Émilie LeBlanc Laberge, professionnelle en loisir, culture et tourisme
Émilie LeBlanc Laberge, professionnelle en loisir, culture et tourisme

[GÉRER LA CRISE] Évasion Nature Petite-Vallée: freiner pour mieux repartir 

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprises: Évasion Nature Petite-Vallée, Le Gîte chez Joe et La Maison Madran
  • Type: hébergement, tourisme et aventure 
  • Contact: Émilie LeBlanc Laberge, professionnelle en loisir, culture et tourisme

Q Votre situation avant la crise 

À deux, nous avons quatre entreprises, dont trois touristiques. Une entreprise conjointe de location de résidences touristiques, un gîte, une entreprise de forfait plein air, formule tout-inclus et un bureau de services comptables.

Pour les entreprises d’hébergement touristique, les réservations pour l’été 2020 allaient bon train. Nous étions à presque 100 % d’occupation pour les périodes des Jeux des Aînés et du Festival en chanson de Petite-Vallée. Les revenus générés permettaient de payer nos deux employés, les frais courants et l’entretien des maisons qui nous appartiennent.

J’ai aussi lancé au début de l’hiver mon entreprise de forfaitisation plein air. On était en préparation pour les saisons de printemps et d’automne.

Avec mon copain, nous avions aussi des projets d’agrandissements au gîte: salle à manger, deux suites, amélioration des espaces communs existants, espace de rangement pour les équipements de plein air et grand vestiaire.

Q Comment avez-vous réagi à l’interdiction de louer des installations touristiques? 

Le côté entrepreneur en nous a ressenti différentes émotions: le découragement, la nervosité financière, l’optimisme et l’espoir d’une saison touristique et finalement la déception de voir une partie de la saison annulée…

Ensuite est venue l’interdiction de location des hébergements touristiques. Ça a aussi des impacts importants sur l’entreprise de forfaits plein air. Notre côté humain a compris les décisions de la santé publique, mais maintenant, on souhaite des consignes claires pour permettre l’ouverture du tourisme en Gaspésie.

Émilie LeBlanc Laberge devant La Maison Madran

Q Comment est-ce que ça a changé votre pratique? 

Pour l’hébergement, on a dû modifier nos projets de rénovations et nous sommes sur nos gardes pour la prise de réservation. Nos pratiques d’accueil changeront aussi; des mesures de protection seront assurément suggérées et nous les respecterons. La chaleur humaine fait partie intégrante du service que nous offrons, et à deux mètres de distance, c’est difficile. Nous espérons pouvoir, un jour, offrir à nouveau cette expérience de vacances avec l’accueil reconnu des Gaspésiens.

En ce qui concerne les forfaits plein air, on doit avoir une réflexion sur le développement à court et à moyen termes de l’entreprise, sur les possibilités d’ajuster les services pour respecter la distanciation sociale et les autres consignes sanitaires.

Q Quels ont été les dommages causés par la crise? 

Pour l’hébergement, la perte de revenus affecte nos liquidités pour payer les frais courants. De plus, toutes les réservations du printemps ont dû être annulées. Seulement pour les réservations au Gîte chez Joe, la période du Festival en chanson représente environ 20 % du chiffre d’affaires annuel alors que juillet et août représentent environ 60 %. Pour les résidences de tourisme, le Festival en chanson représente environ 12 % du chiffre d’affaires annuel alors que juillet et août en représentent 75 %. Les travaux d’agrandissement du gîte ont dû être reportés à cause de l’arrêt des activités touristiques et de l’incertitude quant au moment et à la forme de la reprise.

Notre entreprise de forfaitisation, en démarrage, a droit à la mesure de Soutien aux travailleurs autonomes (STA), qui a comme but de compléter les revenus d’entreprises pendant la première année d’activité. Les mesures de confinement et l’économie touristique étant sur pause, on ne peut plus offrir d’activité depuis mars ni participer aux différents salons et occasions de promotion.

Ne sachant pas quand le tourisme pourra reprendre en Gaspésie, il est difficile de faire de la promotion, d’autant plus pour des forfaits d’activités plein air avec hébergement en gîte et restauration. Sur le plan financier, c’est difficile puisque je n’ai présentement pas de revenu d’entreprise et je n’ai pas accès aux mesures d’aides gouvernementales: je n’ai pas de masse salariale et la mesure STA bloque la Prestation canadienne d’urgence, même si les versements sont considérablement moins élevés.

Sur le plan mental, c’est aussi difficile. Se lancer en affaire est une grande décision qui comporte naturellement une foule d’avantages, mais aussi des investissements importants. Devoir être sur pause en plein lancement apporte son lot de stress.

Cependant, où il y a des blessés, il y a des heureux. C’est le cas de l’entreprise de services comptables de mon conjoint. La grande majorité de ses clients le sollicite pour les procédures des mesures d’aide, ce qui lui apporte plus de travail. De plus, l’assouplissement des délais des deux paliers de gouvernement lui permet de partager son temps entre le soutien aux entreprises et les opérations régulières de ces dernières.

Q Comment voyez-vous l’après-crise? 

Au niveau touristique, si la Santé publique permet les séjours touristiques au Québec, on prévoit une belle saison. Les Québécois qui auront les moyens de voyager le feront dans les différentes régions de la province, et auront peut-être la piqûre pour les années suivantes! Nous avons recommencé à avoir des demandes de réservations pour les résidences de tourisme; conditionnelles aux mesures gouvernementales évidemment.

Notre grand désir est de pouvoir accueillir des touristes à l’été 2020. La Corporation de l’industrie touristique (CITQ) a déjà mis de l’avant des mesures sanitaires liées à la COVID-19 afin d’assurer la sécurité des visiteurs et des résidents. Avec la participation de tous, nous sommes convaincus que la saison touristique pourra se dérouler de manière sécuritaire.

Évidemment, des frais sont liés à ces différentes mesures sanitaires obligatoires. Nous espérons une aide intelligente de nos gouvernements pour tous les acteurs du milieu touristique.

Q Quelles sont les leçons que vous allez tirer de la crise en tant qu’entrepreneure? 

Une chose est sûre, on a compris que rien n’est acquis. Même si on essaie de se préparer à toutes éventualités, il faut aussi être prêt à faire face à un événement imprévu. Il faut être capable de se réinventer. C’est sur quoi nous plancherons dès que nous aurons un calendrier touristique.