Depuis le 9 mai, Karl-Emmanuel Picard a présenté 34 spectacles virtuels en direct, le prochain étant celui de Groovy Aardvark, samedi (21h). Et il a vendu plus de 7000 billets.
Depuis le 9 mai, Karl-Emmanuel Picard a présenté 34 spectacles virtuels en direct, le prochain étant celui de Groovy Aardvark, samedi (21h). Et il a vendu plus de 7000 billets.

[GÉRER LA CRISE] District 7 Production: des spectacles live dans votre salon 

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».

Entreprise: Dictrict 7 Production

Type d’entreprise: compagnie de productions de spectacles

Contact: Karl-Emmanuel Picard, propriétaire

Q Votre situation avant la crise?

R District 7 Production organise des spectacles à L’Anti, mais aussi à l’Impérial, au D’Auteuil et dans plein de salles à travers le Québec. L’année 2019-2020 allait être une de mes bonnes années. Sauf que quand le gouvernement a annoncé en mars que tout allait fermer, ce fut l’hécatombe. J’ai dû reporter ou annuler des centaines de spectacles. Et j’en annule encore aujourd’hui. Il y a des shows qui devaient avoir leu en mars que j’avais reportés à l’automne et je que dois de nouveau reporter ou même annuler. 

Q Comment avez-vous réagi à la crise?

R Ce fut un peu la panique. Et je n’ai même pas pu annoncer en personne à ma douzaine d’employés que l’on fermait. Ils l’ont appris via les médias. 

En plus de devoir reporter ou annuler des spectacles, je devais composer avec des gens qui voulaient se faire rembourser les billets qu’ils avaient achetés. De mon côté, j’avais envoyé des acomptes à plein de groupes que je devais présenter en spectacle et je de devais les récupérer. Et il y en a qui ne voulait pas me les retourner parce qu’ils étaient dans la même situation que moi. 

Malgré toutes ces difficultés, je n’ai cependant jamais songé à mettre la clé sous la porte. J’ai 31 ans et je suis passionné. Et dès la fin de semaine suivante, j’étais déjà prêt à faire des spectacles dans mon bar, sans public, qui seraient diffusés sur le Web. Mais comme chaque jour il y avait de nouvelles contraintes, rien n’a pu fonctionner.

J’ai alors fait des campagnes de financement et j’ai vendu des posters de vieux shows pour amasser de l’argent. J’ai eu l’idée de demander à un artiste de faire un spectacle virtuel de chez lui pour nous aider. Et il a accepté. On pensait vendre 100 billets et on en a écoulé 1150. Je me suis senti supporté et je me suis lancé à fond la caisse. Et quand les restrictions ont commencé à être levées, j’étais prêt à relancer mes affaires. J’ai fait mes premiers spectacles virtuels chez Solotech. Par la suite, les choses se sont enchaînées. Depuis le 9 mai, j’ai présenté 34 shows virtuels en direct, le prochain étant celui de Groovy Aardvark, samedi (21h). Et on a vendu plus de 7000 billets. Et ce qui est fascinant, c’est que l’on en vend dans plein de pays à travers le monde. Des gens de Russie qui ont acheté des billets pour un show parce qu’ils connaissaient le band que je présentais. Il y a aussi des groupes de Toronto (Belvedere) et de Calgary (Anvil) qui nous ont contactés pour venir à L’Anti parce que nous que nous étions les seuls au Canada à en présenter des spectacles virtuels.

Je savais que la crise serait longue. Si je n’avais rien fait pendant six mois, les gens nous auraient oubliés et on aurait fermé L’Anti. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de gens qui nous connaissent.

Q La réaction des gens t’a-t-elle rassuré?

R J’ai une douzaine de personnes qui travaillent dans les shows virtuels, notamment deux sonorisateurs, les deux meilleurs de la ville de Québec selon moi, qui sont à L’Anti depuis l’ouverture. S’il n’y avait pas eu de spectacles virtuels, ils auraient abandonné leur carrière pour aller travailler dans un autre domaine. Les avoir gardés dans mon équipe me rassure comme le fait que tous les gens qui sont autour de moi puissent profiter d’une certaine stabilité. Je suis content parce que nous avons beaucoup de visibilité. 

Q Comment vois-tu l’avenir?

R J’ai commencé à faire des shows en présentiel au Palais Montcalm, à l’Impérial, etc. La prochaine étape pour moi serait d’amener des caméras dans les salles et de présenter des shows en personne et virtuels. Mes initiatives m’ont aussi permis d’être engagé avec l’équipe de L’Anti pour faire la captation d’une cérémonie de mariage à Montréal qui sera accessible pour les parents et amis des mariés de la même manière qu’un spectacle. Et un théâtre de Québec nous a contactés pour faire une captation.

Il n’y a rien de gagné. Je me suis mis dans la tête que la situation allait durer trois ans. Et je suis prêt.