Obligés de fermer les portes de leur centre de tir de haches au plus fort de la pandémie, Benoît Mayer (à droite), le copropriétaire de Tomahawk Québec, et Olivier L’Heureux, le superviseur, en ont profité pour structurer l’entreprise, mieux planifier son développement et diversifier la clientèle.
Obligés de fermer les portes de leur centre de tir de haches au plus fort de la pandémie, Benoît Mayer (à droite), le copropriétaire de Tomahawk Québec, et Olivier L’Heureux, le superviseur, en ont profité pour structurer l’entreprise, mieux planifier son développement et diversifier la clientèle.

[GÉRER LA CRISE] Tomahawk Québec: investir dans la réouverture 

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Tomahawk Québec
  • Type d’entreprise: centre de tir de haches 
  • Contacts: Benoît Mayer, copropriétaire

Q Votre situation avant la crise?

R Notre entreprise avait vu le jour en novembre 2019. Nous étions les premiers à offrir du tir de haches dans la région de Québec et nous sommes toujours les seuls. Quand la pandémie est arrivée, on avait quatre mois dans le corps. Mais les choses roulaient à plein régime. On avait le vent dans les voiles. L’achalandage ne cessait d’augmenter. Les clubs sociaux constituaient alors 60 % de notre clientèle.

Q Quelles ont été les conséquences de la pandémie?

R Quand le gouvernement a annoncé les premières mesures visant à limiter la propagation de la COVID et qu’il a interdit les grands rassemblements, nous étions au Salon chasse et pêche où nous avions un kiosque. Le salon a été fermé à 19h et par la suite, les choses ont déboulé. Deux jours plus tard, soit le dimanche, nous avons appris que nous devions fermer. Nous nous sommes retrouvés sans aucun revenu et nous avons dû mettre temporairement à pied sept employés.

Le choc, on l’a vécu la première semaine. Il a fallu annuler les réservations et rembourser les dépôts payés par les gens. Ce qui a été difficile dans le contexte, c’est que nous n’avions pas de date de réouverture. Alors on s’est demandé «on fait quoi?» Puis lors de la deuxième semaine, on est passé au mode financement. On avait réussi à mettre un peu d’argent en banque, mais nous n’en avions pas assez pour faire face à toutes nos obligations jusqu’à la réouverture. Et malgré toutes mes démarches, je n’ai pas pu me qualifier pour obtenir d’aide gouvernementale des différents programmes mis sur pied pour aider les entreprises. J’étais toujours borderline. Je me suis alors dit que j’avais deux choix, soit me laisser mourir ou soit changer mon approche et avancer d’une façon différente. J’ai décidé d’investir dans ma réouverture. Pour moi, c’était ça passe ou ça casse. Je n’avais pas le choix d’être résilient et de vivre au jour le jour. 

Alors on en a profité pour refaire notre site Web, pour mettre sur pied un nouveau système de réservations, j’ai préparé une nouvelle campagne de publicité qui serait lancée au moment de notre réouverture et on s’est donné les outils pour aller chercher nouvelle clientèle qui serait plus jeune, notamment les familles.

Q Comment s’est passée votre réouverture?

R C’est vers le 20 mai que le gouvernement a autorisé la pratique de certaines activités sportives extérieures. Et parmi celles-ci, il y avait le lancer du javelot. En m’inspirant de ce sport, j’ai décidé d’aménager six cibles sur la grande terrasse qui était devant mon entreprise. On a aussi fait plein de petites choses pour donner confiance aux gens et leur montrer qu’ils pouvaient venir chez nous en toute sécurité. Nous avons vraiment ajusté notre offre afin de respecter toutes les règles de la Santé publique. Nous avons, par exemple, enroulé nos manches de hache de tape électrique afin d’éliminer les surfaces poreuses où pourrait s’installer le virus. Et pour faire un clin d’œil aux gens, nous avons même, changé notre logo et mettant un masque à l’ours qui y figure.

Au moment de rouvrir, j’ai fait toute la publicité nécessaire afin de donner un maximum de visibilité à mon entreprise. Et ç’a payé. La clientèle a mis environ trois semaines à revenir. Et nous avons vu une progression de l’achalandage. Juin a été bon, juillet a été très bon et août a été excellent.

Q Qu’est-ce que la crise vous a apporté?

R Elle nous a permis de nous structurer, de mieux planifier notre développement, de revoir nos objectifs et de diversifier notre clientèle. Aujourd’hui, j’ai plus d’employés que j’en avais avant la COVID, et on planifie l’ouverture d’un nouveau centre à Lévis. Notre clientèle de clubs sociaux revient peu à peu. Les cinq à sept recommencent à se booker les jeudis soirs nous avons déjà pris des réservations pour des partys de Noël. Et lancerons lundi notre ligue de lancer de haches, une initiative que nous n’avions pas eu le temps de faire avant. Nous n’avons plus aucun retard dans nos paiements, tout est revenu à la normale. La crise aura donc eu pour nous des impacts positifs pour nous autres. On ne veut juste pas qu’il y ait une seconde vague.

Q Votre plus grande fierté des derniers mois?

R C’est d’avoir cru en mon concept d’entreprise. Je pense que les bases de notre projet étaient solides et que la manière dont nous avions monté le centre était bonne. Ma fierté c’est d’avoir construit quelque chose d’aussi fort qui pu passer à travers la tempête. C’est aussi d’avoir pu compter sur Laurie Hamann, une associée extraordinaire, et Olivier L’Heureux, mon superviseur. Il a fait fi de la PCU et il a travaillé à mes côtés pendant toute la crise afin que nous puissions relancer l’entreprise. Ils ont contribué à faire de notre retour un succès.