Le président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau

Et si on dézonait les plaines d'Abraham?

«Posons-nous la question. Est-ce que quelqu’un accepterait que l’on dézone les plaines d’Abraham pour faire autre chose qu’un parc?»

L’Union des producteurs agricoles (UPA) s’oppose farouchement au dézonage des terrains des Soeurs de la Charité dans l’arrondissement de Beauport.

En entrevue éditoriale au Soleil, Marcel Groleau, le président du syndicat représentant 42 000 producteurs agricoles et forestiers, n’a pu s’empêcher de faire un rapprochement entre les terrains des Soeurs de la Charité et les plaines d’Abraham, «dont les superficies se ressemblent.»

«C’est rare, en ville, un espace vert de cette envergure», souligne-t-il au sujet de ce territoire de 200 hectares situé au nord de la capitale. À titre comparatif, la superficie des plaines d’Abraham est de 98 hectares.

«Nous pourrions changer notre fusil d’épaule si la Ville de Québec proposait, par exemple, d’y aménager un parc agricole urbain qui profiterait aux générations futures», suggère Marcel Groleau.
«À l’UPA, c’est certain que l’on va continuer de s’opposer au dézonage et à la construction domiciliaire sur les terrains des Soeurs de la Charité.»

Ça ne passera pas

Le Groupe Dallaire, le promoteur du projet immobilier de 6500 unités de logement, n’a pas encore déposé sa demande de dézonage à la Commission de protection du territoire agricole (CPTA).

«J’imagine que le promoteur évalue ses options et qu’il mesure les oppositions à son projet. J’imagine, aussi, que la Ville de Québec prend des notes. Personne ne peut nier qu’il y a de l’opposition de citoyens au projet du Groupe Dallaire.»

Selon Marcel Groleau, le Groupe Dallaire — s’il va de l’avant avec sa requête — devra faire la démonstration à la CPTA qu’il ne trouve pas suffisamment de terrain ailleurs dans la capitale pour construire ses maisons et ses condos et qu’il doit nécessairement le faire en zone agricole.

Une demande qui ne devrait pas passer comme une lettre à la poste, estime le président de l’UPA.

«Il y a de bonnes chances que la CPTA refuse la demande du promoteur», avance-t-il. «Il n’y a pas vraiment de besoin pour des espaces supplémentaires pour la construction de condos à Québec au moment où l’on se parle. Vous n’avez qu’à constater le taux élevé de vacance des condos dans le marché pour vous en convaincre.»

Le président estime qu’il y a des espaces disponibles dans les villes pour le développement immobilier, mais ces espaces inutilisés sont souvent la propriété des promoteurs qui n’attendent que le bon moment pour vendre à fort prix.

«C’est leur jeu de faire augmenter la valeur des terrains qu’ils détiennent. Flairant la bonne affaire, ils achètent un terrain. Ils ne sont pas pressés. Ils peuvent attendre 20 ou 25 ans s’il le faut. Entretemps, ils louent les terres aux producteurs et attendent l’obtention du dézonage», explique Marcel Groleau en déplorant le fait que les villes manquent de moyens pour forcer les promoteurs à «libérer» des terrains inexploités depuis belle lurette.

À son avis, la Loi sur la protection du territoire agricole «manque de dents» pour assurer la sauvegarde des espaces cultivables en zones urbaine et périurbaine.

«Des dossiers semblables à celui des terrains des Soeurs de la Charité, nous en voyons un peu partout, notamment dans la région de Portneuf et de l’Aéroport international Jean-Lesage.»

Une partie des terrains des Soeurs de la Charité

La facture des taxes foncières des agriculteurs grimpe de 30 millions $

Les producteurs agricoles sont de plus en plus pris à la gorge.

«En 2019, ils devront payer 30 millions $ de plus en taxes foncières agricoles», indique le président de l’UPA, Marcel Groleau. «Pour les années 2017 et 2018, la somme était de 20 millions $ de plus que les années précédentes.»

Tel est le résultat de la vertigineuse hausse de la valeur des terres et, par conséquent, des taxes foncières agricoles.

Pour les années 2017 et 2018, le fardeau fiscal agricole avait connu une hausse de 9,5 % et de 11 %.

Selon M. Groleau, les augmentations attendues en 2019 et 2020 seront de l’ordre de 10 % et de 7,5 %.

«Pour les producteurs de céréales et les maraîchers — des cultures qui nécessitent de grandes superficies —, la facture des taxes foncières représente maintenant plus de 20 % des coûts de production. C’est beaucoup étant donné qu’elle est généralement de 7 % à 8 %», informe-t-il en soulignant que le prix des terres n’est plus déterminé par leur rendement, mais bien par la spéculation. Le président de l’UPA donne raison à ceux qui soulignent qu’un producteur profitera de la hausse de l’évaluation foncière au moment où il vendra sa propriété. «C’est vrai. Nous sommes ouverts à discuter de la possibilité, par exemple, de payer une taxe au moment de la transaction.»

Chose certaine, l’UPA veut faire bouger les choses à l’approche des élections générales du 1er octobre dans la Belle Province. «C’est l’une de nos priorités», insiste Marcel Groleau.

En clair, l’UPA réclame l’abolition immédiate du plafond des dépenses au Programme de crédit de taxes foncières agricoles qui est fixé à 5 %. Le syndicat agricole milite également en faveur de l’imposition d’une limite des valeurs taxables des terres à 20 000 $.

L’UPA demande la création d’une table de travail regroupant le gouvernement du Québec, les unions municipales et le monde agricole pour trouver des solutions à long terme à l’enjeu crucial de l’augmentation du coût des taxes foncières pour les producteurs en raison de la hausse rapide de la valeur des terres agricoles dans les rôles d’évaluation.