Plusieurs commerces de la rue Saint-Jean, dont la Boutique Mary's, n'ont pas pris de chances en prévision du G7.

G7: fermer ou ne pas fermer

Plusieurs commerces situés sur le trajet de la première manifestation prévue en marge du sommet du G7 jeudi soir ont choisi de ne pas modifier leurs heures d’ouverture. D’autres, notamment ceux représentant des bannières de multinationales, ont préféré ne pas prendre de risque et fermer temporairement boutique.

«Sobeys, qui est propriétaire du bâtiment, nous a fortement recommandé de fermer. Alors nous devons fermer les pompes à essence, les barrer et retirer les pneus, les poubelles et tous les objets qui pourraient être utilisés comme projectiles», indique Mme Karine Moreau, propriétaire Centre de l’auto Shell Cartier depuis septembre, pour justifier la fermeture de l’établissement jeudi et vendredi.

En 2001, la station-service jumelée à un atelier de mécanique était demeurée ouverte mais avait été la cible de vandales durant le Sommet des Amériques. «On m’a dit qu’il y avait eu beaucoup de casse... On est Shell, hein...», a-t-elle laissé tomber, sachant fort bien que la multinationale anglo-néerlandaise n’est pas la préférée des militants altermondialistes.

Mme Moreau indique que son propriétaire paiera une partie des ventes d’essence perdues en raison de la fermeture, mais rien au niveau de l’atelier de mécanique. «Mes mécaniciens seront deux jours sans être payés», poursuit-elle, ajoutant qu’elle n’a pas les moyens de payer ces journées perdues étant donné qu’elle vient tout juste d’acheter son commerce.

Karine Moreau s’inquiète aussi du fait que des représentants du gouvernement canadien aient déclaré que les commerces qui n’ouvraient pas leurs portes aux heures habituelles ne seraient pas dédommagés si jamais des dommages leur étaient causés durant les manifestations. «Ils ont dit qu’ils ne payaient pas si on n’était pas ouvert. J’imagine que si tout le monde se fait détruire, ils vont payer quand même.»

Jean-Pierre Bédard, directeur général de la Société de développement commercial Montcalm, affirme d’ailleurs qu’il a donné à ses membres le mot d’ordre de demeurer ouverts pour cette raison. «C’est un responsable du gouvernement canadien qui nous l’a dit lors d’une rencontre sur l’indemnisation: la couverture s’appliquerait uniquement si le commerce est ouvert aux heures normales.»

«J’ai seulement trois membres qui ont évoqué la possibilité de fermer temporairement. La plupart auront cependant du personnel supplémentaire pour gérer les allées et venues et environ 40% attendent de voir pour réagir. Demain [jeudi], on s’attend à ce que la zone soit plus déserte que d’habitude jusqu’à la manif de 19h parce que plusieurs travailleurs [du gouvernement] seront en congé», explique M. Bédard.

Pas de client

Plusieurs commerçants de la Grande Allée seraient d’ailleurs en réflexion quant à la possibilité de fermer leurs portes, non pas par peur des manifestants, mais parce qu’ils n’attendent pas de client. «Certains de nos membres, notamment les restaurateurs, se disent que ça ne sert pas à grand-chose de rester ouverts vu qu’ils n’ont pas de réservation», explique André Verreault d’Action Promotion Grande-Allée.

«En connaissez-vous beaucoup, des gens qui ont l’intention d’aller dîner sur la Grande Allée vendredi, avec tout ce que ça comporte de circulation, problèmes de stationnement et possibilités de débordement? Ici, tout le monde est en mode «On attend que ça passe» comme à la Saint-Jean dans le temps», poursuit-il, ajoutant que plusieurs ont choisi de retirer leur mobilier extérieur pour éviter qu’il tombe entre les mains de manifestants.

Le Starbucks situé sur René-Lévesque fermera pour sa part vers 17h30 jeudi, avant le passage des manifestants. «On veut être sûrs que nos employés sont en sécurité. On a reçu de l’information du propriétaire et la police est venue nous voir pour nous informer aussi», explique Frédéric Létourneau, gérant de l’établissement depuis deux jours.

Le Café Krieghoff sur Cartier fermera aussi ses portes à partir de 18h. «Je ne suis pas inquiète. Au Sommet des Amériques, rien n’avait été brisé. Mais de toute façon, il y a des blocs de ciment au coin des rues, alors j’en profiterai pour repeindre ma terrasse. On rouvre dès 7h vendredi matin», indique la propriétaire Kathy Rioux.

Même son de cloche au restaurant-bar Rideau Rouge. Un employé, David Champagne indique que toutes les réservations ont été annulées pour jeudi. «Pour cette raison et parce que les policiers nous ont conseillé de rentrer notre terrasse, on sera fermés durant la journée. Mais le bar va ouvrir vers 21h.»

L'entreprise a déjà commencé à faire des calculs pour estimer les pertes subies en raison de cette fermeture. «On va monter un dossier et on verra ensuite si on fait une réclamation. M. [Régis, maire de Québec] Labeaume a dit que la Ville appuierait les réclamations des commerçants», poursuit l’employé, qui n’a malgré tout pas vraiment peur que les événements du Sommet des Amériques se reproduisent.

«De ce que j’entends, le niveau de sécurité et de surveillance est beaucoup plus élevé qu’en 2001, alors je m’attends à beaucoup moins de dommages», conclut M. Champagne.

Par ailleurs, en vertu de la Loi sur les normes du travail, si l’employeur décide de fermer son établissement, que les salariés ont été avisés de cette fermeture, et qu’il n’y a pas de prestation de travail, l’employeur n’a pas l’obligation de payer ses salariés pour cette journée. À moins d’un avis contraire dans une convention collective.