Le propriétaire de 2nd Skin, Rémy Vézina
Le propriétaire de 2nd Skin, Rémy Vézina

[GÉRER LA CRISE] 2nd Skin: accélérer alors que tout est arrêté

À l’image d’une grande majorité d’entreprises jugées non essentielles, 2nd Skin a beaucoup souffert de la crise de la COVID. Rémy Vézina, le propriétaire de l’entreprise a cependant profité de la fermeture de son usine pour accélérer le développement de son entreprise, dont sa nouvelle boutique en ligne. Il s’est ainsi assuré d’être en bonne position sur la grille de départ de la relance économique. 

L’annonce par le gouvernement de la fermeture obligatoire des entreprises jugées non essentielles ne pouvait pas arriver à un pire moment pour 2nd Skin qui venait d’officialiser l’acquisition de Id Pro, un joueur majeur dans le domaine de l’impression sur textile. Seule bonne nouvelle, le déménagement des équipements de l’usine de 2nd Skin dans les locaux que l’usine Id Pro dans le parc industriel Duberger avait été complété et les nouvelles équipes de travail pour optimiser la production avaient été formées. 

Mais même si la nouvelle l’a secoué, Rémy Vézina n’a jamais regretté une seconde d’avoir mis la main sur Id Pro. «L’annonce de la fermeture a été un coup de masse», explique  M. Vézina. «On ne pouvait pas mettre nos machines dans les salons des gens qui l'opéraient. Pendant quelques jours, j’ai été découragé. Je trouvais ça dommage de ne pas pouvoir opérer mon usine alors que j’avais plein de commandes à remplir. On a même essayé d’être considéré comme une entreprise donnant un service essentiel, mais ça n’a pas fonctionné.

«On avait une entreprise [2nd Skin] qui était en bonne santé financière et on avait un carnet de commandes bien rempli. La première chose que j’ai faite fut de contacter mes créanciers pour essayer de trouver des solutions. Nos demandes d’aide afin d’assurer la survie de l’entreprise lors des six prochains mois ont été faites assez rapidement. Et j’ai eu ce dont j’avais besoin pour être capable de passer au travers la crise.»

Parallèlement à ses démarches, Rémy Vézina a tenté de décrocher de nouveaux contrats qui lui permettraient d’ouvrir son usine. Une commande de 12 000 chandails d’une chaîne d’alimentation lui a permis de rouvrir son usine pendant trois jours et de rappeler 12 personnes au travail. Par la suite, la même chaîne a signé une nouvelle entente pour la production de 35 000 chandails ce qui a permis à 2nd Skin de reprendre une autre fois ses activités. Et finalement, à partir du 20 avril, Vézina a pu rouvrir son usine quand les règles dans le domaine de l’imprimerie ont été assouplies.

«J’ai rappelé le gros noyau de mes employés et on a reparti notre carnet de commandes de manière à faire un retour progressif. Et présentement, seulement trois employés de mes 42 employés n’ont pas encore été rappelés, des personnes dont les postes ne permettent pas une distanciation sociale.»


« Pendant quelques jours, j’ai été découragé. Je trouvais ça dommage de ne pas pouvoir opérer mon usine alors que j’avais plein de commandes à remplir. »
Rémy Vézina

Le propriétaire de 2nd Skin avait pourtant pris les mesures nécessaires dès le début de la crise afin de sécuriser ses employés. «On avait commencé à pratiquer une certaine distanciation sociale, on avait donné à nos gens les moyens pour qu’ils puissent se laver les mains régulièrement, nous avions fait en sorte que les pauses et les heures de dîner ne se chevauchent pas pour éviter que les gens se retrouvent tous en même temps dans les mêmes salles, et nous avions modifiés les horaires de travail. Finalement, 80% vendeurs avaient été mis déjà en télétravail.»

Le lendemain de la crise

Se disant chanceux que de n’avoir été obligé de fermer son usine que pendant 12 jours alors qu’il avait pris des mesures afin de faire face à une bien plus longue fermeture, M. Vézina refuse de crier victoire. Il y aura beaucoup d’incertitudes au retour de la crise et il ignore à quoi ressemblera le marché de l’impression sur textile au cours des prochains mois. L'homme d'affaires prévoit certaines pertes monétaires du côté de clients lui devant de l’argent et qui n’auront pas survécu à la crise.

«Je vais avoir certaines pertes, c’est certain. Est-ce que ça va arriver dans la semaine prochaine ou en août? J’ai l’impression que l’on va ressentir le gros creux de la vague en septembre-octobre. C’est là que les eaux vont se retirer et que l’on va voir les dommages qu’elles ont causés.»

Rémy Vézina considère que la crise n'aura pas eu que des impacts négatifs sur l'entreprise 2nd Skin. 

La pause occasionnée par la crise n’aura pas été synonyme de temps perdu pour 2nd Skin. «On a regardé la liste des trucs que l’on n’avait pas le temps de faire et on a essayé d’en éliminer le plus possible. On savait que le marché des ventes en ligne devait être développé. On a donc mis l’accent sur nos plateformes et l’ouverture de boutiques en ligne, nos boutiques My2ndSkin où, par exemple, les entreprises font toute la gestion des vêtements qu’elles veulent commander pour leurs employés. On offre un service clé en main. On prend les commandes, on fait la production et on va jusque à faire la livraison individuelle aux employés.»

Malgré les incertitudes entourant l’économie au lendemain de la crise, et l’annulation de tous les évènements devant avoir lieu cet été, évènements qui ont été synonyme d’annulation de commandes, Rémy Vézina voit l’avenir avec optimisme. 

«À court terme, je ne suis pas trop inquiet. Par la suite, on a tous les outils pour prendre une grande place dans le marché. Nous somme l’entreprise qui a la plus grande capacité de production, nous avons les équipements et nous offrons tous les modes de décoration. De plus, certaines entreprises dans le domaine de l’impression sur textile ne passeront malheureusement pas au travers de la crise. Et leurs clients se tourneront alors vers les entreprises les mieux adaptées et les plus performantes. Donc ça devrait combler le manque à gagner que l’on pourrait avoir.

«Finalement quand je regarde tout le travail que nous avons fait au cours des derniers mois, je me dis que la crise n’aura pas eu que du négatif. Il a fallu nous adapter à développer et à innover et il y a plein de trucs que nous garderons et des pratiques qui devront rester. L’économie va reprendre. Il faudra juste être prêts pour être capable de regagner le rythme le plus rapidement possible»