Encore de la grogne anti-pipeline chez Desjardins

La grogne contre l’investissement de 145 millions $ de Desjardins dans le projet de pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan a encore résonné lundi soir, lors de l’assemblée annuelle d’une caisse de Québec.

À 76 ans, Ghislain Théberge, un membre Desjardins de longue date, a porté une résolution qui a été adoptée par les membres présents à l’assemblée de la Caisse Piedmont Laurentien. L’ancien homme d’affaires, qui a déjà dirigé l’entreprise CO2 Solution, avait déjà envoyé une lettre pour signifier son désaccord avec cet investissement à la direction de Desjardins en juillet 2017.

Le citoyen, qui a aussi travaillé au ministère de l’Environnement et à Recyc-Québec, avait été étonné que la coopérative investisse dans ce projet, puisqu’il trouvait que c’était contraire à sa philosophie.

Quand il a vu il y a quelques jours un article dans Le Devoir qui faisait état d’une «fronde des coopérants», il a décidé de s’en inspirer pour présenter une résolution.

En date de mardi, 18 assemblées au Québec avaient fait connaître leur désaccord, selon une compilation du groupe environnemental Greenpeace. Dans la capitale, la Caisse de Limoilou en fait partie. La résolution a été déposée, mais battue, dans deux autres caisses de la province, dont Sillery–Saint-Louis-de-France. Neuf autres institutions devraient déposer une motion, dont celle de Québec, alors que l’ensemble des caisses du Mouvement (près de 300) tiennent ces jours-ci leur assemblée générale.

«Nous demandons à la direction de notre Mouvement coopératif Desjardins de mettre fin à ses investissements dans les pipelines de l’industrie des sables bitumineux et de transférer ses investissements dans les énergies qui respecteront la philosophie et l’éthique de notre Mouvement», indique la résolution présentée par M. Théberge.

«On a les changements climatiques, c’est criant», fait-il valoir. Les 145 millions $ comptent pour bien peu dans le projet de Kinder Morgan, ajoute M. Théberge, mais cet argent aurait pu faire une grande différence pour de plus petites entreprises écoresponsables.

Chez Desjardins, on indique que les membres peuvent exprimer leur point de vue et qu’ils sont écoutés. «C’est certain que ce n’est pas un vent de contestation», fait valoir la porte-parole, Chantal Corbeil, à la lumière des statistiques. Les votes n’auront pas de portée officielle.

«Ce n’est pas les caisses qui ont investi dans les projets fossiles. […] C’est les comptes majeurs [de la Fédération], parce que ce sont de très gros dossiers. Donc, elles ne peuvent pas avoir de pouvoir. Quand un membre vote, il vote pour sa caisse à lui.» Mme Corbeil réitère toutefois que Desjardins a déjà enclenché «une transition vers une économie sobre en carbone».

Après avoir levé son moratoire sur les investissements sur les projets d’oléoduc, le Mouvement Desjardins avait annoncé en décembre une série de pratiques pour orienter ses décisions, sans toutefois tirer un trait sur les énergies fossiles.

«Au fur et à mesure, on va avoir un portefeuille de plus en plus important dans les énergies renouvelables et de moins et moins dans les énergies fossiles», explique-t-elle. Mais il n’est pas question de se retirer d’investissements déjà accordés, comme dans le cas du pipeline de Kinder Morgan.

Greenpeace satisfaite
L’organisation Greenpeace, qui a entrepris une campagne contre Desjardins dans ce dossier, s’est dite très satisfaite de la participation des gens, qui ont repris leur démocratie en mains, explique le porte-parole, Patrick Bonin.

L’organisme trouve que Desjardins ne va pas assez loin et qu’il devrait délaisser les sables bitumineux, comme d’autres grandes banques, telles BNP Paribas et HSBC l’ont fait, nomme-t-il.

Quelque 11 500 personnes — dont 65 % sont membres du Mouvement — avaient signé mardi la pétition demandant à Desjardins de cesser tout financement de pipeline de sables bitumineux.