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La directrice générale du Carnaval de Québec, Mélanie Raymond.
La directrice générale du Carnaval de Québec, Mélanie Raymond.

[GÉRER LA CRISE] 67e Carnaval de Québec: l'annulation n'a jamais été une option

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».

Entreprise: Carnaval de Québec

Type d’entreprise: festival d’hiver

Contact: Mélanie Raymond, directrice générale

Q  Votre situation avant la crise?

R  La journée de l’ouverture du Carnaval, il y a un an, on entendait beaucoup parler du coronavirus, mais parce que ce n’était pas une réalité chez nous, on y croyait plus ou moins. Mais deux jours après que l’on ait célébré la fin du Carnaval avec les gens qui avaient travaillé sur le terrain, c’est devenu vrai. En comité de direction, on s’est dit : «qu’est ce que l’on vient d’éviter?» Mais on ne mesurait pas encore l’ampleur des conséquences de la pandémie. C’est en avril, quand les activités estivales ont commencé à être annulées les unes après les autres, que l’on a pris la pleine mesure de la chance que nous avions eue de livrer un évènement total et entier, un des rares évènements majeurs à avoir été présenté au Québec en 2020. Et on s’est dit qu’en février 2021 la crise allait être passée et que l’on aurait été les seuls à s’en être sortis indemnes. Mais ce n’est pas le cas.

Place d'Youville

Q  À partir de quel moment avez-vous commencé à élaborer un plan B au cas où?

R  En juillet, soit au moment où on a commencé à parler d’une deuxième vague. On s’est dit : «On ne peut pas juste prendre un guess. On joue avec 40 emplois et avec des millions de dollars venant de fonds publics et de commandites privées».  Et on a décidé d’élaborer différentes versions du Carnaval. Oui, ça demandait plus de jus de bras, mais comme on n’avait pas les Fêtes de la Nouvelle-France à organiser, on pouvait mettre tous nos efforts sur le Carnaval.

Au début, on a imaginé trois types de scénarios, soit si la pandémie est encore là, si c’est pire et si c’est moins pire. Mais déjà on était d’avis que le Carnaval de 2021 ne ressemblerait pas à celui de 2020. Il fallait être prudent. On prévoyait utiliser du virtuel, mais on se disait que si on ne pouvait compter que sur cette option, on ne pourrait pas, si on voulait que ça soit bien fait, attendre à la dernière minute pour se mettre au travail. Il fallait aussi trouver comment garder une empreinte physique. Le Carnaval a pour but de stimuler l’économie, mais aussi de donner aux gens une raison d’aller dehors. On fait la promotion de l’hiver. Les activités du Carnaval ne pouvaient pas juste se faire en pyjama dans le salon. Et c’est là qu’est venue l’idée de s’éclater dans les différents quartiers de Québec. On a donc présenté nos projets aux différents directeurs généraux des Sociétés de Développement Commercial (SDC) et ils ont été très très bien reçus. Et en septembre, notre plan a été approuvé par la santé publique.

Q  Avez-vous pensé à annuler le Carnaval de 2021?

R  Jamais! Je vis au quotidien, tant au niveau de mon comité de direction que de toute mon équipe, avec des gens qui ont une passion sans borne pour leur ville, leur travail et l’hiver. Pour nous tous, ça ne se pouvait pas annuler le Carnaval. On ne pouvait tout simplement pas abdiquer. Même avec un budget de 100 000 $, on aurait trouvé quelque chose à faire. Il y a cependant plusieurs belles idées que nous n’avons pas pu réaliser parce qu’elles ne respectaient pas le filtre de la faisabilité budgétaire. Mais on est quand même chanceux d’être là. Nous avons 40 personnes qui travaillent encore à temps plein au Carnaval de Québec.

Église Saint-Jean-Baptiste

Q  Quel a été votre plus grand défi?

R  Il a fallu constamment adapter notre plan parce que les règles changeaient au fur et à mesure. On l’a adapté jusqu’à cette semaine. On est rendu à la 38e version. On a encore dû changer des choses au niveau logistique à la suite du prolongement du couvre-feu. C’est tout à fait correct et logique, mais ça change les horaires des personnes qui travaillent sur le terrain. Il y a beaucoup de conséquences à la pandémie, mais c’est comme ça pour tout le monde. L’agilité et la résilience ont vraiment été nos deux mots d’ordre tout au long de l’année.

Q  L’ouverture des commerces non essentiels est une bonne nouvelle...

R  Je veux me réjouir parce que cette ouverture touche plusieurs de nos partenaires. Mais il y en a d’autres, comme les hôtels, les bars et les restaurants, qui sont encore touchés et pour lesquels le Carnaval est habituellement une source de revenus dans une période creuse. Je ne veux cependant pas minimiser l’ouverture des commerces non essentiels parce que le Carnaval est implanté directement dans les quartiers de Québec cette année. Et c’est sûr que ça va avoir un effet. C’est ce que l’on recherchait. D’ailleurs, on offre toute notre programmation gratuite parce que l’on a associé l’effigie à des coupons-rabais chez les commerçants, des coupons qui seront bons pendant quatre mois. 

Q  Vous allez retenir quoi de cette crise?

R  Notre retour dans les quartiers, un retour à nos racines. Cela nous a apporté de belles surprises. On avait déjà une belle collaboration avec les marchands et les SDC, mais la réceptivité qu’on a eue a permis de la faire passer à un niveau supérieur. 

Ce que je retiens aussi de cette situation pandémique, c’est la solidarité. Je pense à tous les fournisseurs qui gravitent autour de nous. Si le Carnaval n’est pas là, il y a des contrats qui tombent à l’eau et cela a des répercussions sur plusieurs familles. Il faut préserver l’écosystème des expertises autour de nous. Si, lorsque la pandémie ne sera plus là, les gens se sont réinventés en changeant de métier, nous serons confrontés à des problèmes. Un sculpteur de neige et glace ou quelqu’un pour monter le palais de Bonhomme, ça ne se trouve pas au coin de la rue.

Place Jean-Béliveau

Q  Avez-vous commencé à penser au Carnaval de 2022?

R  Ah bien oui! Il y a plein d’idées qui sont nées dans le processus de l’organisation du Carnaval de cette année, mais que l’on n’a pas pu faire à cause des mesures sanitaires. On se permettra donc de les garder pour l’année prochaine. On ne jettera pas à la poubelle tout ce que l’on a imaginé cette année. Il y a aussi des tests qui se font pendant le Carnaval ou qui se feront juste après avec certaines matières parce que ce sont des tests qui doivent se faire l’hiver. La fin du Carnaval ou les périodes de démontage sont donc un beau laboratoire. 

Un Carnaval sans rassemblements, c’est quand même moins festif qu’un Carnaval régulier. Mais au sein de l’équipe, il faut garder la flamme là allumée. Garder un peu d’ouverture et d’espoir pour l’année prochaine, tout comme le travail des Ateliers du Carnaval qui fait à l’année toutes sortes de créations, nous permet aussi de préserver cet esprit de fête. Et c’est vraiment sur l’année prochaine que l’on est tourné pour pouvoir imaginer encore une fois notre Carnaval autrement.