Ce ne sont pas tous les employés de Ciao qui pourraient travailler de l’étranger, mais l’entreprise voit cet accommodement comme un exemple parmi d’autres pour se démarquer comme employeur.

Du télétravail... outremer

L’entreprise spécialisée en technologie de l’information Ciao a accepté de dire «ciao» à l’une de ses employés pour quelques mois. Un simple au revoir — puisqu’elle continuera de travailler de l’Europe tout en voyageant —, plutôt que de devoir lui dire adieu pour de bon.

Audrey Latulippe, responsable des communications et du marketing, s’est envolée lundi pour un voyage de deux mois en Autriche et au Portugal. Mais si elle compte bien visiter ces pays, elle y sera aussi pour travailler. Le Soleil l’a jointe à Prague, en République tchèque, où elle faisait escale.

Mme Latulippe a eu la piqûre pendant un stage à Paris après ses études. «Je savais que j’aimais voyager, mais je me suis rendu compte que j’aimais peut-être plus vraiment habiter une ville. Pas juste visiter des musées, mais vraiment prendre le pouls.» Elle a ensuite travaillé en Australie pendant huit mois.

Elle savait donc qu’elle voulait continuer à voyager tout en travaillant. Elle pensait devoir le faire en faisant de la consultation, donc comme travailleuse autonome.

Dès l’entrevue d’embauche avec Ciao, Mme Latulippe avait fait part de son rêve. Une sorte de condition d’embauche. Jean-François Paquin, coprésident et directeur général de l’entreprise, explique que Mme Latulippe était leur premier choix lors des entrevues.

Les dirigeants de Ciao étaient donc devant un dilemme : choisir Mme Latulippe avec cette contrainte, ou opter pour une candidature moins forte. Ils ont jugé qu’ils pourraient l’accommoder.

Évidemment, il précise que la plupart des emplois au sein de l’entreprise ne pourrait pas se faire à l’étranger, puisque les développeurs, les analystes ou les chargés de projets se déplacent chez les clients.

«Ça m’a vraiment surprise d’avoir une entreprise qui était ouverte à ça», note Mme Latulippe, même si ceux qu’on appelle les nomades digitaux ou numériques sont de plus en plus nombreux. Surtout que ça ne fait que deux mois qu’elle travaille pour Ciao.

Audrey Latulippe travaille le matin et le soir, et l’après-midi elle visite. Elle était à Prague lors de notre entretien.

Se démarquer
«Je le vois comme un engagement aussi envers nos conseillers [travailleurs]. On leur demande de s’investir auprès de nos clients, nous il faut qu’on essaie de faire la même chose dans la mesure du possible. Audrey, c’est un exemple», dit-il.

Un autre employé a reçu des commandites et a été libéré à quelques reprises pour son club de BMX. L’entreprise paie aussi les cours universitaires pour de la formation complémentaire, en plus de faire des accommodements pour les horaires.

Des façons pour l’employeur qui comptera quelque 70 employés à l’automne de se démarquer alors que la pénurie de main-d’œuvre est de plus en plus «dramatique».

«On refuse des contrats des fois parce qu’on n’aura pas la capacité de les livrer», fait valoir M. Paquin. «C’est beaucoup dans la philosophie de Ciao. Ils [les dirigeants] vont bien choisir leur monde, mais après ils vont leur laisser une belle autonomie», renchérit Mme Latulippe.

Il faut une belle confiance envers l’employée, admet M. Paquin. Mais la communicatrice croit qu’il y a bel et bien un gain pour l’entreprise. «Quand on travaille à distance, on a tendance à être plus performant. Il n’y a pas de discussion autour de la machine à café. On se fait moins déranger par nos collègues.»

Et comment concilier les horaires, quand on vit avec six heures de décalage? Mme Latulippe travaille le matin, puis prend une pause pour visiter l’après-midi. «Eux se réveillent, ils ont à peu près 50 messages de moi!» dit-elle en riant. Le soir, elle recommence à travailler, cette fois-ci en même temps que ses collègues. «Je trouve ça le fun d’avoir cette stabilité-là, d’avoir toujours mon équipe à Québec avec qui j’interagis.»

Et grâce aux outils technologiques, c’est maintenant facile de se parler d’un peu partout dans le monde, indique son patron.

Dans deux mois, Mme Latulippe sera de retour au bercail. Elle partira pour le Costa Rica en novembre. Puis, retour au Québec, pour ensuite mettre le cap sur l’Asie en février ou en mars. Évidemment, c’est si le test se passe bien, pour elle et pour l’entreprise.

«Il est peut-être tôt pour dire si ça va bien parce ce qu’elle vient juste de quitter, mais aujourd’hui, je suis bien en confiance!» conclut M. Paquin.