Selon Joliette Trân, c’est l’entraide et la solidarité qui ont sauvé Trân Fusion du pire pendant la crise. Non seulement les plus vieux ont accepté une nouvelle manière de faire dans leur apprentissage du taekwondo, mais les plus jeunes ont aidé leurs aînés à se familiariser avec la technologie nécessaire aux cours en ligne.
Selon Joliette Trân, c’est l’entraide et la solidarité qui ont sauvé Trân Fusion du pire pendant la crise. Non seulement les plus vieux ont accepté une nouvelle manière de faire dans leur apprentissage du taekwondo, mais les plus jeunes ont aidé leurs aînés à se familiariser avec la technologie nécessaire aux cours en ligne.

[GÉRER LA CRISE] Trân Fusion: l’entraide et la solidarité comme réponse 

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».

Entreprise: Trân Fusion

Type d’entreprise: centre de mise en forme spécialisé pour les 50 ans et plus

Contact: Joliette Trân, propriétaire

Q  Votre situation avant la crise 

R  Nous sommes un centre d’entraînement et d’arts martiaux spécialisé en taekwondo qui s’adresse aux gens de 50 ans et plus. Mais la particularité, c’est que 70 % de ma clientèle, et de mes revenus, reposent sur des gens de 60 ans et plus. À l’hiver 2020, nous avions accueilli 170 personnes de 50 ans et plus. S’était ajouté un petit groupe d’une cinquantaine d’adultes et d’une cinquantaine d’enfants.

Q  Comment avez-vous réagi 

R  Quand la Santé publique a annoncé la fermeture des centres comme le nôtre, je savais, parce que je m’adresse à une clientèle plus à risques, que cette décision allait m’affecter de manière importante lors des prochaines semaines et probablement même lors des prochains mois. Mais j’ai la chance d’être bien entourée. Les gens de Trân Fusion sont d’anciens gestionnaires, des personnes qui sont capables de réfléchir. Et on s’est viré de bord rapidement.

On est parti d’un projet de sociofinancement. La semaine qui s’en venait devait être la période d’inscriptions pour les activités de la session du printemps et celles-ci auraient pu nous permettre de renflouer un peu nos coffres pour être capables de passer à travers la crise pendant quelques mois. Mais on s’était fait couper l’herbe sous le pied. Alors j’ai dit : «Qu’est-ce que l’on fait?»

On est parti du principe que l’on avait toujours pu compter sur une clientèle très très fidèle. Dans notre approche, on fonctionne toujours en petit groupe. L’avantage c’est que ça crée des liens. On a déposé notre projet et une semaine plus tard on était déjà sur Zoom et on testait des choses avec des profs qui, au début, n’étaient pas très confortables. Mais quelques jours plus tard, on était agréablement surpris de la qualité de ce que l’on offrait en ligne.

Une semaine plus tard, on a lancé nos inscriptions pour la session du printemps en disant à nos clients qu’on leur proposait une formule différente, mais qu’ils devaient nous faire confiance, que j’avais besoin d’eux et que s’ils désiraient que l’on soit là six mois, il fallait que l’on puisse survivre pendant la crise. Rapidement, les gens se sont inscrits. Et ce sont 120 personnes qui ont décidé de suivre notre session de printemps. Cette réponse a eu pour effet de diminuer mon anxiété, mais mieux encore, elle m’a confirmé que les gens croyaient en ce que nous faisions et qu’ils avaient le goût que l’on soit là dans les prochains mois et les prochaines années. Ça m’a donné beaucoup d’énergie.

Q  Quel a été votre plus grand défi

R  Ce fut un défi technologique. Nous avons dans le groupe plusieurs personnes qui ont 70 ans et plus et qui n’étaient pas familières avec les nouvelles technologies. Certaines n’avaient pas d’ordinateurs et elles nous disaient qu’elles n’en avaient pas besoin. La possibilité d’être en contact avec leurs petits enfants leur a fait changer d’idée.

Nos bénévoles qui ont fait du soutien technique ne sont pas des techniciens en informatique. Ce sont nos plus jeunes membres en taekwondo qui, dans leurs temps libres, ont appelé les gens pour les aider à se familiariser avec la technologie. Ce qui a nous a permis de réussir notre projet, c’est que les personnes qui sont ouvertes au taekwondo ont comme philosophie : «Je suis capable d’apprendre», mais aussi la patience de nos bénévoles qui ont contacté les gens pour les aider au niveau informatique. Ils ont fait une grosse différence. Leur travail a tout simplement été formidable. Si nous n’avions été une gang de gens qui croient tous aux mêmes valeurs, on n’aurait pas réussi.

Q  Des retombées positives de la crise

R  On avait l’obligation de se mettre à la page au niveau de l’Internet, c’est certain. Je dirais que notre défi sera de garder notre culture. Le taekwondo, ça se cultive plus facilement de personne à personne. Il faut que l’on se voie. Mais je veux vraiment que l’on garde le volet virtuel que l’on a développé.

La semaine dernière, on a démarré un cours de conditionnement physique pour les gens qui étaient plus ou moins actifs. La majorité de nos membres sont à Québec, mais nous en avons deux à Montréal et un autre à Gatineau. On a donc une possibilité de grandir avec des gens qui sont à l’extérieur. On pense aussi à nos membres qui voyagent beaucoup. Il y en a qui partent trois mois l’hiver au Mexique ou en Floride. Malgré la distance, on pourrait garder des liens. Finalement comme ergothérapeute, je pense aux gens qui sont un peu moins mobiles. On sait que l’hiver, il y a des aînés qui craignent de sortir à cause de la glace et tout ça. Nos membres qui ne voudraient pas se mettre en danger en hiver pourraient quand même continuer à bouger. Ce sont toutes de très très belles opportunités à explorer.

Q  Quelle est la plus belle chose que vous aura appris la crise 

R  La solution aux crises, c’est l’entraide et la solidarité. Tout repose sur les êtres humains. Trân Fusion est encore en vie grâce à ses membres. On est là parce qu’ils ont cru en nous et qu’ils nous ont donné du temps. Pour moi, c’est un cadeau de la vie.