Afin d'assurer la survie de leur restaurant, le Tequila Lounge, Ariane Robitaille et Cinthya Carolina Barona Escobar se sont lancées dans la fabrication de masques en fondant l'entreprise Le Beau Masque.
Afin d'assurer la survie de leur restaurant, le Tequila Lounge, Ariane Robitaille et Cinthya Carolina Barona Escobar se sont lancées dans la fabrication de masques en fondant l'entreprise Le Beau Masque.

[GÉRER LA CRISE] Le Beau Masque: sauver son resto avec des aiguilles et du coton

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Le Beau masque
  • Type d’entreprise: Atelier de confection de masques
  • Contact: Ariane Robitaille, propriétaire, et Cinthya Carolina Barona Escobar, propriétaire

Q Votre situation avant le début de la crise

R Nous sommes les propriétaires du restaurant Tequila Lounge. Nous allons fêter nos cinq ans au mois de juillet. Une douzaine d’employés y travaillent. Nous ne sommes pas encore très connus mais nous avons un bel achalandage. Nous ne sommes pas déçues de nos affaires.

Q Comment avez-vous réagi à la crise?

Au moment où nous avons fermé, c’était la tragédie. Nous sommes deux associées, deux propriétaires, soit ma conjointe et moi. Nous vivons donc sous le même toit et notre seule source de revenus c’est notre restaurant. Alors il faut comprendre la tragédie et l’inquiétude que nous vivions lorsque nous avons fermé la salle à manger de notre établissement. On se demandait ce que nous allions faire, qu’est ce que nous allions devenir. Nous avons essayé de faire du take-out mais ça ne marchait pas. Au début de la pandémie, les gens ne voulaient même pas manger des mets préparés en restaurant. Une certaine panique s’est installée. Et comme les différents programmes subventions n’avaient pas été annoncés, on se retrouvait sans aide et sans appui.

Q Comment est venue l’idée de faire des masques?

R Après quelques nuits sans sommeil à se demander ce que nous allions faire. Nous sommes restauratrices, mais nous sommes avant tout entrepreneures. Et on s’est interrogées comment on pourrait faire notre part pour aider les gens autour de nous tout en assurant notre survie. Et c’est à ce moment que nous avons commencé à faire des masques de protection pour les membres de notre famille et nos amis. Parmi nos amis, il y a des clients du restaurant qui en ont acheté et qui ont passé le mot. Et encore plus de gens nous ont demandé des masques. Et c’est à ce moment que nous avons commencé à en vendre sur notre page du Tequila Lounge et que nous avons réalisé qu’il y avait une très grande demande pour nos masques. À ce moment, nous étions au début du mois d’avril. Nous avons donc augmenté notre production de masques en créant une équipe de production avec huit couturières, une designer et un vendeur pour travailler auprès des entreprises et nous avons créé un boutique en ligne (lebeaumasque.ca) où les gens pouvaient commander leur masque. Presque au même moment, la relance économique s’est amorcée et les entreprises puis les restaurateurs ont eu besoin de masques pour leurs employés.

Pour nous, entrepreneures, il n’y a jamais de problème. Et dans une situation de stress, c’est là que l’on fonctionne le plus. Trouver une équipe pour confectionner des masques alors que nous sommes dans le domaine de la restauration n’a pas été un problème. Comme il fallait répondre rapidement à la demande de la clientèle, nous avions engagé en l’espace de trois jours nos huit couturières, notre designer et notre vendeur, des gens qui comme nous comprenaient que derrière Le Beau Masque, il y avait un restaurant qui dépendait de ça pour sa survie. 

Q Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la reprise?

R Comme on faisait déjà la confection de masques, on s’est demandées ce que l’on pourrait faire pour travailler avec les entreprises et les restaurateurs et nous avons pensé à offrir des masques personnalisés. Avec l’aide de notre designer on a développé des produits qui nous permettraient de les desservir. Et depuis environ deux semaines, nous offrons des masques personnalisés. Nous répondons aux besoins des entreprises et des restaurateurs tant au niveau des designs que des couleurs et nous ajoutons leur logo. Nous le faisons tout en continuant de servir monsieur et Madame-Tout-Le-Monde.

Q Êtes-vous confiante pour l’avenir du Tequila Lounge?

Même si on avait réalisé le potentiel de notre entreprise, on est heureuses de voir que son succès nous permet d’avoir un peu moins de stress quant à l’avenir de notre restaurant. Mais rien n’est gagné. La restauration, c’est un milieu difficile. Et les mesures que le gouvernement nous a demandé de mettre en place nous ont un peu surprises. Ce sont des demandes auxquelles il est difficile de répondre quand on est un petit commerce avec une petite salle à manger. Je n’ai pas de misère à fournir des masques et des visières à mes employés, mais quand on parle d’un resto de 60 places qu’il faut remplir à sa pleine capacité pour espérer payer les dépenses de base, on se demande comment on va faire pour être rentable tout en respectant la règle de la distanciation de deux mètres entre les tables et en achetant des plexiglass pour assurer la protection des clients et de nos employés. Ça c’est inquiétant.

On s’inquiète aussi quand on pense que l’on peut vivre grâce à l’achalandage touristique de la période estivale qui nous apporte des liquidités pour passer l’hiver. Et on ignore si les touristes seront là. Heureusement, la vente de masques va bien et on est optimistes qu’elle sera une clé du succès pour assurer la survie du restaurant.

Q Le Beau Masque est-il là pour rester?

R Le déconfinement et la reprise économique sont prévus pour être faits en plusieurs phases. Et on pense que le masque va devenir un accessoire obligatoire dans certaines entreprises. On veut être là pour continuer à répondre aux demandes de nos clients.... et être à leur écoute. Présentement nous faisons la confection de sarraus pour une esthéticienne qui vient de rouvrir sa clinique. Nous avons aussi fait des bandeaux avec boutons pour des infirmières.