Équilibre salarial entre Québec et Montréal

C’était devenu la norme, ces dernières années. La croissance du budget global moyen d’augmentations salariales à Québec était plus élevée qu’à Montréal.

Ce n’est plus le cas. L’équilibre a été atteint.

Dans la métropole, en 2017, la poussée du budget global moyen d’augmentations salariales des organisations est de 2,5 % comparativement à 2,4 % dans les régions administratives de la Capitale-­Nationale et de la Chaudière-Appalaches.

Pour l’année 2018, la firme Normandin Beaudry prévoit exactement le même scénario.

Le budget global d’augmentations salariales, ça rime à quoi?

C’est le pourcentage de la masse salariale d’une entreprise consacré à l’ensemble des augmentations salariales incluant, évidemment, les majorations salariales dites générales, mais aussi les hausses liées au rendement et à la performance. Par contre, le budget global d’augmentations salariales exclut les hausses relatives aux promotions.

Voilà.

«En raison d’un taux de chômage plus bas à Québec qu’à Montréal, l’accroissement du budget global moyen d’augmentation salariale a été plus élevé dans la capitale au cours des dernières années», explique Geneviève Cloutier, associée chez Normandin Beaudry, un cabinet de consultation en actuariat et rémunération globale.

En 2013, par exemple, le budget global moyen d’augmentations salariales dans la région de la Capitale-Nationale grimpait de 3,5 % alors qu’il montait de 2,7 % à l’autre bout de l’autoroute Jean-Lesage. À l’époque, le taux de chômage affichait 5,1 % à Québec et 10 % à Montréal.

La logique veut que plus le taux de chômage est bas, plus il est difficile pour les entreprises de recruter des bras et des cerveaux. Pour les attirer et les garder, dans une situation de rareté ou carrément de pénurie de main-d’œuvre, elles doivent donc s’ajuster à leur marché et offrir une rémunération concurrentielle.

Si le taux de chômage demeure très bas à Québec — 4,6 % à Québec en 2018 selon Normandin Beaudry — il est sur la pente descendante dans la métropole. Il devrait montrer 8 % l’an prochain. Il s’établissait à 11 % en 2015 et à 9,7 % en 2016.

Un revirement de situation qui, selon Geneviève Cloutier, force les organisations à Montréal à hausser le niveau de rémunération offert à leurs employés afin d’augmenter leur capacité d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre et de se positionner avantageusement sur le marché.

L’atteinte de l’équilibre fait-elle perdre un avantage concurrentiel aux entreprises des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière­-Appalaches par rapport à celles de la région de Montréal?

«Pas nécessairement», suggère Mme Cloutier. «Chaque entreprise, peu importe sa localisation, s’adapte à son marché et à la disponibilité de la main-d’œuvre sur son territoire. Elle prend aussi en considération le coût de la vie qui peut être différent d’un endroit à un autre.»

Il n’y a pas que le salaire

Selon l’associée chez Normandin Beaudry, le salaire de base demeure en tête de liste des critères d’attraction de la main-d’œuvre.

«Ensuite, il faut y ajouter quelques ingrédients. Des éléments d’épargne. Des avantages sociaux. De la conciliation entre le travail et la vie personnelle. Et beaucoup, beaucoup de flexibilité», propose Geneviève Cloutier. 

L’arrivée massive des milléniaux dans les organisations est en train de bousculer la notion de carrière.

«Il n’y a plus un seul chemin pour se rendre au sommet. Les parcours sont multiples. À un certain moment, l’employé voudra privilégier une ascension plus rapide. Tantôt, il voudra prendre son temps», explique-t-elle.

«Il faut que les organisations soient conciliantes afin de permettre à leurs jeunes travailleurs de concilier leur parcours professionnel et leurs projets personnels. Un jour, ils peuvent décider de prendre un temps d’arrêt. Puis, éventuellement, de réintégrer les rangs. Ça ne doit pas être interprété, par les employeurs, comme une sorte de désengagement envers l’organisation.»

«Vous savez, cette notion de flexibilité, personne n’en parlait il y a cinq ans», fait-elle remarquer. Ça peut explique la «résistance» au changement qui s’exprime dans certaines organisations. «Celles qui ont compris les changements dans l’attitude et le comportement des jeunes travailleurs sont nettement en avant de la parade.»

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HAUSSES SALARIALES DE 2,5 % EN 2018

Chaque année, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréées demande aux plus importants cabinets spécialisés en rémunération de consulter leur boule de cristal et de s’avancer sur les prévisions salariales.

Les Québécois, comme les Canadiens, doivent s’attendre à recevoir des augmentations salariales de 2,5 % en 2018.

Au Québec, 2017 et 2018 devraient être du pareil au même.

Puisque l’inflation au pays devrait demeurer sous la barre des 2 %, «le pouvoir d’achat des travailleurs sera préservé», note l’ordre.

Au Québec, les travailleurs du secteur primaire devraient bénéficier d’une hausse de 2,8 % alors que les salaires des employés de l’administration publique devraient grimper de 2,3 %. 

«Les incertitudes économiques, ainsi que le contexte de plein emploi et la rareté de la main-d’œuvre qui en découle, ajoutent une pression supplémentaire sur les employeurs. Les organisations qui désirent rester compétitives n’auront d’autre choix que d’offrir une rémunération attrayante afin de retenir les meilleurs talents».