Cofondateur d'Aupale Vodka, Mathieu Caron a travaillé un peu plus de deux ans sur son projet, lui qui désirait offrir aux consommateurs de vodka haut de gamme une nouvelle option.
Cofondateur d'Aupale Vodka, Mathieu Caron a travaillé un peu plus de deux ans sur son projet, lui qui désirait offrir aux consommateurs de vodka haut de gamme une nouvelle option.

[GÉRER LA CRISE] Aupale Vodka: tout vient à point à qui sait attendre

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprises: Vodka Aupale
  • Type d’entreprise: alcools et spiritueux
  • Contact: Mathieu Caron, cofondateur

Votre situation avant la crise

R Ça faisait un peu plus de deux ans que nous travaillions sur le projet de mettre sur le marché une vodka. L’idée était venue de notre désir d’offrir aux consommateurs de vodka haut de gamme une nouvelle option. Étant un geek de bouteilles et ayant travaillé dans le domaine des emballages de verre des bouteilles de spiritueux haut de gamme, nous souhaitions mettre sur le marché un produit qui se ferait remarquer tant par son goût et sa qualité, mais aussi par le design de sa bouteille.

On avait d’abord discuté recettes, confection et production du produit avec des gens du milieu de la distillerie, des experts de chez BluePearl Distillery. Les alcools de moins bonne qualité entraînent un brûlement au niveau de la gorge lorsqu’ils sont avalés. Il importait pour nous que ce brûlement soit limité au minimum. Et nous avions nos références sur le marché. Nous voulions une vodka au goût neutre et à la texture onctueuse. Il a ensuite fallu choisir un alcool de base à partir duquel serait fabriqué notre vodka. Nous avons donc fait des essais et testé un peu plus d’une centaine d’échantillons faits avec différents alcool, mais aussi avec des ingrédients différents, des façons de distiller différentes et manières différentes de stabiliser le produit.

On est ensuite allé chercher des partenaires financiers privés pour nous aider dans tout ce qui était affaires. Finalement, nous avons rencontré des gens du Studio Wedge qui se spécialise dans les images de marque. Tout ce qui a été conceptualisé autant dans l’emballage que dans la recette a une raison très spécifique. C’est vraiment tissé très serré et il y a toute une raison derrière.

On pensait que la création de notre produit et que sa mise à la SAQ prendraient un an. Finalement, tout le processus a pris deux ans et demi environ.

Q Quelles ont été les conséquences de la pandémie

On était supposé entrer à la SAQ au début de l’été. Mais l’arrivée de la COVID a retardé la mise en marché de notre vodka de quelques mois. On a pu finalement lancer notre produit en septembre. 

Je dirais cependant que nous avons été chanceux dans notre malchance au niveau de la production. Chez nous, tout est personnalité. Tout est donc un petit peu plus complexe. Nous avions décidé de faire affaire avec des entreprises européennes au niveau de l’emballage de notre vodka parce que c’est uniquement là que nous pouvions trouver ce que nous cherchions comme, par exemple, des bouchons en étain et les bouteilles selon le design que nous avons conçu. Au moment où s’est amorcée la crise en Europe, les gouvernements ont obligé les fabricants de contenants en verre de cesser la production de bouteilles pour spiritueux au profit de contenants pharmaceutiques et de pots pour la nourriture. Tout le reste a alors été bloqué et repoussé de trois mois. Mais heureusement, notre commande de bouteilles a été parmi les dernières à être produite avant les restrictions gouvernementales.

Comment avez-vous réagi à la crise

Ç'a été une douche d’eau froide de rencontrer autant d’obstacles à la veille du lancement. Quand ça arrive, ça vient avec beaucoup d’émotion. Par la suite, on regarde la situation et on pense à comment on pourrait se virer de bord afin de pouvoir continuer. Ça choque et il arrive qu’il y ait des journées assez difficiles. Mais un moment donné, tu te dis que quand tu es un entrepreneur et que tu as une ambition, tu dois être prêt à manger une couple de claques avant d’arriver au bout.

Q Comment avez-vous vécu l’arrivée sur les tablettes de votre «bébé»

J’en parle et j’en ai des frissons. Quand j’ai acheté les premières bouteilles qui ont été disponibles, je n’ai pas vraiment réalisé dans le feu de l’action que ça se passait pour vrai. C’est sur la route du retour que j’ai réalisé que notre projet était devenu réel. Et je mentirais si je disais que je n’avais pas versé une petite larme.

On avait fait un lancement pour se roder dans la région de Montréal parce que c’est là que la distillerie BluePearl était située. Mais cette semaine, la SAQ en fera la livraison dans environ 250 de ses succursales. J’étais conscient que nous aurons des étapes à franchir avant d’être accessible à un maximum de gens. Mais là c’est une excellente nouvelle. Je suis de Québec et j’ai habité dans le Bas Saint-Laurent aussi. J’ai hâte que mes chums puissent me dire «crime, je suis allé à la SAQ pis j’ai vu ta bouteille, j’ai acheté ton produit et je trouve ça écoeurant».

Q Des idées pour la suite des choses

R On regarde pour travailler un projet qui a fait partie des premiers que nous avons élaboré. Je ne peux en parler trop en détail. On veut utiliser un produit qui ne l’a jamais été auparavant. Et attend de voir comment Aupale vodka se comportera au niveau des ventes à la SAQ et dans tout le reste du Canada avant d’amorcer ce nouveau projet.

On travaille aussi sur un prêt à boire à 7 % qui va être une vodka soda. Ça serait notre alcool avec l’eau de la Côte-Nord et avec un effervescent à l’intérieur. Quelque chose de très simple. On ajouterait aucune saveur artificielle et aucun sucre. Ça serait un breuvage à boire comme ça, peut-être avec un zeste de citron ou de lime. Il sera offert dans un emballage plus écologique que le verre ou l’aluminium au niveau de son impact carbone. On parle d’un mélange de carton et de plastique recyclé. Une fois que l’on a consommé le produit, plastique et carton peuvent être recyclés séparément à 100 %. C’est une innovation d’un ingénieur de Québec qui travaille là-dessus depuis huit-neuf ans. 

Notre slogan est : «distillé différemment». Et on veut avoir la même approche dans chacune des choses que l’on fait. On veut innover. C’est l’idée derrière le prochain produit.»