La vingtaine de travailleurs du Maurice et du Charlotte, situé un étage plus haut, ont appris la fermeture après des semaines de rumeurs dans le milieu de la restauration et des bars.

Fermeture du Maurice: fin de la danse sur la Grande Allée?

Après avoir célébré samedi son 23e anniversaire, le Maurice Nightclub ferme ses portes. Son voisin d’en face, le mythique Dagobert, n’est ouvert actuellement que deux jours par semaine. Les changements dans les habitudes de sortie pourraient avoir raison des planchers de danse de la Grande Allée comme on les a toujours connus.

La nouvelle est tombée abruptement mercredi. La vingtaine de travailleurs du Maurice et du Charlotte, situé un étage plus haut, ont appris la mauvaise nouvelle après des semaines de rumeurs dans le milieu de la restauration et des bars. La fermeture est effective à partir de maintenant. Le restaurant Le Pot de vin au rez-de-chaussée, appartenant au même propriétaire, n’est pas touché.

Un employé à qui Le Soleil a parlé aurait aimé apprendre la nouvelle avant une fermeture aussi imminente. «Ça nous a pris par surprise», lance l’homme qui préfère garder l’anonymat.

Selon lui, les temps étaient devenus difficiles. «Il n’y avait plus de monde. La clientèle du nightlife est difficile à attirer. Pour une même soirée où on faisait 1500$ de cash, on n’en faisait plus que 500$ à deux», affirme-t-il.

Il y avait pourtant foule samedi pour les 23 ans du club. Mais de toute évidence, la même affluence ne prévalait pas les autres fins de semaine. 

Selon nos informations, le propriétaire du Maurice Nightclub et du Charlotte, Carl Denis, aurait tenté au cours des derniers jours d’acheter l’établissement de la Grande Allée. Le propriétaire de l’immeuble, Denis Pelletier, demandait toutefois environ 8 millions $ pour l’édifice. Selon l’évaluation de la municipalité, l’établissement vaut 5,3 millions $. 

Afin de trouver un partenaire d’affaires pour réaliser la transaction, M. Denis aurait tenté de s’associer avec le patron du Cosmos, Louis McNeil. Après vérification, le risque était trop grand pour les deux entrepreneurs.

Joint en après-midi, M. McNeil a souligné qu’il y avait des rumeurs de fermeture depuis des semaines. 

«La fermeture du Maurice, c’est certain que cela va me nuire. Les gens venaient en ville, au Cosmos, car ils allaient à la discothèque après. C’est une très mauvaise nouvelle juste avant le temps des Fêtes», déplore l’homme d’affaires. «C’est certain que cela n’est pas facile sur la Grande Allée. Il y a plusieurs restaurants qui ont ouvert en périphérie. L’été, c’est fantastique, mais l’hiver, les touristes ne dépassent pas la porte Saint-Louis. Il faudrait une navette», poursuit-il pour décrire la situation. «Les discothèques marchent moins bien qu’avant.»

M. McNeil souligne qu’il aurait été ouvert à l’idée d’acheter son local, «mais pas le bâtiment». Il regrette la fermeture de cette institution. 

Joint au téléphone sur l’heure du midi, le propriétaire Carl Denis a refusé d’infirmer ou de confirmer l’information obtenue par Le Soleil. Il s’est limité à un «pas de commentaire. Les gens peuvent bien dire ce qu’ils veulent».

L’ancien propriétaire du lieu mythique, aujourd’hui locateur des lieux, Denis Pelletier, a dit avoir eu vent de rumeurs de fermeture, sans plus. «Je trouverais ça dommage après 23 ans», a-t-il laissé tomber.


Les habitudes des jeunes ont changé. Maintenant, ils veulent un endroit où ils peuvent se réunir pour manger et boire du vin [ou de la bière]
André Verreault, directeur d’Action promotion Grande Allée

Les temps changent

Le directeur d’Action promotion Grande Allée, André Verreault, partage l’opinion de M. McNeil. «C’est plate pour M. Denis et ça l’est aussi pour le Maurice et la Grande Allée», lance-t-il. Pourtant, soutient-il, plusieurs endroits sur le globe vivent un engouement de la clientèle pour la vie nocturne sur les planchers de danse. Québec semble y faire exception.

Celui à la tête de l’événement Le Jour de l’An à Québec avance d’autres facteurs qui peuvent expliquer cette chute d’intérêt. «Les habitudes des jeunes ont changé. Maintenant, ils veulent un endroit où ils peuvent se réunir pour manger et boire du vin [ou de la bière]. Tout ne va pas mal sur Grande Allée. L’Atelier fonctionne à plein, l’Inox aussi. Maintenant, les gens ouvrent des resto-bars», illustre-t-il.

«De plus, Lebourgneuf n’existait pas avant. C’est un nouveau centre-ville qui s’est bâti», ajoute-t-il, faisant comprendre que la clientèle préfère maintenant des sorties près de la maison.

Le Dagobert vit aussi cette baisse de clientèle, maintenant ouvert seulement deux jours par semaine pour une période qu’il a été impossible de déterminer. Le propriétaire, Gilles Laberge, n’a pas rappelé Le Soleil, jeudi.

***

FERMETURES EN SÉRIE

Au cours des derniers mois, le paysage du nightlife a perdu plusieurs joueurs importants, comme Le Beaugarte, dans Sainte-Foy, et Le Boudoir, dans Saint-Roch. 

Monument de la Grande Allée, le Maurice Nightclub a accueilli ses premiers oiseaux de nuit en 1994. En 1995, le Charlotte, sa petite sœur, ouvrait ses portes. L’établissement a été baptisé ainsi en l’honneur de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis, qui résidait autrefois au 575, Grande Allée Est. 

Ce n’est pas la première fois que l’édifice vieux de 100 ans fait couler de l’encre. En 2015, le restaurant le Voo Doo Grill, installé sur la Grande Allée depuis 15 ans, avait fermé ses portes après avoir essuyé une baisse du chiffre d’affaires de 25%. 

Le Maurice s’ajoute à la longue liste des bars ayant fermé leurs portes au cours des dernières années, notamment l’Ozone, le Vogue, le Palace, le Monkey, le Star Bar, le Palladium, le Mundial et le Liquor Store (Place de la Cité).