Le mandat de Éric Martel, nommé président-directeur de la société d’État par le gouvernement libéral de Philippe Couillard en 2015, tire à sa fin.

Éric Martel passe d’Hydro-Québec à Bombardier

Éric Martel retournera au bercail puisqu’il quittera la direction d’Hydro-Québec pour prendre les commandes de Bombardier, où il remplacera le président et chef de la direction Alain Bellemare à compter du 6 avril.

Ces changements ont été confirmés mercredi en soirée par Bombardier. Dans un communiqué, l’entreprise a souligné que M. Martel était «le bon leader au bon moment» pour l’entreprise.

«C’est un mobilisateur et un bâtisseur, a souligné le président du conseil d’administration de Bombardier, Pierre Beaudoin. Il a une connaissance profonde de notre entreprise et de notre portefeuille de produits, ainsi que de l’industrie mondiale des avions d’affaires.»

Estimant que le plan de redressement mis de l’avant par M. Bellemare est «presque terminé», les membres du conseil d’administration et le président ont affirmé avoir conclu «à l’unanimité» qu’un changement était nécessaire.

M. Martel avait été nommé président-directeur de la société d’État par le gouvernement libéral de Philippe Couillard en 2015. Son mandat tirait à sa fin, mais plusieurs s’attendaient à ce qu’il soit renouvelé. Chez Hydro-Québec, l’annonce du président a causé une certaine surprise.

Chez Bombardier, M. Martel héritera d’une compagnie lourdement endettée et dont le visage a été considérablement transformé sous la gouverne de M. Bellemare, qui a cédé de nombreux actifs depuis son arrivée en février 2015.

«Je suis honoré et emballé de revenir chez Bombardier alors que l’entreprise entame un nouveau chapitre de son histoire», a pour sa part indiqué M. Martel, dans le communiqué.

Traînant une dette à long terme de 9 milliards $ US, Bombardier vient de conclure une entente avec le géant français Alstom afin de lui céder sa division ferroviaire afin de se concentrer uniquement sur les luxueux jets d’affaires. En retournant chez Bombardier M. Martel aura notamment le mandat de conclure cette transaction.

Avant d’arriver chez Hydro-Québec, M. Martel avait occupé diverses fonctions chez Bombardier, où il avait notamment été nommé à la tête de la division des avions d’affaires en 2014.

Entre-temps, à la société d’État, c’est le chef de la direction financière Jean-Hugues Lafleur qui prendra la relève de M. Martel de façon intérimaire. Un processus visant à dénicher un nouveau président-directeur général sera mis de l’avant.

Dès son arrivée chez Bombardier, M. Bellemare était confronté à une situation difficile, alors que la dette à long terme était de plus de 7 milliards $ US.

Cette situation financière précaire a mené à une série de vente d’actifs : sans avoir eu à verser un seul sou, Airbus contrôle désormais la C Series, rebaptisée A220. La vente des programmes turbopropulseurs Q400 et des jets régionaux CRJ a marqué la fin d’une aventure dans l’aviation commerciale qui s’est échelonnée sur trois décennies. Les usines de fabrication de pièces d’aéronautiques de Bombardier à Belfast (Irlande du Nord) et Casablanca (Maroc) ont été vendues à l’américaine Spirit Aerosystems.

Les problèmes d’exécution avec d’importants contrats chez Bombardier Transport ont compliqué le désendettement de la société. Cela a pesé dans la balance lorsque l’entreprise a finalement décidé de se départir de sa division qui construit du matériel roulant dans le cadre d’une transaction annoncée avec Alstom le mois dernier.

«Le plan de redressement étant clos, c’est un bon moment pour moi de passer à autre chose», a souligné M. Bellemare, qui œuvrait au sein du conglomérat United Technologies avant d’arriver chez Bombardier.

M. Bellemare, dont la rémunération a fait les manchettes à plus d’une reprise, a touché près de 23 millions $ US depuis 2015 - 15 millions $ en salaire de base et primes diverses et 8 millions $ US grâce à l’exercice d’options sur des actions en 2018. À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier se négociait à 2,63 $. Mercredi, le titre a clôturé à 83 cents.

Chez Hydro-Québec, M. Martel, titulaire d’un baccalauréat en génie électrique de l’Université Laval, avait mis de l’avant un ambitieux plan de croissance visant à doubler les revenus et profits de la société d’État d’ici 2030. Son plus récent plan stratégique gardait le cap sur la cible de profits de 5,2 milliards $, mais l’objectif de générer des revenus d’environ 27 milliards $ avait été mis de côté.

De plus, celui-ci souhaitait voir Hydro-Québec retourner à l’international par l’entremise d’acquisitions à l’étranger, mais cela ne s’est pas matérialisé. Néanmoins, la société d’État a décroché un important contrat d’exportation avec le Massachusetts, en plus de conclure une entente avec le Nouveau-Brunswick.

L’an dernier, M. Martel a touché une rémunération globale d’environ 832 000 $, qui comprend notamment un salaire de base de 579 461 $ ainsi qu’une prime de 233 296 $.