Pascal Chazal, cofondateur de la boulangerie Pascal Le Boulanger

Exaspéré par les méthodes d'un «autre âge» du MAPAQ

Un boulanger artisanal de Stoneham qui se dit tracassé par le MAPAQ songe à fermer boutique et à partir pour l'Ontario. Dans un «cri du coeur» au ministre Pierre Paradis, il demande la modernisation d'une réglementation qui appartient à «un autre âge».
Le couple de Français d'origine qui a mis sur pied la boulangerie Pascal Le Boulanger, sur l'avenue Tewkesbury, en 2012, est exaspéré par les «inspections répétées et tatillonnes» du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). Au point où Claire et Pascal Chazal ont écrit une lettre ouverte à M. Paradis.
«Nous avons quitté la France notamment à cause de sa bureaucratie et de ses lourdeurs administratives qui découragent là-bas tant d'artisans et de commerçants, écrivent-ils. Nous avons quitté la France et ses tracasseries, ses obligations légales désuètes. [...] Et nous ne voulons pas admettre nous être trompés.»
En entrevue au Soleil, M. Chazal convient que des règles d'hygiène doivent exister et être appliquées. Mais il en a contre les exigences qu'ils jugent «incohérentes» et «inapplicables». La température des réfrigérateurs ne peut être idéale si les inspecteurs passent au moment le plus achalandé de la journée. Un bandeau dans les cheveux devrait suffire, plutôt que des filets, pour les femmes qui vendent le produit. Etc.
Il assure avoir dépensé des milliers de dollars pour se conformer aux directives des inspecteurs : comptoirs en verre réfrigérés, nouvelles dispositions des produits pour les éloigner des clients... Lors du dernier passage du MAPAQ, pendant la période des Fêtes, les choses ont tourné au vinaigre. «Ça s'est mal passé, relate M. Chazal. Je leur ai mal parlé. Je me suis chicané avec eux. Ils m'ont mis un avertissement. J'ai reçu une lettre comme quoi je ne devais pas avoir ce comportement-là. C'était en plein rush. Il faut répondre à leurs questions. J'ai haussé le ton un peu. C'est un peu exaspérant.»
Des clients se sont plaints au sujet des filets à cheveux ou des gants de plastique, reconnaît le boulanger. Des gens bien au fait de la réglementation du MAPAQ, à l'évidence, poursuit-il. «Mes affaires marchent super bien, dit-il. On est très contents. Des fois, je me demande si ce ne sont pas des gens qui sont jaloux. Je ne peux pas m'avancer, mais... On peut déranger.»
Aseptisation à outrance
Dans l'ensemble, le boulanger déplore une culture de l'aseptisation à outrance. «On met dans le même panier la boulangerie industrielle et artisanale, dit M. Chazal. Moi, le pain, je le pétris à la main. Je ne mettrai jamais de gants. Le pain, c'est vivant. J'ai besoin de toucher les choses pour les comprendre. [...] Il y a un moment où il faut arrêter de tout vouloir aseptiser.» Une prise de conscience des consommateurs est aussi nécessaire, croit-il.
Les règles sont plus souples en Ontario, soutient M. Chazal. Il songe à y déménager le commerce dans lequel il a investi 4 millions $ et qui embauche 45 personnes, plusieurs à temps partiel. M. Chazal était un ami du fromager Rudy Ducreux, qui s'est suicidé à la fin de 2016. «Lui aussi a eu des problèmes avec le MAPAQ, a-t-il affirmé. [...] Et vous savez comment il a fini. Il s'est pendu au bout d'une corde à 36 ans. C'est ce que je leur ai dit. Ils ne sont pas responsables, mais quelque part, ils en sont responsables.»
Au MAPAQ, le porte-parole Yohan Dallaire-Boily ne peut aborder de cas spécifique publiquement. Il indique de façon plus générale que les inspections sont liées au risque que pose l'entreprise à la santé publique. «Plus le risque est élevé pour le consommateur, plus il y aura des inspections», explique-t-il. Les visites ne sont pas annoncées et les plaintes fondées sont l'objet d'un suivi sur place, dit le porte-parole.