Le directeur général du Centre local de développement (CLD) de L'Islet, Pierre Roy

Fermeture prochaine de Stryker: L'Islet passe à l'attaque

Si la municipalité de L'Islet n'a pas encore tourné la page à la suite de l'annonce de la fermeture, d'ici deux ans, de l'usine de fabrication de lits d'hôpital - elle réclame une compensation de 1,2 million $ à la compagnie américaine Stryker -, les efforts des autorités politiques et économiques locales se portent maintenant sur la recherche d'un acquéreur pour le bâtiment de près de 140 000 pieds carrés. «Nous travaillons intensément avec Investissement Québec et d'autres partenaires et nous fouillons dans les répertoires du Centre de recherche industrielle du Québec [CRIQ] pour trouver un nouvel acquéreur», indique le directeur général du Centre local de développement (CLD) de L'Islet, Pierre Roy.
Mais attention, avertit ce dernier, le futur propriétaire des lieux devra s'engager à créer des emplois pour remplacer les 350 postes qui disparaîtront du paysage une fois que Flextronics aura complété le transfert de la production vers Aguascalientes, au Mexique. Si un entrepreneur a l'intention d'a­cheter l'immeuble pour y aménager, par exemple, un entrepôt et cré­er deux emplois de gardien de sécuri­té, il ne sera pas le bienvenu à L'Islet.
Déjà, des approches ont été faites avec des entreprises. En raison de la proximité de l'usine de Bombardier Transport à La Pocatière, L'Islet est en mesure de séduire des sous-traitants de la multinationale ou des compagnies des secteurs de l'aéronautique et de l'aérospatiale.
«Chose certaine, le nouvel acquéreur pourra compter sur une main-d'oeuvre fortement spécialisée et hautement formée dans le domaine de la fabrication de produits métalliques», assure le dg du CLD.
À L'Islet, plus personne ne s'accroche à l'idée que Flextronics pourrait changer son fusil d'épaule et poursuivre la fabrication d'équipements médicaux au Québec.
«Chiffres à l'appui, la direction de Flextronics nous a fait la démonstration que, malgré le fait que l'usine de L'Islet soit très productive et que la qualité de la main-d'oeuvre est exceptionnelle, il était beaucoup plus économique de fabriquer des lits d'hôpital au Mexique qu'ici, surtout que la multinationale veut développer le marché de l'Amérique du Sud au cours des prochaines années», explique Pierre Roy. «Au Mexique, Flextronics pourrait se permettre de scrapper un lit sur deux et la compagnie va quand même faire de l'argent.»
Au cours des dernières semaines, les ténors politiques et économi­ques de la région de Montmagny-L'Islet ont rencontré la direction de Stryker pour connaître leurs intentions à l'égard de l'usine. Rappelons que Stryker a vendu ses activités de fabrication de lits d'hôpital à Flextronics, mais qu'elle est demeurée propriétaire du bâtiment du boulevard Nilus-Leclerc.
«Stryker n'est pas pressée de vendre puisque Flextronics poursuivra ses activités à L'Islet pendant encore au moins 18 mois. Nous lui avons fait part de nos démarches et la compagnie a démontré de l'ouverture. Elle est consciente que la fermeture de l'entreprise va porter un dur coup à la région», fait remarquer Pierre Roy.
Croissance
Au cours des années 2000, Stryker a connu une forte croissance de ses activités. La compagnie a notamment procédé à un important agrandissement de ses installations. Pour fournir l'espace et les infrastructures nécessaires à cette expansion, la municipalité de 4000 personnes a investi un demi-million de dollars en 2004. Un centre de loisirs, des terrains de baseball et des courts de tennis ont été rasés; une piscine a été démolie et une nouvelle rue a dû être aménagée, explique le maire de L'Islet, André Caron.
Sept ans plus tard, la municipalité constate qu'elle a beaucoup donné à une entreprise qui s'apprête à mettre la clé sous la porte et à mettre à pied 350 salariés, dont près de 80 habitent à L'Islet.
«Ça ne fait pas un grand retour sur l'investissement», juge le maire Caron, qui demande une compensation d'un peu plus de 1,2 million $ à Stryker, une somme équivalente, selon la municipalité, à ce que coûte le remplacement des équipements de loisirs. L'Islet attend une réponse du manufacturier d'équipements médicaux de Kalamazoo.