Lorsque le gouvernement a annoncé la fermeture des écoles, des cégeps et des universités à cause de la crise, Jean-Bertin Gingras, président-directeur général du Collège O'Sullivan de Québec, était prêt. Tous les étudiants suivant leurs cours en classe ont pu les suivre en ligne. Et à peine quatre jours après le confinement, tous avaient recommencé leur formation comme si de rien n'était.
Lorsque le gouvernement a annoncé la fermeture des écoles, des cégeps et des universités à cause de la crise, Jean-Bertin Gingras, président-directeur général du Collège O'Sullivan de Québec, était prêt. Tous les étudiants suivant leurs cours en classe ont pu les suivre en ligne. Et à peine quatre jours après le confinement, tous avaient recommencé leur formation comme si de rien n'était.

[GÉRER LA CRISE] Collège O’Sullivan de Québec: donner ses cours comme s’il n’y avait pas de crise 

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Collège O’Sullivan de Québec
  • Type d’entreprise: Maison d’enseignement post-secondaire
  • Contact: Jean-Bertin Gingras, président-directeur général

Q Votre situation avait le début de la crise?

R Le Collège O’Sullivan a plus de 70 ans d’histoire. Il s’est donné pour mission d’offrir à sa clientèle étudiante des programmes de formation orientés sur les besoins et réalités du marché et une préparation adéquate à son intégration au marché du travail ou aux études supérieures. Ces programmes sont: administration et bureautique, arts numériques et animation 3D, comptabilité et gestion, assurance et finalement informatique et Web. Les cours sont offerts le jour et le soir, en classe ou en ligne. Au moment du début de la crise, les gens qui étaient en classe représentaient l’équivalent de 6000 heures d’enseignement par semaine.

Q Comment avez-vous réagi à la crise?

R Ça faisait quelques années que nous avions des formations pour adultes données complètement en ligne en assurance et en réseautique, un programme menant à une AEC (attestation d’études collégiales). Chez nous, on ne parle jamais de formation à distance. Parce qu’il faut distinguer la formation en ligne et la formation à distance. Quand on dit formation 100 % en ligne, c’est parce que le groupe d’étudiants est en ligne avec un enseignant qui donne son cours. Et si un étudiant pose une question, tout le monde entend sa question de même que la réponse de l’enseignant. C’est exactement comme si tout le monde était en classe.

On utilise depuis 15 ans la plate-forme Blackboard qui est conçue pour l’éducationnel. Le professeur peut y mettre ses notes de cours, y transférer un fichier Excel, enseigner, etc. Quand le 16 mars au matin, on y a transféré nos horaires de cours, c’était les mêmes que les horaires en classe. Quatre jours après avoir fermé nos classes, les cours avaient recommencé. C’est une grande fierté.

Q Des problèmes imprévus survenus à cause du passage à la formation en ligne? 

R Il a fallu fournir des ordinateurs à 67 étudiants qui n’avaient pas l’équipement nécessaire pour suivre leur formation en ligne. Ceux-ci doivent avoir les versions récentes de certains logiciels et quand un ordinateur est trop vieux, on ne peut pas les installer. On a aussi fourni des centaines de pied de fils parce que le wifi, ce n’est pas l’idéal pour faire une formation en ligne. Il fallait que les gens se branchent directement sur leur entrée du câble pour l’Internet haute-vitesse. Si seulement un étudiant utilisait son wifi, tout le groupe voyait la vitesse du débit des données baisser au débit le plus faible. On a même fourni l’Internet à une étudiante qui ne l’avait pas à la maison et qui n’avait pas les moyens de se le payer. Il y a eu quelques étudiants qui ont eu un peu plus de difficultés à se familiariser avec le système mais on a eu l’assistance continuelle de techniciens pour les aider. 

Nos étudiants ont donc pu avoir leurs heures de cours, ils ont pu acquérir leurs qualifications et ils vont obtenir leur diplôme. Et ce n’est pas un diplôme à rabais. Ils l’ont vraiment gagné.

On ne cachera cependant pas que nous avions un intérêt là-dedans. On ne voulait pas être obligé de rembourser des frais de scolarité comme certaines écoles ont dû le faire. Une telle obligation représentait des centaines de milliers de dollars. 

Q Quel a été le plus grand défi des étudiants?

R C’est sûr que la formation en ligne exigeait de nos étudiants qui avaient des enfants une grande discipline. Il n’y avait pas de garderie et il n’y avait pas d’école. C’était donc un défi pour nos étudiants de gérer cette situation. Mais tout le monde s’en est quand même bien sorti.

Q Les finissants pourront-ils célébrer leur diplôme comme il se doit?

R Nous n’avons pas annulé la soirée des finissants. Nous l’avons juste repoussée en septembre. C’était important de tenir la cet évènement comme prévu. D’abord nous voulions dire à nos étudiants comment nous étions aussi fiers qu’eux qu’ils aient obtenu leur diplôme. Mais aussi parce que la soirée des finissants, c’est une occasion pour ceux et celles qui suivent des cours en ligne de se rencontrer. Ils se sont parlés, ils se sont écrit, ils se sont envoyés des choses, mais ils ne se sont jamais vus physiquement. La soirée permet donc à ces étudiants d’avoir un contact humain. Ça, c’est quelque chose de très important.

Q Des conséquences inattendues à la crise?

R Au niveau des formations pour les adultes, des formations en Word, Excel, en français, en anglais pour les gens qui veulent se perfectionner, on a vu notre clientèle tripler. Bien des gens confinés à la maison ont décidé du temps qu’ils avaient pour s’inscrire à nos cours de perfectionnement sur mesure.

Q Comment s’annonce la rentrée automnale?

R L’avenir de la formation dans le monde, c’est le système hybride. Des cours à la fois en classe et en ligne. On va donc installer deux grands locaux, des investissements d’environ 70 000 $ par local, pour avoir des formations d’une quarantaine de personnes dont certaines seraient en classe et d’autres en ligne en même temps avec un enseignant. On va aménager ces salles pour l’automne parce que le ministère va exiger, c’est le scénario dont il nous parle, que seulement 30 % des étudiants soient en classe. Et si c’est ça le scénario du gouvernement, on va être prêts et nos locaux vont être prêts pour de la formation hybride.