Extension du réseau gazier: qui doit payer?

Qui doit payer pour l'extension du réseau gazier dans la Belle Province?
Les nouveaux clients qui en bénéficieront et qui réduiront, du même coup, leur facture énergétique parce que le gaz naturel coûte moins cher que le mazout ou l'ensemble des contribuables?
Au Québec, de toute évidence, le gouvernement a choisi de faire payer monsieur et madame Tout-le-Monde.
«Dans certains États américains, des surcharges locales sont imposées aux nouveaux clients. En Caroline du Nord, l'État a émis des obligations d'épargne pour financer le prolongement du réseau gazier», informe Dany Lemieux, un consultant spécialisé dans les domaines de l'énergie, de l'efficacité énergétique et de la valorisation des ressources naturelles.
Ces dernières semaines, le gouvernement québécois a puisé dans le Fonds vert pour financer à la hauteur de plus de 20 millions $ des projets d'extension du réseau gazier en Beauce, dans la région de Thetford Mines et à Saint-Marc-des-Carrières dans la région de Portneuf. Le Fonds vert, faut-il le rappeler, a été créé en 2006 afin de favoriser le développement durable du Québec par la protection de l'environnement, la préservation de la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques.
La semaine dernière, Nature Québec et le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec ont poussé les hauts cris jugeant «très mauvaise» l'utilisation des deniers publics consacrés à la transition énergétique vers l'utilisation des sources d'énergie renouvelable.
Dany Lemieux, aussi, se pose des questions sur l'utilisation judicieuse de l'argent du Fonds vert pour prolonger le réseau de Gaz Métro afin de brancher des clients industriels.
«Ne faudrait-il pas plutôt investir du côté des transports alors que les émissions de gaz à effet de serre [GES] ont augmenté de 27 % entre 1990 et 2014? Au cours de la même période, les émissions de GES, dans le monde industriel, ont chuté de près de 20 %», fait remarquer Dany Lemieux qui déplore le fait qu'il soit pratiquement impossible d'évaluer le rendement de chacun des projets financés par le Fonds vert.
«Le gouvernement a beau dire que l'extension du gaz naturel dans le parc industriel de Saint-Marc-des-Carrières permettra aux entreprises de réduire leurs émissions de GES de 1556 tonnes par année, il serait pertinent de connaître la quantité de GES qui sera émise dans l'atmosphère pour produire le gaz naturel, surtout s'il s'agit de gaz de schiste. Il est essentiel de considérer tout le cycle de vie, soit de l'extraction du gaz naturel jusqu'à sa combustion.»