Le temps de la crise, les frères Éric et Jacob Wazana, qui ne pouvaient plus produire de jeans à leur usine en Beauce se sont lancés dans la confection de vêtements médicaux.
Le temps de la crise, les frères Éric et Jacob Wazana, qui ne pouvaient plus produire de jeans à leur usine en Beauce se sont lancés dans la confection de vêtements médicaux.

[GÉRER LA CRISE] Beauce Jeans: virage à 180 degrés pour aider 

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise : Beauce Jeans, fabricant de la marque Yoga Jeans
  • Type : manufacture de jeans
  • Contact : Éric Wazana, copropriétaire

Q La situation avant la crise?

R On se dirigeait vers une année record. Malheureusement, ce n’est plus le cas. On avait réussi à livrer une grosse partie de commandes du printemps et nous étions en pleine production pour les vêtements d’été. Nous étions sur le point d’envoyer ces commandes et on avait fait d’importants achats de textile et de matériel pour notre production de cet automne.

Q Les conséquences de la crise?

Nous avons de gros comptes recevables et beaucoup d’inventaire. Et alors que nous pensions avoir notre meilleure année, finalement il semble que ça sera une année un peu difficile. 

Q Comment vivez-vous la crise?

R On a été un petit peu chanceux. Nous avions vu venir la situation. On avait une super belle infrastructure et une capacité de production quand même grande et du monde qui est très qualifié.

On a été obligés de fermer pendant une courte période de temps afin de respecter la loi ce qui nous a obligés à faire des mises à pied. Mais nous avons aussi gardé des employés afin d’assurer la relance. Et en l’espace de deux semaines, nous avons flippé notre usine afin de pouvoir se lancer dans la production de vêtements médicaux, ce qui nous a permis de devenir une entreprise essentielle. On ne faisait pas de vêtements médicaux. Nous sommes propriétaires de la marque Yoga Jeans et nous produisons des jeans cinq poches délavés à la mode. Nous avons mis notre équipe de recherche et de développement en action. On a retravaillé tout notre plancher pour s’assurer qu’il y ait de la distanciation sociale. On a mis en place des mesures sécuritaires pour s’assurer qu’à leur retour au travail, nos employés soient confortables et en sécurité. Et ce qui m’a vraiment ravi, c’est la manière dont les employés ont embarqué dans le projet et qu’ils ont dit oui pour faire partie de la solution. Je pense que l’on n’a jamais été aussi unis que nous le sommes aujourd’hui. Ils se sont tous levés et ils nous ont demandé comment ils pouvaient aider. Je suis ravi de voir comment mon équipe est solidaire.

Ça fait deux semaines que l’on ne dort pas plus que deux-trois heures par nuit. On travaille comme des fous pour faire arriver les choses. Ce n’est pas évident, mais ça fait partie de notre fibre entrepreneuriale. Jacob [Wazana], mon associé, et moi-même avons décidé de relever nos manches. Une crise comme celle-là nous permet de voir le potentiel des gens et il arrive que tu découvres de belles choses que tu ne savais même pas sur ton équipe. 

Q Quand s’amorcera la production?

On confectionne présentement les vêtements de protection pour les employés et on a commencé à couper nos tissus. Nous produirons des sarraus et des blouses médicales pour les médecins. Notre première commande est d’environ 60 000 unités. Nous avons un produit incroyable et nous sommes reconnus pour avoir une usine à la fine pointe de la technologie. Et nous avons de bons dossiers et de bons contacts. Ça n’a donc pas été difficile de trouver des clients. Et bien des gens nous ont contactés parce qu’ils savaient que nous avions une capacité de production. On est ouvert pour la business et ce que nous voulons, c’est aider.

Il y aura donc du travail pour tous nos employés qui voudront rentrer. Mais dans la situation actuelle, je ne veux pas forcer personne à revenir. Ça sera le choix de chacun.Et si des couturières en Beauce se cherchent du travail, nous pourrions leur en donner.

Q Après la crise?

R On adore le jean. C’est notre passion, c’est notre vie. Je ne me vois pas faire quelque chose d’autre. La production de vêtements médicaux, c’est vraiment pour essayer de donner un coup de main. Mais on espère le plus vite possible revenir à ce que l’on l’habitude de faire. On espère que les gens vont se rappeler de ce que nous avons fait et qu’ils vont peut-être plus acheter des vêtements faits au Canada et au Québec.