Les érablières devraient être inscrites au patrimoine mondial des sites naturels de l'UNESCO, selon la Fédération des producteurs acéricoles du Québec.

Érablières: des producteurs rusés défient les interdits

Des petits futés ont trouvé le moyen de remplacer les traditionnelles pilules de paraformaldéhyde interdites dans les érablières depuis 1991 par une solution liquide indétectable à l'oeil nu. Le contrôle a dû être resserré et quelques producteurs de sirop d'érable ont commencé à se faire pincer.
Le formaldéhyde est un composé organique qui se trouve naturellement dans les érables, mais en très petite quantité. À une certaine époque, des acériculteurs en utilisaient une forme solide sous forme de pilule ou de pastille, le paraformaldéhyde, pour accélérer la production d'eau d'érable durant la saison des sucres. Une fois l'arbre entaillé, la pilule était déposée dans le trou, ce qui l'empêchait de se refermer et favorisait l'écoulement de la sève. Lorsque la saison était terminée, elle était enlevée et la cicatrisation pouvait s'effectuer.
Le problème est que ce composé cause des dommages importants aux érables. Aussi a-t-il été interdit en 1991. Pour s'assurer du respect du règlement, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) effectuait des tests au hasard dans les érablières, simplement en vérifiant la présence ou l'absence de pilules dans les entailles.
Or, ces dernières années, un nouveau procédé d'application sous forme liquide a fait son apparition. «Il y a toujours du monde "intelligent" qui arrive à contourner les règles», commente avec dépit Paul Rouillard, porte-parole de la FPAQ. Dans ce cas, comme il s'agit d'un liquide, il ne peut être perceptible à la vue, ce qui complique la tâche des inspecteurs.
Inspections adaptées
La Fédération a mandaté le Centre Acer, un centre de recherche en acériculture, pour qu'il développe des techniques de vérification adaptées à cette nouvelle réalité. Désormais, les inspecteurs prélèvent une petite quantité de bois dans les entailles actives et les envoient pour analyse en laboratoire.
Cette méthode est employée en érablière depuis la saison 2010. Selon la Fédération, elle «a permis de débusquer quelques producteurs alchimistes indisciplinés en plus de mettre un frein à une pratique nuisible qui proliférait».
Au moins deux acériculteurs ont comparu devant la Régie des marchés agricoles qui a reconnu la nouvelle méthode employée.
À partir de ces jours-ci, la Fédération entreprend des vérifications dans environ 150 érablières situées en terres privées ou publiques. Celles-ci se font sur une base aléatoire ou sur la base de dénonciations ou, ainsi que le dit M. Rouillard, «lorsqu'on a de petits doutes».
Lorsqu'un délinquant est attrapé, il doit livrer l'entièreté de son sirop à la Fédération et celui-ci lui est payé au prix du sirop «non conforme» à 1,80 $ la livre, soit beaucoup moins que les 2,92 $ versés pour le sirop de plus haute qualité. Le sirop dit non conforme, qui peut quand même être consommé, est vendu pour des usages industriels.
Lorsqu'une entreprise est sélectionnée pour une vérification, son propriétaire ne peut la refuser.
«Nous ne pouvons qu'encourager tout producteur à la plus grande précaution quant à l'utilisation de quelque solution miraculeuse qu'il pourrait se voir offrir pour améliorer ses rendements, car la Fédération n'aura aucune tolérance encore cette année devant la présence de formaldéhyde en érablière», écrit l'organisation dans son dernier bulletin aux membres.