Plusieurs secteurs de l’économie gaspésienne vont bien, dont la construction navale, qui fonctionne à plein régime, comme chez Conception navale FMP, à Newport.

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine: des investissements rassurants, mais des emplois en baisse

CARLETON — L’économie de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine a repris son souffle sur quelques plans en 2019, dont les investissements et le produit intérieur brut, selon un survol réalisé par Desjardins. La situation demeure préoccupante sur d’autres fronts, en raison de la pénurie de main-d’œuvre et de certaines perspectives démographiques.

Les investissements totaux sont passés de 403 millions $ à 460 millions $ entre 2018 et 2019, une hausse de 17%. Ce retour vers une hausse suivait deux années de recul, alors que les investissements avaient fléchi de 1,3 milliard $ en 2016 à 710 millions $ entre 2016 et 2017.

«Il était prévisible que les 1,3 milliard $ de 2016 soient suivis par une baisse. À ce moment, la cimenterie de Port-Daniel et trois parcs éoliens étaient en construction. On peut s’attendre à des chiffres plus "normaux" maintenant. En 2016, la croissance économique en Gaspésie avait été de presque 6 %. C’était le double de la moyenne québécoise et la région était en tête au Québec. Ce qui est encourageant en 2019, c’est que ce soit reparti à la hausse, et on prévoit une autre hausse en 2020», précise Chantal Routhier, économiste senior à Desjardins.

Elle remarque également que le type d’investissement change en Gaspésie. 

«On n’a pas des chantiers de même ampleur. C’est souvent un bon signe parce que l’économie est moins dépendante de gros projets. Ciment McInnis a ajouté des silos cette année, mais on voit aussi des investissements dans le rail et plusieurs petits projets. Quand on cumule ces projets, on constate que le secteur privé est au rendez-vous. On commence à voir les effets de la diversification», ajoute Mme Routhier.

«Le secteur touristique est très vigoureux, les pêches vont bien et les chantiers navals sont actifs. C’est un peu plus difficile pour la forêt et l’agriculture», note-t-elle également. Les secteurs de la forêt et de l’agriculture ont été affectés par les caprices du commerce international caractérisant les échanges entre le Canada et les États-Unis, notamment.

Le produit intérieur brut nominal a suivi sensiblement la même courbe que celle des investissements au cours des quatre dernières années, avec des écarts relatifs moins grands. D’un sommet de 3,32 milliards $ en 2016, il a fléchi à 3,2 milliards $ en 2017, puis à 3,13 milliards $ il y a un an, avant de remonter à 3,225 milliards $ en 2019. Desjardins prévoit une remontée à 3,3 milliards $ en 2020.

D’autres statistiques évoluent dans un sens rassurant pour les Gaspésiens et les Madelinots, notamment la croissance de 19,8% du prix de vente moyen des maisons, bien que ce prix demeure abordable par rapport à la moyenne québécoise, marquée par un prix plus de deux fois supérieur.

La rémunération hebdomadaire moyenne a aussi augmenté, de 17% entre 2016 et 2017, avant de se stabiliser en 2018. Cette donnée n’est pas encore disponible en 2019.

Préoccupations

Là où c’est un peu plus préoccupant, c’est pour l’emploi, qui a diminué depuis les grands chantiers. Environ 35 000 personnes étaient au travail en 2016, et 37 000 en 2017. L’emploi s’est établi à 34 000 personnes l’an passé et cette année, mais Desjardins est d’avis qu’il pourrait descendre à 33 000 personnes au cours de la nouvelle année.

«Je m’attends à ce que la glissade de l’emploi se poursuive, une conséquence de la hausse de la productivité et de la difficulté de remplacement des travailleurs partant à la retraite», précise Chantal Routhier.

La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine constituent l’une des rares régions rurales du Québec à afficher un solde migratoire positif au cours des années récentes, et en particulier chez les 25 à 35 ans, mais sa pyramide démographique débouche sur un plus grand nombre de décès que de naissances.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, la population de la région pourrait s’établir à 82 209 personnes en 2041, comparativement à 90 396 personnes présentement.

«Il faut être prudent avec les données démographiques. Il y a de la place pour la flexibilité», note Chantal Routhier.