Fermeture du Centre de valorisation des biotechnologies: «sérieux recul» pour l'innovation

Après 29 ans d'activités, le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (CQVB) fermera ses portes d'ici la fin juillet.
<p>Le président-directeur général du Centre québécois de valorisation des biotechnologies Richard Cloutier</p>
Pour le président-directeur général, Richard Cloutier, cette fermeture aura assurément un impact direct sur les PME québécoises, qui verront notamment leur compétitivité affectée.
«On travaillait beaucoup à aider à la compétitivité des PME», indique au Soleil M. Cloutier. «L'industrie va certainement en souffrir... Pour chaque dollar qu'on investissait dans une entreprise, on réussissait à aller chercher en moyenne 8,4 $ d'un peu partout, dont du gouvernement fédéral, pour réaliser le projet.»
Au cours des deux dernières années, l'organisme à but non lucratif, mandaté par le ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations du Québec, a vu sa contribution financière réduite de 74 %. Pour conséquence, 15 personnes se retrouveront au chômage le 31 juillet prochain et quatre contrats ne pourront peut-être pas être honorés.
«Nous sommes financés à la hauteur de 55 % par le Ministère et autofinancés à 45 %, explique M. Cloutier. Nous amenons de l'argent au gouvernement du Québec, mais au cours des dernières années, notre financement est passé de 1,9 million $ à 500 000 $. En contribution externe, nous allons chercher environ 2,2 millions $ par année.»
«Pour les contrats signés, nous en avions quatre sur table qui nécessitaient un investissement variant entre 45 000 $ et 125 000 $», ajoute le pdg. Les entreprises étaient Inocucor, Menodys, Novidev et GenePOC. «Pour l'heure, on cherche des solutions, car ça peut mettre en péril leur projet.» CQVB venait aussi en aide à 18 autres entreprises.
Le rôle du CQVB est de soutenir les PME dans leur processus d'innovation par de l'information stratégique, de la mise en relation et un soutien financier. L'entreprise participe activement à l'innovation et au transfert de technologie entre les centres de recherche et les entreprises du secteur des bio-industries au Québec.
Les cinq secteurs clés du CQVB sont les sciences de la vie, les bioproduits industriels et technologies vertes, la transformation alimentaire et ingrédients santé, les biotechnologies marines et la santé et, finalement, la nutrition animale. 
En 2013-2014, le CQVB, dont le siège social est basé à Québec, compte plus de 7500 clients répertoriés à travers le Québec, le Canada et dans le monde. 
225 entreprises
Depuis 1985, le CQVB est à l'origine de nombreuses retombées économiques. Plus de 375 projets de transfert ont été effectués au sein de 225 entreprises québécoises; plus de 320 millions $ ont été ajoutés en innovation et plus de 820 emplois ont été créés ou maintenus au Québec, selon des données fournies par l'entreprise. «Depuis 1996, ce sont 87 entreprises en démarrage que nous avons accompagnées», ajoute le président.
Dans les projets d'innovation et de transfert accompagnés et soutenus par l'organisation l'an dernier, notons l'équipement de diagnostic rapide des maladies infectieuses de GenePOC développé par Michel Bergeron au Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL), le désinfectant biodégradable pour contrer les maladies de pieds de vache de Laboratoire M2 et les ingrédients cosmétiques naturels en remplacement des produits synthétiques de Arclays natural Technologies. «D'autres entreprises soutenues antérieurement par le CQVB connaissent déjà du succès à l'international, comme Medicago, avec son procédé de fabrication de vaccins à base de plantes», soutient M. Cloutier.
Nouvelle tuile
Pour le pdg, la disparition du CQVB est une nouvelle tuile qui vient s'abattre sur les PME québécoises, qui ont déjà beaucoup souffert.
«On le voit! Les entreprises ont eu 20 % de coupure au niveau des crédits d'impôt à la R et D. Des programmes gouvernementaux vont tomber. Nous, comme  organisme d'intermédiation, ne serons plus présents pour les accompagner. Lorsque tu calcules tout, cela crée de l'incertitude et amène les entreprises à mettre le pied sur le frein. Lorsqu'on se compare à d'autres régions, comme en Europe ou aux États-Unis, on commence à prendre un sérieux recul sur ce qui se fait en termes d'innovation et d'accompagnement.»
Ce qu'ils ont dit...
«La fermeture du CQVB envoie un très mauvais signal pour l'industrie en général.» -  François Thomas Michaud, cofondateur de Feldan Bio
«Le CQVB jouait un rôle certain en comblant le monde industriel et le monde de la recherche fondamentale. Ça permettait de créer de la richesse au Québec.» - Normand Voyer, professeur-chercheur au Département de chimie de l'Université Laval et directeur de PROTEO
«La disparition du CQVB, c'est comme enlever entre ici et Percé toutes les stations-services. On coupe les points de ravitaillement et on renforce le risque au niveau des sociétés.» - Patrice Allibert, président de GenePOC