Nathalie Laroche et Charles Fortier, propriétaires de la Ferme Sanglier des Bois.
Nathalie Laroche et Charles Fortier, propriétaires de la Ferme Sanglier des Bois.

[GÉRER LA CRISE] Prendre le sanglier par les... cornes

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Ferme Sanglier des Bois
  • Type d’entreprise: ferme familiale 
  • Contact: Nathalie Laroche, copropriétaire

Q  Votre situation avant la crise?

La Ferme Sanglier des Bois est une entreprise familiale que mon conjoint Charles Fortier et moi avons fondée en l’an 2000 alors que nous étions étudiants à l’université et que l’on gère au travers de nos emplois respectifs à l’extérieur. On a bâti notre entreprise au fil des années et, aujourd’hui, nous avons une très bonne réputation au niveau des éleveurs de grand gibier de la province. Nous n’avons pas d’employés, mais nous recevons beaucoup d’aide de nos parents qui sont encore très présents. 

Avant la crise, nous ne faisions pas de publicité parce que notre mise en marché était toute faite par Canabec, un grossiste spécialisé en viande de gibier. Nous avons l’exclusivité de la viande de sanglier au Québec. Elle était principalement destinée au marché de la restauration. 

Q  Quelles ont été les conséquences de la crise?

R  Quand la crise est arrivée et que les restaurants ont dû fermer, tout est tombé à zéro chez nous. Nos ventes étaient destinées à 100 % à Canabec. Nous n’étions pas des épiciers, on s’est encouragé en se disant que la situation n’allait pas être trop longue, mais rapidement, quand le gouvernement a commencé à parler de phases pour la réouverture des commerces et des restaurants, on s’est dit que l’on ne pouvait pas faire autrement que de foncer.

Q  Comment avez-vous réagi?

Parce que mon conjoint et moi on avait un emploi à l’extérieur, on avait les moyens de continuer à nourrir les animaux. Mais il a fallu diminuer notre cheptel au niveau des reproducteurs et on a modifié notre alimentation. Aujourd’hui, nous avons toujours un surplus de sangliers.

On s’est rapidement mis au travail pour développer un site Internet et une boutique en ligne. On savait que c’était par celle-ci que nous pourrions permettre à notre entreprise de redémarrer. Il a fallu s’arranger pour avoir une diversité de formats, une diversité de produits et une diversité de coupes qui permettraient à notre site de bien fonctionner. Il a fallu aussi se familiariser avec les paiements en ligne, un monde qu’il a fallu apprendre.

Au départ, nous proposions la livraison dans la région de Québec. Mais nous nous sommes rendu compte qu’en faisant de la publicité sur les réseaux sociaux, nous ne touchions pas seulement à la clientèle locale. On a eu des demandes de gens de l’extérieur de la région. Et on s’est dit que ça n’avait pas de bon sens de refuser ces ventes-là. Nous offrons donc maintenant la livraison partout au Québec. Nous faisons aussi de la vente à la ferme.

On s’est aussi rendu compte que la ligne alimentaire était vraiment chamboulée. Il y avait beaucoup de pression au niveau des abattoirs et des bouchers en termes de demande de viande et de travail et, parallèlement, la PCU avait créé une pénurie de main-d’œuvre. Il fallait composer avec une espèce de goulot d’étranglement. Mais on a réussi à trouver notre place là-dedans.

Il y a environ un mois, nous avons commencé à approcher des boucheries et des épiceries pour leur vendre directement nos carcasses de sanglier qui viennent avec des étiquettes qu’ils pourront apposer sur les paquets de viande pour démontrer la provenance locale du produit et le nom de notre ferme. On a aussi des demandes de services de traiteurs qui veulent mettre en valeur nos produits et de chefs de restaurants qui ont vu nos publications passer et qui veulent développer un lien direct avec nous.

Mon conjoint et moi avons une formation en ingénierie. Je pense que c’est ce qui nous a un peu permis de passer à travers la crise. Au niveau de la gestion, de la logistique et de la séquence des choses à faire, on a su tirer notre épingle du jeu. On n’aurait également pas pu passer au travers si mon conjoint et moi n’avions pas eu nos emplois réguliers et que de nos enfants ne s’étaient pas impliqués dans les travaux à la ferme et pour répondre aux clients.

La Ferme Sanglier des Bois est une entreprise familiale fondée en l’an 2000.

Q Avez-vous des regrets?

R C’est que le nom de notre entreprise et la provenance de notre viande n’aient été mis en valeur avant la crise. On aurait dû accrocher notre logo et notre nom de ferme sur les emballages qui étaient distribués par Canabec afin de faire connaître notre nom. Nous aurions aussi dû entretenir notre page Facebook. On ne le faisait pas parce que nous ne vendions pas au public. L’avoir fait avant la crise, même un petit peu, nous aurait aidés.

Q Vendre au détail ou vendre à un grossiste?

Les gens disent que vendre au détail, c’est plus payant. Mais quand on pense au temps et à l’énergie que ça implique pour la mise en marché, la tenu d’inventaire, pour faire des recommandations aux clients, leur donner des conseils et répondre aux courriels, etc. ce n’est pas plus payant. Ce que l’on apprécie de la vente au détail, c’est le contact avec le client, les commentaires que l’on a au niveau de la viande et leur appréciation. Pour nous, c’est un baume. Tout ça nous réconforte par rapport à l’énergie que l’on a mise pour faire le virage que l’on a fait. Mais il faut le dire, les ventes en ligne et à la ferme ne sont pas suffisantes pour compenser le marché que l’on avait avant la pandémie.

Q Que vous réserve l’avenir?

R Même si le marché de la restauration redémarre et redevient ce qu’il était, nous ne fermerons pas notre boutique en ligne et nous ne cesserons pas la vente à la ferme. Après toute l’énergie que nous avons mise, c’est certain que nous ne referons pas marche arrière.