Jean-Philippe Harvey fait partie de ceux qui ont subi des ratés avec le système de paye Phénix. Dans son cas, il a reçu des chèques pour lesquels il n'a pas travaillé.

Encore des ratés avec le système Phénix

MONTRÉAL — Les victimes du système de paie Phénix ne sont pas au bout de leurs peines. L’Alliance de la fonction publique du Canada vient d’être informée, par le Conseil du trésor fédéral, qu’il ne pourra mettre en vigueur des conventions collectives qu’il a pourtant signées en juin dernier.

Ce sont donc des augmentations de salaire et des paiements de rétroactivité, par exemple, qui ne pourront pas être versés comme prévu par ces conventions collectives, a précisé au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, Monique Déry, vice-présidente exécutive régionale de l’AFPC au Québec.

Outrée devant cet énième raté du système de paie Phénix, l’Alliance de la fonction publique du Canada a indiqué qu’elle déposerait une plainte à la Commission des relations du travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral, au nom de ses 100 000 membres touchés par ces ententes.

De plus, le grand syndicat pancanadien, qui est affilié à la FTQ au Québec, a fait savoir qu’il réclamera des dommages-intérêts pour ses membres affectés.

«Histoire d’horreur», «abomination», «désastre», «une honte»; Mme Déry et ses membres ne décolèrent pas devant les innombrables problèmes qu’ils ont dû endurer depuis que le gouvernement fédéral a imposé ce système informatisé de paie.

Des membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada ont d’ailleurs profité de la fête de l’Halloween, mardi, pour manifester costumés devant leurs bureaux, sur l’heure du midi, dans plusieurs villes du pays, dont Montréal.

C’est la semaine dernière que les représentants du Conseil du trésor fédéral ont informé leurs vis-à-vis syndicaux que la date limite de 150 jours pour mettre en oeuvre les conventions collectives qui avaient été signées le 14 juin, soit d’ici le 14 novembre, ne pourrait être respectée, à cause des ratés du système de paie Phénix, a indiqué l’Alliance.

«L’histoire est dramatique. Il y a des gens qui souffrent de stress chronique, d’angoisse, qui se demandent «quand est-ce que je vais avoir une paie?» On revient, supposons, d’un congé de maladie de longue durée ou d’un congé de maternité. Et puis là, ça prend des semaines, puis des mois et des mois avant d’avoir une paie. On fait quoi? On va aller emprunter chez nos parents pour avoir de l’argent. On va essayer d’aller dans une institution financière pour avoir un prêt. Il y en a qui ont failli perdre leur maison», a relaté Mme Déry.

«Depuis presque deux ans, on a eu au-dessus de 150 000 dossiers. Il y en a encore aujourd’hui [qui sont touchés] et il y en a encore à chaque paie; ce n’est pas fini», a déploré Mme Déry.

Elle a souligné qu’à tout le moins, le syndicat a un accès direct au sous-ministre de la Fonction publique et que les contacts sont constants pour tenter de régler les problèmes.

«Ce n’est pas drôle. Ça affecte la santé mentale [des travailleurs]. Il y a eu à peu près 200 dossiers au Programme d’aide aux employés, parce qu’il y a eu des situations de stress chronique et d’angoisse dues aux problèmes de Phénix», a rapporté Mme Déry.

L’attachée de presse de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, a réagi par courriel en affirmant que «les problèmes de paye actuellement éprouvés dans la fonction publique sont totalement inacceptables».

«Nous sommes à l’écoute des préoccupations et des problèmes soulevés par les employés, et nous sommes déterminés à travailler en collaboration à tous les niveaux pour les résoudre le plus rapidement possible. Nous continuons de collaborer avec nos partenaires, y compris les syndicats, pour trouver des solutions aux problèmes de paye, et nous mettons en oeuvre les conventions collectives le plus rapidement possible», a ajouté Ashley Michnowski.