Le nouveau restaurant Verre Pickl’ est situé sur l’avenue Maguire. La propriétaire Camille St-Laurent (à droite) avec son équipe. 
Le nouveau restaurant Verre Pickl’ est situé sur l’avenue Maguire. La propriétaire Camille St-Laurent (à droite) avec son équipe. 

[GÉRER LA CRISE] Verre Pickl’: ouvrir un resto pendant la crise 

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Verre Pickl’
  • Type: restaurant
  • Contact: Camille St-Laurent, propriétaire

Q Votre situation avant la crise?

R Le Verre Pickl’ est un projet qui a vu le jour il y a plus d’un an. Nous sommes dans un petit local sur la rue Maguire. Nous y avons installé une immense table pouvant accueillir 14 personnes. Nous voulions pouvoir interagir avec les gens. Nous avions un désir de proximité et nous souhaitions que tout le monde puisse avoir la même ambiance. C’est pour cette raison que nous ne voulions pas d’un restaurant avec des petites tables séparées. 

Notre concept était que les chefs allaient au marché et chez les marchands autour du resto pour acheter des produits frais qui leur permettraient de créer et de préparer les menus qui seraient servis au souper aux gens réunis autour de la table. Le tout se ferait en toute convivialité et à la bonne franquette un peu. Tout le monde s’assoie ensemble et apprend à se connaître. 

Nous devions aussi avoir une sandwicherie le jour.

Q Pourquoi avoir choisi d’ouvrir pendant la crise?

R Au moment où la crise a débuté, nous étions sur le point d’ouvrir. Nous en étions à finaliser les travaux dans la salle à manger. Nous avons choisi d’aller de l’avant avec notre ouverture pour plusieurs raisons. Que le resto soit ouvert ou fermé, nous avions les même frais fixes. On avait aussi promis une ouverture en mai et il y avait beaucoup d’attentes. Nous nous sommes aussi dit que même en nous limitant à la sandwicherie, nous pourrions quand même nous faire connaître. Mais la principale raison qui nous a poussés à ouvrir pendant la crise c’est l’enthousiasme et la passion de nos chefs Jérôme Gilpin, Pierre-Alain Deschenes et Alexandra Romero. Ça faisait un an qu’ils travaillaient sur le projet. Ils étaient prêts et impatients à le lancer.

Nous avons donc ouvert il y a trois semaines même s’il a fallu renoncer à accueillir des gens dans le restaurant et donc mettre de côté notre concept de repas du soir, et nous concentrer sur la sandwicherie pour voir si nous avons une bonne réponse avec ça. 

Q Quelle a été la réaction des gens?

R Nous avons été extrêmement chanceux. Nous sommes surpris de voir comment les gens sont là pour nous soutenir et nous supporter. Tous les produits que les chefs achètent sont des produits les plus locaux possible. Ainsi, on prend notre pain à la Boulangerie artisanale Chez Paul, sur le chemin Saint-Louis. On supporte les gens et les gens nous supportent en retour. Il y a beaucoup de gens de la rue Maguire, entre autres, qui viennent à tous les jours nous acheter un sandwich, nous dire bonjour et qu’ils sont contents qu’on soit là et que l’on mette de la vie sur la rue. Ils nous appellent après avoir commandé pour nous dire qu’ils aiment ce que l’on fait. C’est vraiment le fun. C’est au-delà de nos espérances. Ça nous motive encore plus.

Q Cette réaction met-elle un baume sur le fait de ne pas être capable de faire exactement ce dont vous aviez rêvé?

R Oui et non. En nous concentrant sur les sandwichs, nous pourrons explorer cette avenue un peu plus que nous voulions le faire au départ. Ça met un baume parce que la réception est bonne, mais aussi parce que ça nous permet de mettre un pied à terre et de nous faire connaître. Après ça, on verra ce qui va se passer pour le soir. D’un autre côté, nos chefs sont des gens créatifs et passionnés et ils sont impatients de pouvoir offrir le concept que nous avions élaboré. Le rêve et l’espoir que nous pourrons ouvrir bientôt sont encore là.

Q À quoi ressembleront les lendemains de la crise?

R Nous ne savons pas jusqu’à quand nous devrons demeurer fermés. Et comme notre restaurant est tout petit, nous sommes en train de regarder ce que nous pourrons faire afin de respecter les normes de la Santé publique. Notre restaurant est cosy. Il est fait pour que les gens soient ensemble. Probablement qu’au moment où les restaurants pourront rouvrir, ils devront se limiter à ne rendre accessible que 50 % de leur salle à manger. On se demande donc si ça vaudra la peine d’accueillir cinq ou six personnes. 

De même, aura-t-on le droit de le louer à des familles désireuses de venir chez nous? Parce que notre concept, c’était aussi ça. Une personne qui loue la table avec sa gang pour célébrer un party d’anniversaire. Nous devrons faire des ajustements, c’est certain. On discute présentement de ce que nous ferons.

Évidemment, nous continuerons d’exploiter la sandwicherie. On pensait que l’on pouvait offrir quelque chose au quartier en faisant ça. On va même la pousser encore plus à la suite de la réaction des gens.