Le ministre fédéral du Travail, Jason Kenney, a reconnu par cette entente distincte le fait que le Québec a un système de formation de la main-d'oeuvre qui est différent des autres provinces.

Formation de la main-d'oeuvre: Québec et Ottawa s'entendent

Ottawa et Québec ont finalement conclu une entente sur la formation de la main-d'oeuvre, le fédéral ayant accepté de ne pas imposer à la province la Subvention canadienne pour l'emploi.
Le gouvernement Harper et Québec renouvelleront ainsi en quelque sorte l'Entente sur le marché du travail (EMT) qui était en vigueur jusqu'en 2014, avec les mêmes sommes d'argent, mais assortie de plus de conditions, dit Ottawa.
L'entente, baptisée en version courte «Fonds Canada-Québec pour l'emploi», sera valide pour six ans.
Les négociations aboutissent la veille du déclenchement probable des élections au Québec. Des observateurs avaient souligné que les nombreuses pommes de discorde avec Ottawa, dont celle sur la formation de la main-d'oeuvre, pouvaient aider le Parti québécois à obtenir la majorité qu'il convoite.
Mais le ministre fédéral de l'Emploi, Jason Kenney, affirme que le jour choisi pour l'annonce n'est que «pure coïncidence».
Le gouvernement fédéral ne décide pas des dates d'élections dans les différentes provinces, rappelle-t-il. Et pour appuyer son argument, il indique qu'il a conclu vendredi dernier une entente de principe avec les autres provinces au sujet de la Subvention canadienne pour l'emploi, sans pression électorale.
Le ministre dit reconnaître par cette entente distincte le fait que le Québec a un système de formation de la main-d'oeuvre qui est différent des autres provinces.
«Ça inclut tous les conseils que nous avons reçus des employeurs et des syndicats au Québec et ça reflète les spécificités du modèle québécois», a indiqué M. Kenney, en discutant de la teneur de l'entente à Ottawa avec les journalistes.
Car le système québécois donne un rôle important aux employeurs - ce que souhaitait notamment accomplir Ottawa avec sa Subvention canadienne pour l'emploi. Québec possède aussi un fonds géré par les employeurs qui met l'accent sur les besoins des petites et moyennes entreprises (PME).
«C'est une preuve de comment le fédéralisme d'ouverture peut fonctionner, avec la flexibilité que nous avons démontrée», a fait valoir le ministre Kenney, mardi.
Maltais se réjouit
Quant à la ministre québécoise de l'Emploi, Agnès Maltais, elle se réjouit d'avoir obtenu un traitement distinct pour le Québec.
«Elle (l'entente) respecte exactement les compétences et le savoir-faire québécois», s'est-elle félicitée en point de presse.
«Ce dossier fait l'unanimité au Québec», a indiqué la ministre, qui estime qu'à ce titre, la formation de la main-d'oeuvre ne devait pas être un enjeu électoral.
Le gouvernement fédéral dit avoir toutefois insisté - malgré les protestations de Québec, a confié une source près des discussions - pour que la somme d'argent en cause, 116 millions $, soit transférée avec une série de conditions: la province devra rendre des comptes plus souvent, notamment sur les emplois obtenus, et fournir des données financières. La province devra aussi continuer à grandement impliquer les employeurs dans le système de formation.
Mais du côté de Québec, la version diffère: il n'y aurait pas plus de conditions qu'avant.
Rejoint pour avoir des précisions sur cette contradiction, le bureau de la ministre Maltais a précisé que l'obligation de rendre des comptes à Ottawa existait déjà sous l'ancienne EMT. Elle devra être dorénavant faite de façon plus formelle, sans toutefois être plus exigeante, a-t-on fait valoir.
L'objectif d'Ottawa serait notamment de s'assurer que les fonds transférés servent à la formation des citoyens et non pas à alourdir la bureaucratie.
Québec avait protesté contre la Subvention canadienne à l'emploi dès que celle-ci avait été annoncée dans le budget fédéral de 2013. La province avait renouvelé son opposition depuis, notamment lors du dépôt du budget fédéral de 2014 qui soulignait que si une province ne pouvait conclure une entente avant le 1er avril, Ottawa irait de l'avant et livrerait lui-même la Subvention canadienne pour l'emploi.
Dénonçant ce qu'il considérait être une ingérence dans sa juridiction, le gouvernement de Pauline Marois exigeait le droit de retrait avec pleine compensation ou une reconduction de l'EMT signée en 2007 avec le fédéral.