L'Ordre des ingénieurs demandait à ses membres de lui verser 100 $ de plus par année afin de stopper la crise dans l'industrie et redonner confiance au public.
L'Ordre des ingénieurs demandait à ses membres de lui verser 100 $ de plus par année afin de stopper la crise dans l'industrie et redonner confiance au public.

Fronde à l'Ordre des ingénieurs

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Plus de 1800 ingénieurs québécois ont déjà confirmé leur participation à une assemblée générale extraordinaire convoquée mardi, à Montréal. Au menu: une résolution réclamant la décapitation de leur ordre professionnel.
On savait déjà qu'un groupe de plus de 540 ingénieurs avaient réclamé et obtenu la tenue de cette assemblée particulière. La participation confirmée jeudi par l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) surprend toutefois: «On a environ 1800 membres qui sont inscrits», confirme au Soleil la conseillère en communication, Aline Vandermeer. À titre comparatif, combien se déplacent pour les assemblées générales régulières? «Environ 350.»
Il faut croire que l'ordre du jour suscite les passions. Les ingénieurs présents devront se prononcer sur sept propositions. Du nombre, une demande adressée au conseil d'administration «de destituer immédiatement les membres du Comité exécutif et le directeur général». Les meneurs de la révolte escomptent ainsi forcer l'implantation d'un «programme de redressement [...] afin de permettre à l'OIQ de regagner une partie de sa pertinence et de sa crédibilité non seulement auprès des ingénieurs, mais surtout auprès du public».
«Les gens sont très mécontents», charge un des instigateurs de la rébellion, l'ingénieur Giuseppe Indelicato. L'OIQ essaierait toutefois «de faire taire toute voix dissidente».
Son groupe déplore, notamment, une hausse de la cotisation professionnelle décrétée par l'Ordre malgré un vote contraire de l'assemblée générale précédente, avance M. Indelicato.
Aussi, l'imposition d'un programme d'assurances universel qui ne serait pas désiré. Et l'obligation de suivre des formations chaque année, alors qu'il n'y aurait pas sur le marché de cursus abordables disponibles; quelque 2000 membres auraient quitté l'organisation seulement pour cette raison. Les contestataires espèrent aussi implanter une administration moins centralisée et plus transparente.
«C'est une assemblée qui va être tenue à huis clos», prévient Aline Vandermeer, de l'Ordre, qui invite Le Soleil à ne pas se présenter pour rien à la salle 517b du Palais des congrès de Montréal, mardi, à 17h. Elle précise: «L'assemblée générale extraordinaire n'a pas de pouvoirs décisionnels. Il n'y aura pas de destitution de qui que ce soit mardi soir.»
Les membres réunis en assemblée générale pourront toutefois demander au conseil d'administration de l'OIQ, composé de 24 membres, de répondre à leurs demandes. «On va écouter ce que les membres ont à nous dire sur ces différents sujets. On va prendre part à la discussion», explique Mme Vandermeer.
Conflit juridique
L'Ordre est en conflit juridique avec les instigateurs de la fronde, dont Giuseppe Indelicato ainsi que le fondateur du Groupe qui veut remettre de l'Ordre à l'Ordre (GROLO), Jean-François Proulx. «Le monsieur en question est en désaccord avec plusieurs décisions prises par l'Ordre au cours des dernières années», se contente de commenter Mme Vandermeer.
Soulignons également que La Presse nous apprenait récemment que «Énerstat, entreprise contrôlée par le nouveau président de l'OIQ Stéphane Bilodeau, vient d'être condamnée à rembourser 1,1 million $ à Siemens Canada pour avoir livré des systèmes d'efficacité énergétique non performants. Dans une des décisions, le juge va jusqu'à affirmer qu'il "n'accorde aucune crédibilité" à M. Bilodeau.»
Le précédent président, Daniel Lebel, avait quitté ses fonctions début mars, en pleine crise, pour se présenter pour le Parti québécois. L'assemblée générale extraordinaire avait déjà été convoquée.
«L'Ordre des ingénieurs du Québec compte actuellement plus de 60 000 membres, ce qui équivaut à plus de 25 % des ingénieurs du Canada», dixit le site Web de l'organisation.