En janvier, Pétrolia déplacera sa foreuse du secteur Bourque, près de Murdochville, vers Haldimand, à Gaspé.

Exploitation pétrolière: l'Assemblée nationale presque unanime

Même si l'on est à plusieurs années de toute éventuelle exploitation de pétrole au Québec, le gouvernement Marois pourra en principe compter sur l'appui des deux principaux partis d'opposition lorsqu'il déposera ses deux projets de loi sur le développement pétrolier.
Il le pourra d'autant plus que les libéraux et les caquistes le soupçonnent d'avancer sans réelle conviction, et sans être totalement uni sur cette question. Ou d'être rattrapé par un principe de réalité. Ils entendent donc faire pression sur lui.
Libéraux et caquistes veulent ajouter leurs voix à celles des signataires du Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole, parmi lesquels figurent l'ancien premier ministre péquiste Bernard Landry, l'ancienne ministre libérale des Finances Monique Jérôme-Forget, le maire de Rimouski, Éric Forest, ainsi que des représentants du monde des affaires et de l'entreprise.
«Cesser de se traîner les pieds»
La députée libérale Julie Boulet demande au gouvernement «de cesser de se traîner les pieds dans les dossiers touchant l'exploitation de nos ressources naturelles et d'aller de l'avant avec l'exploitation responsable et durable de notre pétrole».
Les libéraux de Philippe Couillard cherchent à faire valoir que le gouvernement, qui a confié ce dossier à la ministre Martine Ouellet, demeure dans les faits réticent à avancer. Ils accusent de plus Mme Ouellet d'être réfractaire à tout développement économique.
D'emblée, par le truchement du député Gérard Deltell, la Coalition avenir Québec offre sa «collaboration» au gouvernement Marois sur cette question.
La ministre des Ressources naturelles a l'intention de présenter d'ici le printemps deux projets de loi encadrant le développement pétrolier au Québec. L'un en milieu maritime, pour le golfe du Saint-Laurent et son gisement Old Harry; l'autre pour le milieu terrestre, l'île d'Anticosti surtout, mais aussi la Gaspésie, par exemple.
«Le plus tôt sera le mieux», soutient Gérard Deltell en évoquant la présentation des projets de loi.
En 2012, le Parti québécois s'est engagé à créer - si des réserves pétrolières devaient un jour être exploitées au Québec - un régime de redevances sur les hydrocarbures permettant de récupérer plus de 50 % du profit avant impôt. Cela, bien sûr, si l'existence de réserves significatives est démontrée et si elles peuvent être exploitées de façon rentable.
«En misant sur l'exploration et l'exploitation de notre pétrole, nous pourrons contribuer à satisfaire notre demande de consommation pour les prochaines années et décennies», écrivent les auteurs du manifeste.
Bernard Landry et les 10 autres signataires évoquent le modèle norvégien. «La Norvège devrait nous servir d'exemple. Il s'agit d'un pays qui a su exploiter ses réserves de pétrole tout en protégeant son environnement et, surtout, tout en poursuivant le développement de ses activités maritimes, la pêche et l'aquaculture.»
Oppositions
À l'Assemblée nationale, seuls les solidaires Françoise David et Amir Khadir s'opposeront au principe même de toute éventuelle exploitation pétrolière en territoire québécois, peu importe les modalités des projets législatifs à venir.
Selon ces deux députés, extraire du pétrole québécois, un hydrocarbure essentiellement non conventionnel, ne ferait que retarder «un virage inévitable vers les énergies vertes».
«Le gouvernement du Parti québécois démontre un plus grand appétit pour le pétrole que les conservateurs à Ottawa, estime Amir Khadir. Il doit se tenir debout face à un lobby pétrolier qui a plus à coeur les intérêts de ses actionnaires que le bien commun.»
À l'instar des groupes environnementaux, Québec solidaire soutient que le Québec n'est pas la Norvège et que les éventuelles conditions d'exploitation y seraient totalement différentes.
Durant la dernière campagne électorale, le Parti québécois a davantage parlé de l'importance de diminuer la consommation de pétrole provenant de l'étranger - grâce à l'électrification des transports - que d'exploration et d'exploitation de pétrole. L'un et l'autre sont complémentaires, répond-on aujourd'hui.
Chaque année, le Québec dépense plus de 13 milliards $ pour acquérir du pétrole provenant de pays étrangers, ce qui affecte d'autant sa balance commerciale.