Puisque le projet Northern Pass a été bloqué au New Hampshire, le Massachusetts s'est tourné vers le New England Clean Energy Connect, qui sera réalisé par la société Central Maine Power (CMP) et Hydro-Québec.

Exportations: des élus du Maine s'opposent au projet d'Hydro-Québec

La ligne de transport que veulent construire Hydro-Québec et son partenaire américain pour acheminer d’importantes quantités d’électricité en Nouvelle-Angleterre est loin de faire l’unanimité au Maine, où des élus veulent court-circuiter le projet.

Deux sénateurs républicains et deux représentants démocrates souhaitent notamment faire reculer le Massachusetts, qui s’affaire toujours à finaliser un contrat d’approvisionnement pour 9,45 térawattheures (TWh) par année pendant 20 ans même si l’échéancier du 25 avril a été dépassé.

Ceux-ci ont envoyé une lettre au département des Services publics du Massachusetts, vendredi dernier, dans laquelle ils font valoir que les retombées économiques du New England Clean Energy Connect (NECEC) sont insuffisantes pour le Maine et que ce projet pourrait se traduire par des pertes d’emplois et de recettes fiscales.

Les comités des ressources naturelles et de l’énergie ainsi que des services publics et des technologies estiment également que rien ne prouve que la ligne de transport entraînera une baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) à long terme.

«Nous croyons que le Massachusetts et le Maine peuvent trouver d’autres options qui généreraient de plus importantes retombées, des impacts moins importants et une baisse des émissions de GES», fait valoir la lettre envoyée au département des Services publics du Massachusetts.

Le département des Services publics du Massachusetts n’avait pas répondu aux questions envoyées lundi par La Presse canadienne.

Puisque le projet Northern Pass a été bloqué au New Hampshire, le Massachusetts s’est tourné vers le New England Clean Energy Connect, qui serait réalisé par la société Central Maine Power (CMP), une filiale d’Avangrid, et Hydro-Québec, avec une mise en service prévue en 2022.

Le coût de cette ligne de transport est évalué à environ 950 millions $ US aux États-Unis. Le tracé de 233 kilomètres en sol américain, qui doit passer par le Maine, emprunterait le sud du New Hampshire pour rejoindre le Massachusetts.

Au Québec, rien n’a encore été déterminé. Hydro-Québec devra réaliser des études d’impact, techniques et environnementales en plus de se pencher sur un tracé au Québec afin de construire une ligne de transport jusqu’à la frontière avec le Maine.

Plusieurs effets négatifs

Les signataires - les sénateurs Tom Saviello et David Woodsome ainsi que les représentants Ralph Tucker et Seth Berry - avancent que la réalisation du NECEC pourrait avoir un effet dissuasif à l’endroit des promoteurs qui envisagent actuellement des projets de production d’électricité éolienne ou solaire.

De plus, l’arrivée soudaine d’hydroélectricité bon marché provoquerait une «congestion» sur le marché, croient-ils.

«Nous refusons de sacrifier l’avenir des filières éolienne et solaire du Maine, qui auraient un effet positif sur les émissions de GES et la création d’emplois au Maine, uniquement pour permettre à Hydro-Québec d’acheminer son électricité au Massachusetts», est-il écrit.

Les quatre élus avancent que le NECEC pourrait provoquer une hausse des émissions de GES si l’Ontario ou l’État de New York se voient dans l’obligation d’acheter de l’électricité produite avec des énergies fossiles parce que ces marchés ne pourraient plus s’approvisionner auprès d’Hydro-Québec.

Ils s’inquiètent également de voir que la ligne de transport traverserait la rivière Kennebec, un secteur notamment prisé pour la pêche et d’autres activités.

«(CMP) n’a pas proposé d’enfouir une portion de 85 kilomètres de la ligne de transport, même à ce lieu emblématique jugé critique pour l’industrie touristique du Maine», affirment les signataires.

De son côté, une porte-parole d’Hydro-Québec, Lynn St-Laurent, a tempéré cette sortie au cours d’un entretien téléphonique.

«Il y a des procédures réglementaires qui sont en cours dans le Maine en lien avec le NECEC et il n’est pas inhabituel que de telles démarches concernant des grands projets d’infrastructure génèrent des questions», a-t-elle dit.

En plus de ces quatre élus du Maine, le NECEC a été critiqué par un trio de producteurs d’électricité - Calpine, Dynegy et Bucksport -de cet État et par des militants pour la protection de l’environnement.