Fromages canadiens: recommandations pour soutenir les producteurs

L'impact de nouvelles importations de fromages européens sur les fromages canadiens de spécialité sera réel et important, mais il y a moyen de l'amoindrir sans qu'il en coûte une fortune au trésor public, selon le Conseil des industriels laitiers du Québec (CILQ).
L'organisme a dévoilé la semaine dernière ses recommandations au gouvernement fédéral dans la foulée de l'Accord de libre-échange Canada/Union européenne pour lequel une entente de principe a été conclue en octobre dernier.
Cet accord prévoit l'importation de 16 000 tonnes de fromages fins supplémentaires, qui s'ajouteront aux 20 400 tonnes qui sont déjà autorisées. Selon Pierre Nadeau, président-directeur général du CILQ, ces 36 400 tonnes représentent 46 % de la production de fromages de spécialité canadienne, dont le Québec est le principal fournisseur, à 44 %.
Il est évident qu'un tel apport de nouveaux produits aura des conséquences sur l'industrie locale et particulièrement sur les petits et moyens fabricants, dit M. Nadeau.
Pour atténuer cet impact, l'organisme représentant aussi bien des microfromageries que des géants comme Parmalat et Saputo fait une série de recommandations, notamment:
- étaler l'entrée des nouveaux fromages sur une période de sept ans comme cela se fera dans le sens inverse avec le porc et le boeuf canadiens;
- attribuer les quotas d'importation uniquement à des entreprises fromagères pour leur permettre de compenser les ventes perdues;
- soumettre les produits importés aux mêmes normes de fabrication et aux mêmes contrôles que les produits canadiens.
Ce troisième point apparaît particulièrement important aux yeux de M. Nadeau. Présentement, illustre-t-il, les fromages parmesan, comté et gruyère importés d'Europe sont fabriqués dans des cuves en cuivre, un procédé qui est interdit au Canada. Pourquoi de telles différences sont-elles autorisées?
«Déjà, si les normes étaient les mêmes pour tous, on serait un peu plus compétitif», avance-t-il.
Le CILQ fait d'autres recommandations à propos de la promotion des fromages d'ici afin de les faire davantage connaître.
Selon M. Nadeau, cette série de mesures ne coûterait que 3,25 millions $ au gouvernement fédéral sur une durée de sept ans, soit moins de 500 000 $ par année, ce qui est bien peu pour permettre à cette industrie de faire face à cette ouverture des marchés.
M. Nadeau dit avoir senti une bonne ouverture de la part du gouvernement fédéral et avoir tout l'appui du gouvernement provincial dans ce dossier.
Les parties à l'entente ont dit espérer signer un accord final d'ici environ deux ans. Au Canada, le gouvernement doit obtenir l'aval de toutes les provinces.