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Andréanne Marquis a créé la boutique en ligne Womance, il y a un peu plus de cinq ans. Quand la crise de la COVID-19 s’est amorcée au printemps, son entreprise était prête à faire face à l’explosion de la vente en ligne provoquée par la fermeture des boutiques à cause du confinement.
Andréanne Marquis a créé la boutique en ligne Womance, il y a un peu plus de cinq ans. Quand la crise de la COVID-19 s’est amorcée au printemps, son entreprise était prête à faire face à l’explosion de la vente en ligne provoquée par la fermeture des boutiques à cause du confinement.

[GÉRER LA CRISE] Womance: compétitionner avec les géants du Web

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Womance 
  • Type d’entreprise: boutique en ligne de vêtements et d’accessoires pour femmes 
  • Contact: Andréanne Marquis, présidente

Q  Votre situation avant la crise? 

R  Womance a été créé en juillet 2015, donc il y a un peu plus de cinq ans. Dans le temps, il n’y avait pas beaucoup de boutiques sur le Web. Des marchands avaient leur vitrine Web mais la vente en ligne n’était pas dans les mœurs. Il y avait à ce moment-là une crainte d’acheter en ligne. Les gens se demandaient s’ils allaient recevoir leur marchandise, si les vêtements allaient faire, etc. Ç’a donc été difficile pour nous de se faire connaître. On a dû travailler fort y arriver. Un an après l’ouverture de la boutique, nous avons même fait une tournée à travers le Québec. Nous nous sommes rendus dans neuf centres commerciaux en 12 mois et nous y avons ouvert des boutiques éphémères afin de faire connaître notre marque. Et depuis 2017-2018, 100 % de notre chiffre d’affaires est fait sur le Web.

À la base, on distribuait. On achetait de plein de différentes places et on revendait. Depuis septembre, tout ce que l’on vend, on l’a créé. Nous avons le design au complet. Quant à la confection, une bonne partie de celle-ci est faite outre-mer. Nous avons certains items, comme une collection de t-shirts, qui est fabriquée au Canada le reste est fait à l’extérieur. Nous avons tout essayé pour que la production soit faite à ici 100 %. Mais ce ne fut pas possible. D’abord, parce que nous n’avons pas l’expertise et les machines au Canada et au Québec, mais aussi parce que les couturières sont de plus en plus difficiles à trouver.

Nous avons cependant gardé des créateurs québécois qui offrent des savons, des crèmes pour le corps, etc.

Q  Comment avez-vous réagi à la crise quand elle s’est amorcée au printemps?

R  Dans les faits, nous avons commencé à subir les conséquences de la crise en janvier. Toutes les manufactures avec lesquelles nous faisions affaire ont fermé et nous nous sommes retrouvées sans approvisionnement.

Comme les gens ne pouvaient pas aller en magasin, la crise nous a vraiment aidés. Vendre sur le Web, c’est une chose. Après ça, il faut distribuer. Les colis, il faut que ça sorte. Même si tu prends 400 commandes par jour, si tu n’es pas équipé pour les sortir, elles ne sortiront pas. Mais nous étions prêts. Et nous avons vu la crise comme une opportunité de montrer aux Québécois que l’on était bons, que l’on était prêts, que l’on était capable de vendre en ligne et d’offrir la même qualité de service, de produits, d’exactitude de commande et de rapidité à nos clients que les géants du Web. On s’est dit que cette opportunité là, qui faisait tout le monde regardait le Web, ne reviendrait pas.

Q  Quel a été votre plus grand défi? 

R  Il fut au niveau de l’approvisionnement. Encore aujourd’hui, nous devons composer avec des délais que l’on n’a jamais vus. Entre le moment où un conteneur de marchandises arrive au Canada et le moment où il est expédié à sa destination finale, ça prend une vingtaine de jours. J’ai des amis qui ont des concessionnaires auto. Et c’est la même chose. Tout est bloqué à la même place.

Nous avons aussi dû composer avec des problèmes d’approvisionnement au niveau local. Lors de la première vague de la pandémie, nous nous sommes mis à vendre des chandelles de créateurs québécois. Mais quand on leur a passé des commandes de 1000 chandelles, certains n’ont pas pu répondre à la demande. Comme on n’arrivait pas à nous approvisionner, nous avons ouvert un laboratoire où nos employés fabriquent des chandelles. C’est quelque chose qui ne faisait pas partie de notre plan d’affaires. Mais quand l’opportunité s’est présentée, on n’a pas pu passer à côté.

Q  Parlez-nous de votre philosophie d’entreprise.  

R  Nous avons augmenté le salaire de base à 15 $ l’heure. Nous offrons des assurances collectives, des régimes d’épargne collectifs, deux journées de congé payées et des produits d’hygiène féminine gratuits pour tous les employés. Si on le fait, c’est pour montrer aux gens qui sont chez nous que l’on apprécie vraiment leur travail, et ce, à tous les niveaux. Mes parents m’ont un jour dit quand j’avais 15 ans: «Tu vas passer le tiers de la vie à travailler. Alors, arrange-toi pour faire quelque chose que tu aimes.» On travaille beaucoup avec des jeunes. On essaie de les gâter mais tout en leur inculquant une espèce d’enseignement. Quand vous travaillez beaucoup et que vous essayez d’être plus performant, bien ça nous permet de vous en donner plus. C’est vraiment une question de valeur d’agir comme ça.

D’ailleurs, chez Womance, le travail est une question de valeurs. Les employés doivent comprendre l’importance d’aider les gens et ils doivent s’impliquer. C’est une ligne directrice que j’ai depuis des années. Pour moi, c’est vraiment important. Au début de la pandémie, nous avons fait la campagne Donner pour aider. Nous avons installé sur notre site une plateforme où les gens pouvaient faire des dons pour Moisson Québec, et ce, sans avoir à acheter quoi que ce soit. Nous avons amassé 20 000 $ en un mois. Actuellement, nous avons une campagne pour le Pignon bleu. Pendant trois mois nous amassons des dons pour cet organisme. Et il y a deux semaines, toutes les employées ont travaillé à faire 420 boîtes collation avec sandwich, barre tendre, etc. qu’elles sont allées porter dans les frigos communautaires de la Ville de Québec. Quand on a les moyens d’aider, il faut le faire. Ça peut être de manière monétaire ou en offrant du temps, que l’on soit payé ou non.

Q  Comment voyez-vous l’avenir? 

R  ,Nous déménagerons sous peu parce que nous manquons d’espace. Nous avons même été obligées de louer deux entrepôts de plus pour stocker notre marchandise. Nous avons aussi de beaux gros projets qui s’en viennent. On va garder la même lignée dans le vêtement et tout. Mais nous ajouterons une ligne de maillots de bain en juin. On veut aussi offrir des sacs et on veut ajouter plein de trucs autour. Mais toujours des produits de qualité. Et on va continuer à écouter nos clientes.

On a d’autres beaux projets, de nouveautés et de belles initiatives qui sont plus que juste du vêtement qui s’en viennent dans pas long et on les annoncera sous peu. On veut grossir le plus possible mais on n’a pas d’ambitions démesurées. Mon but, ce n’est pas d’aller sur le marché mondial. Womance est une marque de commerce qui est protégée au Canada et aux États-Unis. Et je trouve qu’il y a assez de monde au Québec et au Canada pour nous permettre de faire de bonnes affaires. Et c’est sur ce marché que nous voulons mettre nos énergies, toujours à partir de Québec.