René Richard, Gordon St-Gelais et Jean-Claude Pinet du comité qui veille aux intérêts des retraités de Cliffs Natural Resources.

Espoir terre-neuvien pour les retraités de Cliffs

Les retraités de Cliffs Natural Resources du Québec et du Labrador nourrissent un nouvel espoir de voir leur caisse renflouée avec l'application possible de la loi terre-neuvienne sur les fonds de pension. Mais l'affaire est loin d'être simple.
Des dispositions de la Newfoundland and Labrador Pension Benefit Act placent en tête de liste des créanciers, les retraités d'une entreprise qui se place sous la protection de la loi, comme l'a fait le géant minier américain en 2015, après avoir tiré un trait sur ses activités dans l'est du Canada, au Québec et au Labrador, en décembre 2014. 
En fin d'année, le gestionnaire de la caisse de retraite des ex-travailleurs et les avocats des employés-cadres ont suggéré à la division commerciale de la Cour supérieure, qui traite de la restructuration de Cliffs, de s'adresser à son équivalent de Terre-Neuve pour trancher des questions du fonds de pension, enregistré à Wabush où est la mine Scully. 
Ce qu'a refusé le tribunal, craignant notamment l'ajout de coûts et de délais au processus légal, qui dure déjà depuis deux ans. La Cour affirme par ailleurs avoir la compétence d'interpréter la loi terre-neuvienne sauf qu'elle ne ferme pas la porte à ce que le gouvernement de l'endroit présente son propre avis légal éclairant son application. 
«Il est là l'espoir», lance René Richard du comité de retraités de Cliffs Natural Resources, soulignant que les retraités du côté du Labrador multiplient les actions pour que leur gouvernement intervienne et précise l'interprétation de la Newfoundland and Labrador Pension Benefit Act, qui n'aurait jamais été appliquée en de telles circonstances, selon eux. 
«On les appuie à 100 % dans leurs démarches», poursuit-il parce que si le juge de la Cour supérieure en venait à la décision de tenir compte de cette loi lors de la redistribution des fruits de la liquidation des actifs de Cliffs Natural Resources, la caisse de retraite des ex-travailleurs serait remboursée en priorité. «Ça vient créer un espoir c'est certain», dit-il. 
«Mince espoir»
Un mince espoir diront certains, mais pas pour les retraités de l'entreprise, qui ont vu fondre leurs prestations de 21 % et leurs assurances vie et médicaments retirées quand leur caisse de retraite a été fermée, dans la foulée de la restructuration légale, pour freiner l'hémorragie. Pour l'heure, le déficit de leur fonds de pension est évalué à 29 millions $. 
«Au départ, on n'avait aucun espoir, mais on n'a pas baissé les bras. Si tu ne te bats pas, tu n'auras rien», martèle Gordon St-Gelais, du comité de retraités formé spontanément pour veiller à leurs intérêts. «Des questions, on s'en pose tout le temps», assure-t-il. «Pour des gens vieillissants, être dans l'incertitude constant, c'est l'enfer». 
Le tribunal a accordé en janvier un autre sursis, cette fois jusqu'au 30 juin, donnant plus de temps à Cliffs Natural Resources et son contrôleur légal pour conclure la vente possible d'actifs restants, dont le mine Scully au Labrador, et en arriver à une proposition aux centaines de créanciers qui se disputent le bas de laine.
Québec a notamment profité de la liquidation pour mettre la main sur tout le secteur stratégique de Pointe-Noire, d'où était expédiée la production minière de Cliffs, pour 66,75 millions $. Le Parti québécois et les Métallos réclament d'ailleurs que l'État contribue au remboursement de la caisse de retraite à même les revenus futurs de l'actif.
«Pointe-Noire, c'est une mine d'or pour Québec et c'est aussi grâce aux retraités qui ont contribué à rendre ce site-là potable et intéressant pour le gouvernement», a rappelé M. Richard. De son côté, le Bloc québécois a lancé une pétition pour qu'Ottawa modifie la Loi sur les arrangements avec les créanciers, qui ne protège pas les fonds de retraite.