Yves Kogovsek, directeur général de Coop Zone, anticipait la migration de la vente vers le commerce en ligne. Il ne croyait cependant pas que les choses iraient aussi vite.
Yves Kogovsek, directeur général de Coop Zone, anticipait la migration de la vente vers le commerce en ligne. Il ne croyait cependant pas que les choses iraient aussi vite.

[GÉRER LA CRISE] Un bouleversement anticipé chez Coop Zone

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprises : Coop Zone
  • Type d’entreprise : coopérative de consommateurs 
  • Contact : Yves Kogovsek, directeur général

Q Votre situation avant la crise?

R Coop Zone est une coopérative indépendante qui compte plus de 70 000 membres actifs. C’est la plus importante au Québec avec un chiffre d’affaires qui tourne autour des 45 000 000 $. Elle a été fondée en 1987. Nous avons une cinquantaine d’employés à temps plein et lors de la rentrée scolaire, le nombre de travailleurs peut atteindre les 200. Nos employés sont très résilients et ils ont la coop tatouée sur le cœur. Certaines personnes travaillent pour moi depuis 25 ans. 

Nous avons actuellement trois points de vente, Il fut une époque où nous en avions davantage, mais la tendance du marché nous a obligés à en réduire le nombre et à fermer les moins rentables. Nous sommes sur le Web depuis 1999.

Q Comment avez-vous réagi quand la crise s’est amorcée?

R Rapidement, nous avons été désignés comme étant un service essentiel. Et nous avons donc pu continuer nos opérations. Pendant un certain temps, seuls les bureaux administratifs, l’entrepôt et le commerce du centre-ville ont été en opération. Il a fallu congédier temporairement des gens. Et ça m’a beaucoup affecté. Il n’y a personne qui s’enrichit ici. Un programme d’aide a donc été mis sur pied pour les aider.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le gros du chiffre d’affaires de Coop Zone, ce n’est pas le livre. Notre migration ne date pas d’hier. Le livre était notre fer de lance. Mais depuis plusieurs années déjà, sa vente est en baisse partout. Alors graduellement, nous avons diversifié nos activités et nous sommes devenus très forts en informatique.

L’avènement du télétravail pendant la crise a fait en sorte que nos clients institutionnels ont cherché à avoir beaucoup plus de matériel informatique. Et même si en terme de ventes, nous n’avons pas réalisé les chiffres que nous faisions habituellement, ces nouvelles ventes ont un peu compensé pour celles que nous n’avions pas eues dans nos autres départements.

Ce qui s’est passé et ce qui se passe maintenant au niveau de la migration de nos ventes, c’est ce que l’on avait prévu dans nos planifications stratégiques. On se préparait pour ça. Mais on croyait que ça allait arriver plus tard. Ce fut comme un choc. Il a fallu se virer de bord du jour au lendemain et tout changer. Changer notre manière de penser, nos besoins, les tâches des employés, etc.


« Il a fallu se virer de bord du jour au lendemain et tout changer. Changer notre manière de penser, nos besoins, les tâches des employés, etc. »
Yves Kogovsek, directeur général

Q Comment vous êtes-vous préparés pour la rentrée de septembre?

R Il y a eu une rentrée en mai. Comme elle était plus petite, ce fut comme un exercice pour nous indiquer comment ça allait se passer en septembre. Et à la suite de ce que nous avons vu, nous avons notamment modifié notre site Web. Mais, mai n’a rien à voir avec septembre. Notre clientèle est nombreuse. Nous desservons le Collège Merici, le Cégep Limoilou,  neuf écoles primaires-secondaires et près de 6000 parents, ce qui représente une clientèle d’environ 50 000 personnes. Entre temps, nous avons eu le contrat d’approvisionnement du ministère de l’Éducation pour tous les iPad des écoles du Québec. Tout ça nous a demandé de changer nos schèmes de référence. Avant, les gens venaient chercher leurs livres. Mais ce n’est plus ça.

Évidemment, on a appris bien d’autres choses par la suite. Entre le mois d’aout et la fin de la semaine dernière, nous avons traité 23 000 demandes en ligne. Habituellement, nous n’en faisions même pas 10 % de ça. Il a aussi fallu revoir toute notre logistique de distribution et trouver de l’espace pour bâtir un centre de distribution. Ce qui a compliqué notre travail c’est que nous offrions aux clients qui achetaient sur le Web de venir chercher leur colis ou de se le faire livrer par la poste. Et parallèlement, les points de vente étaient ouverts. Il a fallu multiplier le nombre d’espaces disponibles et le nombre d’employés et créer des quarts de travail que nous n’avions jamais eus. Pendant les jours de congé, des gens travaillaient quand même. Et la main-d’œuvre n’était pas facile à recruter. Il a aussi fallu s’assurer que le site Web tienne le coup. Nous avons aussi pris comme décision de pas charger pour les frais de transport. Parce que nous voulions nous différencier, mais aussi parce que ça fait partie de nos orientations.

Même si quelques petites choses ont accroché, dans l’ensemble, notre rentrée a été une grande réussite.

Q Avez-vous eu peur de manquer de matériel?

R Il y a quelques ruptures de stock. Je pense aux écouteurs. Il y avait plus de télétravail et les écoles demandaient aux jeunes d’avoir des écouteurs. La demande a fait que nous sommes tombés en rupture de stock. Et avant d’en avoir, ç’a pris du temps.

Q Comment voyez-vous l’avenir?

R Parce que nous vendons du matériel pédagogique, nous sommes comme un prolongement du monde de l’enseignement. Et celui-ci est mutation. Quand on se promène sur le campus de l’Université Laval, par exemple, il n’y a pas beaucoup d’étudiants comparativement à l’année dernière ou il y a deux ans. Mais ils ont encore des besoins. Je pense que la COVID a juste accéléré le phénomène du commerce en ligne. Les gens n’ont pas eu le choix que d’acheter en ligne et ils ont aimé ça. Est-ce que ça s’accentuer dans le futur? Je m’attends que oui.

L’enjeu sera d’avoir du matériel en inventaire et un système informatique performant pour supporter son site Web et sa boutique en ligne. Nous sommes d’ailleurs à changer notre site Web. C’est un investissement de près de 700 000 $. On n’a pas vraiment le choix si on veut demeurer des plus compétitifs et garder notre place dans le marché.