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«Nous sommes la plus vieille filature au Québec et probablement au Canada», mentionne Serge Lemieux, copropriétaire de l’entreprise avec son frère Marc, et arrière-petit-fils de Joseph-Albert Lemieux, le fondateur de la filature en 1906.
«Nous sommes la plus vieille filature au Québec et probablement au Canada», mentionne Serge Lemieux, copropriétaire de l’entreprise avec son frère Marc, et arrière-petit-fils de Joseph-Albert Lemieux, le fondateur de la filature en 1906.

Filature Lemieux: s’adapter aux changements depuis 115 ans

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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Au fil des années, Filature Lemieux a dû faire face à de nombreuses tempêtes. Mais 115 ans plus tard, l’entreprise est toujours bien vivante et elle continue de se démarquer. Filature Lemieux est d’ailleurs reconnue mondialement en tant que manufacturier de fils spécialisés et elle ne cesse d’améliorer et d’optimiser ses processus pour repousser plus loin les limites dans la création de fils de laine et synthétiques.

«Nous sommes la plus vieille filature au Québec et probablement au Canada», mentionne Serge Lemieux, copropriétaire de l’entreprise avec son frère Marc, et arrière-petit-fils de Joseph-Albert Lemieux, le fondateur de la filature en 1906. «Je pense que ce qui explique notre longévité, c’est notre capacité à nous adapter aux changements. Au fil du temps, nous avons géré de la croissance, mais nous avons aussi dû gérer de la décroissance. Il a fallu s’ajuster aux marchés, mais aussi aux produits et aux quantités à produire, en offrant plus de variété et en acceptant de les fabriquer en plus petits lots, tout en répondant aux demandes le plus rapidement possible.»

Fier du succès remporté par son entreprise — qui a des clients au Québec et dans le reste du Canada, mais aussi en Europe, en Asie, en Australie et dans les Caraïbes —, M. Lemieux dit qu’il est conscient que rien n’est gagné d’avance. Dans l’industrie du textile, la compétition est très forte avec les pays émergents. Et il doit toujours surveiller ce qui se passe dans le marché.

Il ajoute que Filature Lemieux a cependant un atout dans sa manche. Ses compétiteurs des pays émergents recherchent de gros volumes de commandes afin de remplir des conteneurs pour pouvoir exporter leurs produits à bas prix.

«De notre côté, nous essayons aussi de rester à flot en trouvant des niches plus spécialisées où nous assurons à nos clients que nous les servirons mieux que les entreprises de pays émergents.»

Quatre secteurs

Filature Lemieux œuvre dans quatre secteurs. Il y a d’abord les fils sanitaires qui servent à fabriquer des produits comme des vadrouilles sèches pour les écoles, les bureaux ou les édifices à grande surface, des produits où la qualité doit être constante afin de permettre leur réutilisation après qu’ils aient été lavés à répétition.

Même si elle a eu de nombreux effets pervers, la pandémie a quand même eu du positif. Chez Filature Lemieux, elle s’est traduite par une augmentation de 300 % des ventes en ligne des fils à tricot de laine.

Viens ensuite les fils à tricot de laine (tricot artisanal), que Filature Lemieux produit depuis qu’elle existe, mais qui a été en très forte décroissante à partir des années 1970 avant de reprendre de la vigueur il y a environ cinq ans, les fils à tapis de laine qui servent à fabriquer des tapis pour le domaine de l’aviation, des magasins comme Christian Dior, Gucci et Prada, les condos de luxe, les hôtels de luxe, les casinos, etc., et les fils industriels en demande pour des besoins bien spécifiques, que ça soit dans le cordage, les filtres pour la filtration de l’eau qui refroidit les centrales nucléaires, etc.

Filature Lemieux s’est aussi ouverte aux demandes pointues de clients désirant obtenir un type bien précis de fil (fils custom spécialisés), et ce, même s’il arrive que celles-ci demandent beaucoup d’efforts pour un très petit volume de production. En revanche, ces commandes ouvrent souvent des portes vers d’autres marchés.

«Le fil à tricot de laine est vraiment un produit fini qui est vendu directement au consommateur par des distributeurs ou par nous. Les autres types de fils sont vendus à des industries qui s’en servent comme matière première pour concevoir des produits finis très spécialisés.»

Située à Saint-Éphrem, en Beauce, Filature Lemieux emploie 65 personnes. L’entreprise est en recherche constante de personnel et elle est présentement en recrutement très actif afin de pourvoir les nombreux postes qui s’ouvriront à la suite du départ à la retraite de travailleurs et à l’augmentation de la demande pour ses produits. «Trouver de la main-d’œuvre est d’une importance capitale présentement.»

Située à Saint-Éphrem, en Beauce, Filature Lemieux emploie 65 personnes.

En hausse de 300 %

Même si elle a eu de nombreux effets pervers, la pandémie a quand même eu du positif. Chez Filature Lemieux, elle s’est traduite par une augmentation de 300 % des ventes en ligne des fils à tricot de laine.

«On savait que depuis quelques années, la courbe de la demande pour ces produits était en hausse. Mais on ne s’attendait jamais à une telle augmentation, pas plus que l’on avait prévu la hausse du trafic sur Google pour trouver nos mots clés comme “fil de laine” ou “fil à tricoter” ni celle de la navigation sur notre site. Nous avons enregistré jusqu’à 3000-4000 visites par mois sur la page Web de notre boutique en ligne. Parallèlement, je me suis mis à recevoir des demandes de cafés studio et de cafés tricot de la région de Montréal, mais aussi de la région de Lanaudière et de Québec, qui donnent des cours de tricot et qui veulent offrir nos produits. C’est là que l’on a vu que la demande était encore plus importante pour le fil à tricot de laine.»

Cette croissance a poussé les dirigeants de l’entreprise beauceronne à mettre des énergies afin de développer encore plus le marché du fil à tricot de laine. Ils ont ainsi été actifs au niveau des promotions et ils se sont assurés que les stocks de fils disponibles soient renouvelés au fur et à mesure que les inventaires baissaient. Ils ont aussi dû s’adapter au fait de travailler avec des consommateurs plutôt que des industries et de composer avec les retours, les plaintes, etc. «C’est un marché qui demande beaucoup plus de suivi au niveau de la clientèle. Mais les choses se sont quand même bien déroulées et elles continuent de bien aller.»

Dans l’industrie du textile, la compétition est très forte avec les pays émergents.

Parlant de sa boutique en ligne, M. Lemieux la décrit comme étant le magasin d’usine (factory outlet) de son entreprise. Il  ajoute que ce que désire avant tout Filature Lemieux, c’est de travailler avec des distributeurs et des commerces qui vont l’aider à faire connaître et à promouvoir ses produits. «Ce que l’on ne veut surtout pas, c’est que notre boutique en ligne soit un compétiteur à nos clients.»

M. Lemieux indique qu’il ne d’attendait pas à ce que la croissance de la demande pour les fils de tricot de laine demeure aussi spectaculaire au cours des prochaines années. Il ajoute qu’il croyait qu’elle serait quand même constante.

«Pour nous l’opportunité est là. Et il faut l’exploiter du mieux que l’on peut pour la garder vivante. On pense déjà à ce que nous allons faire au niveau des prochaines créations et des prochaines promotions. On veut ainsi lancer cet automne un nouveau fil de coton. Les fils naturels nous inspirent beaucoup.»