

Q  Comment voyez-vous l’avenir? 

R  Pas mal plus beau qu’il l’était avant. Avec l’engouement des derniers mois, je suis en réflexion. Je devais aller faire des salons de Noël en France en décembre. À cause de la COVID, je ne sais pas ce qui va arriver. Mais si c’est possible de faire le voyage, c’est certain que je vais y aller.

Il y a quelqu’un qui m’a proposé un pied-à-terre où je pourrais loger ma forge et où je j’aurais des installations permanentes et à l’intérieur qui me permettraient de travailler à l’année. C’est une offre à laquelle je vais penser pendant les Fêtes. Mais une chose est sûre, même si je m’y installe, je vais conserver ma remorque afin d’offrir mon service de forge et de soudure mobile. Je donne aussi des cours de forge. C’est un domaine où la demande est en croissance. Il y a même des papas et des mamans qui me téléphonent parce que leur enfant souhaite apprendre à forger. Avant, je refusais parce que pour forger et manier le marteau, ça prend un bon tonus musculaire. Mais j’ai travaillé avec des jeunes lors d’exhibitions et de marchés de Noël et je me suis aperçu que je pouvais faire quelque chose de pas pire avec eux autres. Et j’ai rajouté il y a quelques semaines à mon offre de services des cours de forge pour les 8 à 12 ans. C’est moi qui manie le métal chaud et ce sont les jeunes qui le frappent avec le marteau, selon ce que je leur dis de faire. Et il y a beaucoup d’intérêt.