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Entente Hydro-Québec/Alcoa: opinion d'expert

L'entente à long terme conclue mardi entre Hydro-Québec et Alcoa au sujet de l'approvisionnement en électricité ne fait pas le bonheur de tous. Pour Jean-Thomas Bernard, du Département de science économique de l'Université d'Ottawa, un tel accord ne fait que retarder l'«inévitable», la fermeture ou la délocalisation des usines.
Q Que pensez-vous de l'entente?
R J'étais et je suis encore défavorable. Le fait qu'on ait eu des ressources hydroélectriques a été intimement lié au développement de l'industrie de l'aluminium au Québec. Au début de l'industrie, on avait beaucoup de ressources Hydro, à ce moment-là, une façon d'exporter la ressource était à travers des produits comme l'aluminium et les pâtes et papiers.
Dans les années 80, on avait un certain avantage par rapport au reste du monde en termes de coûts d'électricité à la suite des crises pétrolières de 1973 et 1979 et aussi en raison des déboires dans l'industrie du nucléaire. Nous avions de l'électricité en très grand volume pas cher par rapport au reste du monde, ce qui a entraîné une expansion.
Aujourd'hui, cet avantage est fini! La nouvelle électricité au Québec coûte au moins 10 ¢ le kilowattheure, et ailleurs dans le monde on peut en produire pour moins cher.
À l'avenir, il ne faut plus penser établir des usines d'aluminium au Québec, c'est fini cette ère-là. On ne sera pas capable de rencontrer la concurrence. Pour l'instant, on se ferme les yeux.
Q Le gouvernement a-t-il bien agi?
R C'est une mauvaise décision économique. On est rendu à l'étape de l'histoire économique du Québec où il faut laisser partir les alumineries. Avec un tel accord, on remet à plus tard un processus d'ajustement qui devrait déjà s'enclencher [fermeture des usines]. Elles [alumineries] vont gagner quelques années, mais cela n'effacera pas le problème de base.
L'impact direct, c'est que cela va être payé par les autres clients [résidentiels] et aussi à travers des baisses de dividendes qu'Hydro aurait versés au gouvernement.
On va être en période de survie pendant quelques années et après on aura besoin de la nouvelle électricité, cette dernière sera alors à 10 ¢...
Q Croyez-vous que d'autres alumineries pourraient s'installer au Québec?
R Ce serait une aberration de les accepter. On n'a plus le coût pour leur présenter un tarif qui sera rentable.