Le MS Aiviq, l’un des brise-glaces pour lequel Chantier Davie possède une option d’achat.

Enfin, de l'espoir pour la Davie

«Sans équivoque, le premier ministre Justin Trudeau indique de manière très précise son intention de donner un contrat pour la conversion de brise-glaces à Chantier Davie. Il s’agit d’un vote de confiance à l'égard de Davie, ses dirigeants et ses travailleurs.»

La direction de Davie a poussé un soupir de soulagement, jeudi, en écoutant le premier ministre du Canada, annoncer le début d’une ronde de discussions entre son gouvernement et le chantier maritime de Lévis pour fournir rapidement quatre brise-glaces à la Garde côtière.

«C’est le début d’une nouvelle ère dans les relations entre Davie et le gouvernement Trudeau», a qualifié le porte-parole de Davie, Frédérik Boisvert, en signalant que les premiers échanges avec les fonctionnaires fédéraux et les représentants de la Garde côtière se dérouleront dès aujourd’hui dans la capitale fédérale.

Davie tire la manche d’Ottawa depuis 2015 avec son projet Resolute visant la conversion de quatre brise-glaces pour lesquels l’entreprise possède des options d’achat. L’entreprise veut secourir la Garde côtière aux prises avec un sérieux problème de vieillissement de sa flotte.

Comptant sur des appuis provenant de tous les horizons, l’entreprise a augmenté la pression, l’automne dernier, pour assurer la pérennité du chantier et des 1500 emplois à la suite de la fin des travaux sur l’Asterix, un porte-conteneurs transformé en pétrolier ravitailleur pour la Marine royale. Le projet Resolute est l’une des voies d’avenir de Davie.

«Nous sommes extrêmement heureux», insiste Frédérik Boisvert, en vantant le leadership démontré dans le dossier par le conseiller de Justin Trudeau pour le Québec, Mathieu Bouchard, et le travail effectué par les élus de Québec, Jean-Yves Duclos et Joël Lightbound.

Ce n’est qu’une étape, dit la CSN

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) qui représente plus de 800 travailleurs de Davie, applaudit, elle aussi, l’annonce faite jeudi à Québec par Justin Trudeau, mais prévient qu’il ne s’agit que d’une étape.

«Davie doit trouver son compte dans la Stratégie nationale de construction navale, élaborée par le gouvernement précédent, qui l’a écartée au profit des chantiers de Vancouver et d’Halifax», a indiqué le président de la CSN, Jacques Létourneau.

Ce dernier a rappelé ce message, mercredi soir, au cours d’une conversation tenue avec M. Trudeau. Les deux hommes ont convenu de garder les canaux de communication ouverts. Le premier ministre a reconnu que la situation était préoccupante pour les travailleurs, a souligné la centrale syndicale.

En plus des brise-glaces, Davie lorgne des contrats de construction de navires de combat de surface et de traversiers ainsi que de rénovation de frégates.

Sans oublier, l’Obelix, le jumeau de l’Asterix.

Le projet Resolute, c’est quoi?

Pour les brise-glaces, Davie propose ni plus ni moins que la même formule éprouvée avec l’Asterix.

L’entreprise achète les navires. Elle les transforme selon les exigences de la Garde côtière. Puis, elle les loue au gouvernement fédéral pour une période de 15 ou 20 ans.

«C’est nous qui prenons tous les risques et qui injectons le capital. Pas les contribuables. Nous nous remboursons avec le contrat de location», résume Frédérik Boisvert.

Au sein du projet Resolute, Davie et Federal Fleet Services — la compagnie soeur de Davie au sein du holding Inocea qui est propriétaire du chantier de Lévis depuis 2012 — ont rassemblé deux autres partenaires pour veiller à la gestion des opérations maritimes, soit le Groupe Océan, de Québec, et la société norvégienne Viking Group, un chef de file mondial dans l’exploitation des brise-glaces.

Davie a profité du ralentissement du marché du pétrole et du gaz, et plus particulièrement de l’abandon d’un important programme de forage dans l’Arctique, pour faire des propositions d’achat afin de mettre le grappin sur quatre brise-glaces modernes, puissants, polyvalents et pleinement  opérationnels.

«Ces navires ne nécessitent qu’un minimum de modifications ou de reconfigurations au niveau de la superstructure afin de respecter les besoins de la Garde côtière», fait valoir Davie dans la documentation portant sur le projet Resolute.

Il y a d’abord un brise-glace polaire. Le MS Aiviq.

Construit en 2012 aux États-Unis, il s’agit, selon Davie, du brise-glace «le plus puissant au monde appartenant au secteur privé.» D’une longueur de 110 mètres et d’une largeur de 24 mètres, il a été construit, notamment, pour remorquer de grands appareils de forage.

Il y a aussi trois brise-glaces moyens fabriqués en Norvège en 2000 par Viking Supply Ships.

Le MS Tor Viking II, le MS Vidar Viking et le MS Balder Viking. Ils sont d’une longueur de 84 mètres et d’une largeur de 18 mètres. Ils sont utilisés pour des opérations de déglaçage, mais aussi pour des expéditions dans l’Arctique et pour la recherche et le sauvetage.

«Dès que nous recevons le feu vert du fédéral, ces quatre bateaux vont arriver à Lévis dans le temps de le dire. Trois semaines au maximum», signale M. Boisvert.

Selon ce dernier, la reconfiguration et la modernisation des navires pourraient fournir du boulot à 300 travailleurs pendant deux ans.

«Ce n’est qu’une première évaluation», s’empresse-t-il de préciser. «Tout dépendra des composantes technologiques que voudra installer la Garde côtière. C’est pourquoi il est difficile, aujourd’hui, d’évaluer le coût du projet Resolute.»