Dominic Letendre, président d’Affichez
Dominic Letendre, président d’Affichez

[GÉRER LA CRISE] Affichez: grandir malgré la crise

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert, mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure du déconfinement, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».

Entreprise: Affichez 

Type d’entreprise: entreprise publicitaire 

Contact: Dominic Letendre, président

Q  Votre situation avant la crise? 

R  Affichez a vu le jour en 2011. C’est à la base une entreprise qui propose des espaces publicitaires sur un accroche-porte distribué de porte-à-porte aux maisons de plusieurs régions du Québec, mais particulièrement de Québec et Lévis. Notre clientèle étant satisfaite et fidèle, nous avons rajouté avec le temps des services d’impression, d’articles et de vêtements promotionnels, d’image de marque et de graphisme. Et depuis peu, on avait commencé à faire du Web et du numérique, de la publicité Facebook, Google, etc.

Propriétaire de l’entreprise depuis 2011, j’avais racheté toutes les parts de mes associés en décembre dernier. À 28 ans, c’était la première fois que j’achetais quelque chose d’aussi gros. À ce moment-là, j’avais comme objectif d’ouvrir les valves afin de grossir. Comme j’étais le seul propriétaire, j’étais vraiment stressé même si je pouvais compter sur des directeurs pour m’aider. J’ai regardé mes chiffres encore et encore. Je n’avais jamais travaillé autant pour trouver toutes sortes de solutions. J’ai fait plein de scénarios pour des périodes d’un mois, de trois mois, d’un an, etc.

Q  Comment avez-vous réagi à la crise? 

R  Même si nous étions diversifiés dans notre offre, nous avons beaucoup souffert en début de pandémie. Dès que la crise a commencé, tous nos clients nous ont appelés pour arrêter leurs paiements parce que tout le monde était dans l’incertitude. Ce fut vraiment une période stressante. Et il a fallu mettre toute notre équipe en pause. Mais pas pour bien longtemps. On a réussi à réembaucher tout le monde rapidement grâce aux différents programmes gouvernementaux qui avaient été mis sur pied. Pour nous, c’était important de les faire revenir au travail le plus rapidement possible. On a vraiment de bons employés et on voulait les garder. Et en bout de ligne, ce sont eux qui ont fait le succès de l’entreprise. Ils ont mis les bouchées doubles.

Évidemment, la crise en fait en sorte que plusieurs secteurs d’activité ne pouvaient plus fonctionner. L’accroche-porte a été arrêté du jour au lendemain parce que nous ne pouvions plus toucher les poignées de porte des maisons. On n’a donc pas eu le choix de se virer de bord et de faire appel à la poste pour distribuer nos publicités. Mais on a quand même perdu tous nos revenus pendant les mois de mars et avril, habituellement deux gros mois. Tout ce qui était du domaine promotionnel a aussi arrêté.

Q  Comment vous en êtes-vous sorti?

R  La création de sites Web et la création numérique ont explosé. Les gens ont réalisé qu’ils devaient être sur le Web et le numérique pour continuer à faire des affaires et passer à travers la crise. On a regroupé nos effectifs là dedans. Avant la crise, le Web représentait environ 10 à 15 % de notre chiffre d’affaires. Présentement, il est à 30 %.

Nous nous sommes aussi renouvelés dans d’autres domaines. Au niveau promotionnel, nous avons commencé à faire des masques et des tasses aux couleurs et avec le logo des entreprises et à vendre du gel antiseptique dans des bouteilles aux couleurs des entreprises, soit toutes sortes de produits que les entrepreneurs pouvaient offrir à leurs employés et qui pouvaient être utiles en télétravail.

Nos affaires ont commencé à reprendre au mois d’avril-mai, mais c’est vraiment plus en juin que nous sommes retournés à la normale. Ainsi quand les entreprises ont commencé à rouvrir, le secteur promotionnel, avec les vêtements, a vraiment recommencé à rouler.

Dans d’autres secteurs, il a fallu s’ajuster. Ainsi, on avait l’habitude de distribuer notre média L’Accroche-porte presque deux fois par mois dans chaque territoire en été ce qui représentait environ 1 000 000 de portes. Cette année, ce nombre a chuté aux alentours de 500 000 à 600 000 portes parce que nous avions moins de clients. Ça a fait mal parce que ça représentait 50 % de notre chiffre d’affaires.

Q  Qu’est ce que la crise a changé? 

R  On est devenu un peu plus comme une agence de publicité avec un service de conseil, de graphisme et d’image de marque. Nous avons appelé tous nos clients afin de savoir comment ça allait et nous sommes restés proches d’eux pendant toute la crise.

Nous avons aussi changé beaucoup de façons de faire afin d’être encore mieux structurés au niveau du télétravail, par exemple, et nous avons amélioré notre processus.

À l’origine, nous étions dans la vente de publicité et d’articles de pub. Maintenant, nous sommes davantage dans la vente de services à l’heure. Au niveau du Web, de la publicité numérique et du graphisme, on vend du temps. Et ça nous demande davantage de ressources. Il a donc fallu engager des programmeurs. Et comme plusieurs personnes étaient temporairement à pied à cause de la COVID, nous avons pu aller chercher de bonnes ressources, du monde qui avait beaucoup d’expérience et qui étaient super bons dans leur emploi.

La crise nous a appris à être plus structurés et à avoir les bonnes personnes aux bonnes places. En temps de crise ou d’expansion, c’est ce qui fait la différence.

Q À quoi ressemble l’avenir?

R Nous avons repris notre vitesse de croisière. De huit employés en octobre, Affichez en compte maintenant 19. Et nous prévoyons en engager deux autres lors des prochains mois. Nous travaillons aussi de plus en plus en collaboration avec certaines agences de publicité.

Nous pensons que notre chiffre d’affaires de tout ce qui est média publicitaire de 2021 sera semblable à celui de cette année. Le papier va encore super bien, mais le Web tire de plus en plus de jus. Au niveau Web cependant, je prévois doubler notre chiffre d’affaires de 2020 en 2021. Je m’attends à ce que nous ayons une trentaine d’employés dans cette division d’ici un an.