Gilles Courchesne de PCN Physio
Gilles Courchesne de PCN Physio

[GÉRER LA CRISE] PCN Physio: rester proche de ses patients

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  •  Entreprise: PCN physio
  • Type: clinique de physiothérapie générale et sportive, d’ostéopathie et de massothérapie
  • Contact: Gilles Courchesne, vice-président

Q Quelle était votre situation avant la crise?

R PCN physio, c’est 13 cliniques qui regroupent une centaine de physiothérapeutes et plusieurs employés. 

Q Quels ont été les impacts de la crise?

R Le ministère de la Santé nous a demandé de restreindre nos activités et de ne voir seulement que les cas d’extrême urgence qui ne pouvaient pas attendre. On a donc créé une centrale d’appels à Sainte-Foy où on a mis deux physiothérapeutes en disponibilité pour répondre aux personnes dont l’état de santé nécessitait une visite et qui répondaient aux critères de la Santé publique, soit qu’elles ne revenaient pas de voyage, qu’elles ne faisaient pas de fièvre, etc. Nous avons cependant été obligés de mettre au chômage 95 personnes. Et notre chiffre d’affaires a diminué de 95 %. 

Nous avons aussi pris des initiatives afin de nous occuper de nos clients. On a créé un service-conseil gratuit. On s’est dit qu’il y avait un paquet de gens que l’on pouvait aider et faire en sorte qu’ils ne soient pas obligés de se ramasser à la clinique ou à l’hôpital.

Q Comment le respect des règles de distanciation a-t-il changé la manière de travailler?

R Les physios travaillent à chaque extrémité de la clinique. Et les patients ne se croisent pas. Nous avons suivi les recommandations de notre ordre professionnel et nous avons acheté des équipements protecteurs individuels. Nous avons opté pour un kit de chirurgie [haut et pantalon] comme ceux des médecins et des infirmières parce que montrer des exercices aux patients, ça ne se faisait pas avec un sarrau. Après un quart de travail, les vêtements sont laissés à la clinique où ils sont lavés et désinfectés. Les physios ont des masques et ils doivent porter des gants ou se laver les mains avant et après chaque patient. Et s’ils doivent travailler au niveau du visage, ils doivent porter une visière ou des lunettes.

Q Comment la crise vous a-t-elle permis de révolutionner votre pratique?

R Elle nous a permis de mettre en branle la téléconsultation, un système que je rêvais d’implanter depuis longtemps. Au fil de ma carrière, j’ai travaillé avec plusieurs athlètes olympiques. Souvent, alors qu’ils étaient aux quatre coins de la planète, ils m’appelaient parce qu’ils s’étaient blessés et qu’ils ne savaient pas quoi faire parce qu’ils n’avaient pas de médecin ou de physio avec eux. Je me disais toujours qu’il devrait y avoir un moyen technologique pour les aider. 

Depuis l’été 2019, je travaillais avec une compagnie pour mettre en place un service de physiothérapie virtuelle grâce auquel je pourrais aider davantage les gens. Je pourrais voir, par exemple, combien une articulation est enflée et comment elle bouge, ce qui me donnerait une bien meilleure idée du traitement à proposer. Ce système de physiothérapie virtuelle devait être lancé chez PCN le 1er avril. Je l’avais fait approuver par notre ordre. Quand la crise du COVID est arrivée, l’ordre a décidé de devancer l’implantation du système et de l’étendre à la grandeur du Québec. 

La téléconsultation s’adresse aux gens dont les cas ne sont pas urgents, mais qui ont quand même besoin de soins. On rejoint aussi les personnes qui avaient peur de se rendre en clinique. Elle nous permet de poser un premier diagnostic. Nous pouvons ensuite donner au patient des conseils et des exercices qui amélioreront sa récupération, aideront sa guérison ou feront en sorte qu’il n’y ait pas détérioration. Tout ça assure un meilleur suivi.

Q Quelle est la réaction des patients?

R C’est extraordinaire. Tu peux avoir une écoute empathique, mais quand tu vois la personne, une certaine empathie est transmise à travers le regard. Les gens se sentent plus pris en charge. Et ils apprécient ça énormément. Ce que l’on voulait c’était de rester proche de notre monde, d’être en contact avec lui. L’idée qui avait germé de mon expérience avec les athlètes se confirme avec toutes sortes de personnes.

Q Une autre bonne nouvelle issue de la COVID?

R Le ministère de la Santé a donné le droit aux physiothérapeutes de prescrire des radiographies. La décision a été rendue mercredi et on va pouvoir le faire dès la semaine prochaine. C’est un gros plus. On va être encore plus utile à la société.