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Après un grave accident de vélo de montagne en 2018, Philippe Laperrière était en douleur constante : maux de cœur, maux de tête, étourdissements et courbatures. Puisqu’il est déconseillé de prendre des advils ou des tylenols après une commotion cérébrale, il était au bout du rouleau. 
Après un grave accident de vélo de montagne en 2018, Philippe Laperrière était en douleur constante : maux de cœur, maux de tête, étourdissements et courbatures. Puisqu’il est déconseillé de prendre des advils ou des tylenols après une commotion cérébrale, il était au bout du rouleau. 

D'une commotion cérébrale au cannabis médical

Marie-Soleil Brault
Marie-Soleil Brault
Le Soleil
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Après une commotion cérébrale et un traumatisme crânien qui l’ont laissé dans la douleur, c’est «gêné, découragé et rempli de préjugés» que Philippe Laperrière s’est rendu en 2018 à la SQDC afin de reprendre un semblant de vie normale. Trois ans plus tard, sa première pousse de cannabis médical est maintenant en vente sur le marché canadien.

Depuis 2019, sur les terres de Stoneham-et-Tewkesbury, le microproducteur Fuga prépare sa première culture de cannabis médical : le Tropicanna Cookies, une variété ayant remporté le premier prix de la Growers Cup du IC 420 en 2019. L’entreprise québécoise a pour slogan de «vouloir faire du bien et cultiver avec soins». Elle a récemment conclu un partenariat avec le distributeur canadien Abba Medix, qui a comme mission d’aider les vétérans ayant subi des chocs post-traumatiques. 

«Le Tropicanna Cookies est axé pour eux. C’est un cannabis de jour, qui active, avec des effets prévisibles. Avec Abba Medix et notre valeur commune de faire du bien, ça a été comme une bromance entre entreprises», souligne le fondateur de Fuga, Philippe Laperrière. 

Ce dernier a eu l’occasion d’aller discuter avec des personnes vivant au quotidien avec des séquelles de leur service en zone de combat dans les Forces armées. «J’ai été dévasté. Certains ne peuvent plus sortir de leur maison. D’autres, quand le camion de vidange passe, font un saut, se cachent et les fils se touchent. Ça peut être dangereux, avance M. Laperrière. C’est important de se rendre compte que le cannabis peut les aider à recommencer à bouger avec des consommations responsables. C’est sûr qu’il y en a quelques-uns qui l’échappent. Mais la majorité recommence à vivre parce que ça les détend, ça enlève le stress et ça les raccroche à la réalité.»

«De savoir qu’on le fait pour les bonnes raisons, ça donne du sens. Beaucoup de personnes avec certains problèmes médicaux comme la sclérose en plaques m’écrivent. Je les réfère toujours vers une clinique médicale, car je ne suis pas un expert à ce niveau-là, mais c’est le fun à voir», ajoute-t-il. 

Un accident qui a semé une graine

Ce n’est pas pour rien que l’entreprise d’une dizaine d’employés se spécialise dans la production de cannabis médical.

Après un grave accident de vélo de montagne en 2018, Philippe Laperrière était en douleur constante : maux de cœur, maux de tête, étourdissements et courbatures. Puisqu’il est déconseillé de prendre des advils ou des tylenols après une commotion cérébrale, il était au bout du rouleau. 

«J’étais pogné à attendre que ça passe. Je trouvais ça insupportable. Je n’écoutais pas ce que les médecins disaient : pas de télévision, pas de lecture. Tu ne peux rien faire. Je déprimais, je prenais du poids. Je n’avais jamais écouté District 31 et j’ai écouté les quatre saisons en ligne une après l’autre.»

Un an plus tard, accompagné d’un financement de 4 millions de dollars par des investisseurs privés, Fuga avait les mains dans la terre et une première floraison en route. 

La légalisation du cannabis au Canada entrait en vigueur 30 jours après son accident. À la suite de lectures sur l’utilisation du CBD pour soulager les effets secondaires des commotions cérébrales par des hockeyeurs retraités, M. Laperrière s’est dirigé vers la SQDC pour acheter son premier joint. Une action qu’il n’avait pas faite depuis 22 ans. L’atténuation de ses symptômes fut instantanée.

«C’était comme une petite épiphanie. Toute ma vie s’est remise en marche». C’est à ce moment que Philippe Laperrière a fait le grand pas dans le monde de la production de cannabis. 

Le cannabis contient deux molécules : le THC et le CBD. Le cannabidiol (CBD) limite les effets psychoactifs du THC et pourrait aider à calmer le système nerveux. Cependant, selon le site de la SQDC, il n’est pas encore possible de démontrer ces affirmations avec certitude. 

Un an plus tard, accompagné d’un financement de 4 millions de dollars par des investisseurs privés, Fuga avait les mains dans la terre et une première floraison en route. 

Un plan d’affaires «pas galvaudé»

Dans la communauté de Stoneham-et-Tewkesbury, ce projet de production de cannabis a été accueilli avec un taux d’approbation encourageant, à une exception près. 

«Je vais tout faire jusqu’à ma mort pour que ton projet n'ait pas lieu». Ce sont les mots que M. Laperrière a reçus d’un citoyen qui ne désirait pas voir l’avenir de Fuga fleurir dans sa municipalité. « Le monsieur, c’est un policier à la retraite. Toute sa vie il s’est battu contre la drogue et tout d’un coup, il y en a un qui vient s’installer dans sa cour.»

Néanmoins, après maintes discussions entre la population de l’endroit et des séances de porte à porte, «il a vu que c’était un projet positif, que j’étais quelqu’un de droit qui ne venait pas du milieu organisé et que j’avais une petite famille.» 

Tout est bien, qui commence bien. Le microproducteur promet de remettre 1% de la totalité de ses revenus à la communauté et pas seulement sur le profit. «Même si je suis déficitaire, 1% des revenus vont venir s’ajouter à la dette parce que je veux vraiment redonner à la communauté où l’on s’installe. On va faire un appel de projets et on va décider selon des critères précis quels projets seront choisis.»

Fuga compte aussi ajouter un emplacement à Cap-Tourmente. «On n’aura plus le titre de microproducteur, mais on va quand même le rester. Nous sommes à échelle humaine et ce qui différencie notre culture, c’est que tout le processus est fait à la main : on cultive en sol vivant de manière organique, on travaille avec des insectes, des champignons, des bactéries. Nous ne sommes pas dans un milieu tout aseptisé où le tout pousse dans de la laine de roche ou de la laine minérale», explique Philippe Laperrière sur le procédé artisanal que l’entreprise est fière de maintenir. 

«La place que je veux prendre dans l’industrie, c’est l’apprentissage. Je veux transmettre de la connaissance, que les gens sachent c’est quoi le cannabis pour vrai. Qu'on enlève les préjugés et qu’on détricote tous ces nœuds-là et que les gens comprennent la plante pour ce qu’elle est.»