Le député de René-Lévesque Marjolain Dufour, la ministre Martine Ouellet, la première ministre Pauline Marois, le président d'Alcoa Canada Martin Brière et le vice-président énergie chez Alcoa Canada, Nicolas Dalmau

Électricité: Alcoa annonce une entente sur les tarifs

Le gouvernement du Québec et la multinationale Alcoa ont annoncé mardi une entente de 15 ans sur les tarifs d'électricité, entente qui permettra notamment le maintien de 3000 emplois directs au Québec. En contrepartie, la région de Baie-Comeau doit oublier le projet de modernisation de 1,2 milliard $ de son aluminerie.
Alcoa a donc obtenu les tarifs qu'elle désirait, elle qui avait menacé en octobre de fermer ses trois alumineries québécoises (Baie-Comeau, Deschambault et Bécancour) si elle ne parvenait pas à s'entendre avec Québec concernant ses tarifs d'électricité, qui devaient augmenter d'environ 1,5 ¢ du kilowattheure en janvier 2015. «Nous faisons le nécessaire pour consolider des emplois de qualité en région», a lancé la première ministre Pauline Marois, qui a fait un rapide passage à Baie-Comeau mardi pour cette annonce.
En retour, l'entreprise s'est engagée à investir un minimum de 250 millions $ sur cinq ans au Québec, dont 150 millions $ à Baie-Comeau pour la mise à niveau de l'usine afin de l'orienter vers les produits à valeur ajoutée destinés au marché de l'automobile. La modernisation, qui visait à augmenter la capacité de production brute, est donc reléguée aux oubliettes, a d'ailleurs confirmé Martin Brière, président d'Alcoa Canada Groupe Produits primaires.
Mme Marois se félicitait aussi du fait qu'Alcoa se tourne vers des produits à valeur ajoutée et que la compagnie devienne partenaire de la Stratégie gouvernementale d'électrification des transports, notamment en raison de son savoir-faire en conception de véhicules allégés. Mme Marois souhaite d'ailleurs que cette entente avec Alcoa «devienne un tremplin pour faire du Québec un leader mondial des transports électriques».
Pour sa part, le président d'Alcoa Canada a souligné qu'il est plus avisé de s'orienter vers la fabrication de produits en aluminium pour le marché nord-américain de l'automobile, en pleine croissance, que de se lancer vers une production accrue. «Le marché ne veut pas voir plus de volume», a lancé M. Brière, en signalant que cette entente marquait un nouveau départ pour les alumineries québécoises de l'entreprise.
L'entente prévoit aussi qu'avec l'optimisation de son centre de coulée, l'usine de Baie-Comeau sera grandement considérée pour l'éventuelle fabrication d'une nouvelle batterie pour l'industrie du transport électrique. L'usine a déjà commencé à faire sa place chez les constructeurs automobiles dans leurs recherches de véhicules plus écoénergétiques, car elle fournit les laminés pour la carrosserie en aluminium de la nouvelle camionnette F-150 de Ford.
L'entente prévoit aussi que le plancher d'emplois à Baie-Comeau demeure à 900 et que le niveau de production de l'usine sera de 295 000 tonnes métriques par année pour au moins 15 ans.
Le Syndicat national des employés de l'aluminium de Baie-Comeau a réagi avec réserve à cette annonce. «On aurait aimé que la modernisation soit dans l'entente», a déclaré le président du Syndicat, Michel Desbiens, qui a toutefois signalé que la plupart des 900 employés de l'usine se réjouissaient, car cette entente lève le climat d'incertitude qui pesait sur eux et l'ensemble de la Manicouagan.
Rappelons que le projet de modernisation de l'usine, dévoilé une première fois en décembre 2002 et reporté trois fois avant son abandon définitif de mardi, prévoyait l'érection d'une nouvelle salle de cuves, ce qui aurait fait passer la capacité de production à 450 000 tonnes métriques par année.
Depuis l'annonce de 2002, la moitié des 1800 emplois de l'usine ont disparu, avec la fermeture des vieilles salles de cuves. De plus, cet abandon devrait porter un certain coup aux entreprises de la région, qui comptaient grandement sur la modernisation.
<p>Dans un communiqué publié mardi, Alcoa n'a pas précisé les conditions tarifaires dont ses installations québécoises bénéficieront.</p>
Batterie en développement
L'entente avec Québec permet à Alcoa d'intégrer une partie de ses activités avec la Stratégie d'électrification des transports du gouvernement.
La nouvelle batterie que veut d'ailleurs développer Alcoa, en collaboration avec son partenaire Phinergy, en est un bel exemple. Cette batterie fonctionnerait à l'air et à l'aluminium, une innovation technologique émergente qui permettrait d'augmenter l'autonomie des véhicules électriques et qui servirait aussi dans de nombreuses autres applications.
«De nombreuses innovations sont attendues dans le secteur de l'automobile au cours des prochaines années, et le Québec mise sur la capacité d'innover de ses entreprises dynamiques, telles qu'Alcoa, pour se distinguer», a lancé la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, aussi présente pour cette annonce.