Au fil des années, Sheila Morgan, propriétaire de la boutique Bagages de France, seul commerce indépendant au Canada entièrement dédié à la maison Lonchamp, a toujours pris soin de sa clientèle locale, estime-t-elle.
Au fil des années, Sheila Morgan, propriétaire de la boutique Bagages de France, seul commerce indépendant au Canada entièrement dédié à la maison Lonchamp, a toujours pris soin de sa clientèle locale, estime-t-elle.

[GÉRER LA CRISE] Boutique Bagages de France: la collaboration comme atout 

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: Bagages de France
  • Type d’entreprise: Boutique
  • Contact: Sheila Morgan, propriétaire

Q Votre situation avant la crise?

R Bagages de France a ouvert ses portes en 2007. Nous sommes le seul commerce indépendant au Canada à offrir exclusivement les produits de la gamme Longchamp. Nous sommes une petite boutique en superficie mais nous avons beaucoup de marchandise.

Q Comment avez-vous réagi à la crise?

R Je me suis retrouvée toute seule. Comme la boutique était fermée, j’ai contacté tous mes clients via la plateforme mailchimp et je les ai renseignés sur la manière dont ils pouvaient se procurer nos produits et je les ai tenus informés de l’arrivée de nouveaux produits. J’en ai aussi profité pour renouveler le site Web de la boutique. Et comme Longchamp ne me donne pas le droit de faire de la vente en ligne, j’ai mis dans la section «à commander» de ma page Web le livret électronique de Longchamp.

J’ai aussi décidé de prendre les commandes téléphoniques et les commandes Web sept jours sur sept et de les traiter sur-le-champ. Et j’ai offert un service de livraison gratuite sécuritaire et qui respectait toutes les règles de distanciation. À ce niveau j’ai reçu un solide coup de main de mon fils qui a accepté de faire bénévolement des livraisons. Mon challenge à ce moment-là, c’était de passer à travers la crise. Et pour y arriver, je devais rester positive, voir les bons côtés de la chose, agrandir mes réseaux, innover et m’adapter.

Q Quels ont été vos défis après le déconfinement?

R Même si la situation n’était pas facile, il fallait que je garde le moral et que je transmette mon désir d’accueillir et que je montre ma volonté de ne pas abandonner et de demeurer confiant. Il fallait que j’inspire mes employés, si je voulais que l’ensemble de mon équipe revienne au travail, et il fallait que j’inspire mes clients.

Q Comment a été la réouverture de votre boutique?

R Quand j’ai rouvert, c’était masque et gants en tout temps et ça l’est toujours. Nous avons beaucoup de produits faits en cuir. Et on ne peut pas mettre du Purel là-dessus. Il fallait et il faut toujours tout faire afin d’assurer des conditions hygiéniques.

Quand j’ai rouvert, je pensais que ça serait le Klondike. Mais ce ne fut pas le cas. Le retour des gens à la boutique ne s’est pas fait instantanément. On sentait qu’il y avait de la crainte. Comme l’avaient été mars et avril pendant le confinement, les mois de mai et de juin ont été difficiles. Nous avons cependant vu une reprise au mois de juillet et nous avons fait un très bon mois d’août.

Ma clientèle a toujours été locale à 70 %, soit des gens de Québec et du Québec. Et j’ai toujours dit que la clientèle touristique, le 30 % restant, il fallait la voir comme la cerise sur le gâteau. Elle est là, tu la prends, c’est le fun. Mais ce sont des gens qui ne viendront jamais racheter chez toi. Ce que j’ai compris au fil des années, c’est qu’il fallait travailler sur la clientèle du Québec. Et je l’ai toujours fait avec cœur. Aujourd’hui je peux dire que c’est une bonne chose de l’avoir fait. Nous avons établi avec nos clients des relations qui vont au-delà de relations commerciales. Je ne suis pas certaine que l’on existerait toujours si les gens de Québec et du Québec ne nous avaient pas encouragés pendant la crise. Quatre-vingt-dix pour cent de notre clientèle en juillet fut de Québec et de la grande région de Montréal. 

Q Y a-t-il une carte cachée qui vous a permis de passer à travers?

R Je le résumerais en un mot. La collaboration. La collaboration d’autres commerces comme le restaurant Bello et les Boutiques Oclan et ça va de soi, la collaboration avec Brouillard communication, la collaboration avec nos propriétaires qui ont compris notre situation, la collaboration avec Longchamp à Paris qui a accepté de revoir à la baisse mes commandes passées avant la pandémie et la collaboration avec nos clients, dont certains, je pense, ont acheté pour nous encourager.

Q Votre plus grande fierté?

R C’est de n’avoir jamais baissé les bras. J’ai travaillé fort et j’ai mis beaucoup d’énergie. J’ai été seule pendant environ deux mois et demi. Je devais voir à la gestion et à la tenue des inventaires. Il fallait aussi que je tienne ma clientèle informée, que je prenne les commandes, que je fasse les suivis de celles-ci et comme j’ai été des mois sans recevoir de livraisons de Paris, j’ai dû appeler et rappeler plusieurs personnes en attente d’une commande pour les rassurer. J’ai fait des pieds et des mains pour que les gens soient heureux et pour que la livraison de l’article qu’ils avaient commandé soit un moment spécial. Mon challenge ç’a toujours été de traiter tout le monde comme s’ils étaient le roi et la reine d’Angleterre. Et je pense que je donne un service exceptionnel.

Q Comment voyez-vous les prochains mois?

R La roue a recommencé à tourner. Si on n’a pas de deuxième vague de COVID-19, en principe, nous n’aurons pas de soucis. On est correct. Mais il faut toujours rester vigilant.