Division autour du partage des pourboires

Alors qu’une réforme de la Loi sur les normes du travail est dans les cartons à Québec, les restaurateurs et les syndicats qui représentent les travailleurs s’affrontent sur la question du partage des pourboires avec les cuisiniers.

À l’heure actuelle, la Loi sur les normes du travail stipule que le pourboire qui est versé à un serveur «appartient en propre au salarié qui a rendu le service». 

L’employeur ne peut imposer un partage des pourboires entre les salariés.

Mais devant les difficultés de recrutement de cuisiniers, l’Association des restaurateurs du Québec espère que la réforme attendue de la Loi sur les normes résoudra le problème, en permettant de partager les pourboires en incluant les serveurs et les cuisiniers.

Non, pas question de déshabiller Pierre pour habiller Paul! rétorque le président de la FTQ, Daniel Boyer. «Le partage des pourboires n’est pas une solution, puisque cette proposition risque de déplacer le problème de recrutement en cuisine vers les serveuses et les serveurs», a-t-il opiné.

Au cours d’une entrevue, Martin Vézina, conseiller aux communications et aux affaires publiques pour l’Association des restaurateurs, a fait valoir qu’un cuisinier gagne en moyenne 15 $ à 16 $ l’heure, alors qu’un serveur, en comptant les pourboires, peut toucher 25 $ ou 26 $ l’heure.

M. Vézina affirme que c’est une question d’équité, de reconnaissance du travail de cuisinier. 

«On ne pense pas enlever tout le pourboire ou une grande partie du pourboire pour le redistribuer entre tous les corps de métier, mais juste de permettre une meilleure équité entre les différents corps de métier dans la restauration», a-t-il justifié.

Mais le président de la FTQ, dont plusieurs grands syndicats représentent des employés dans cette industrie, croit plutôt que pour attirer et garder le personnel, il vaudrait mieux hausser les salaires.

Pas pour les employeurs

Si le gouvernement a adopté cette formule dans la Loi sur les normes du travail, c’est parce qu’ «il avait bien saisi le danger de laisser le choix de la méthode de partage de ces sommes aux employeurs», a souligné Daniel Boyer.

Mais M. Vézina assure que les employeurs n’ont aucunement l’intention d’en conserver une partie. «Il est clair et évident que les pourboires devraient appartenir en tout temps aux employés. Il n’est pas question que les propriétaires ou l’entreprise reçoivent une partie des pourboires.»

Guy Gendron, président de la section locale 9400 du Syndicat des métallos (hôtellerie et restauration), affilié à la FTQ, croit que la solution serait que les emplois de cuisinier soient reconnus et que les employeurs les paient en conséquence.

Certains cuisiniers dans de grandes chaînes de restaurants commencent à 12,50 $, 13 $ ou 14 $ l’heure, rapporte M. Gendron. Son syndicat a donc négocié ce qu’il appelle «le salaire minimum plus» pour des cuisiniers. C’est dire que dès que le salaire minimum monte, le salaire des cuisiniers monte également.

«S’ils prennent l’argent des serveurs pour payer les cuisiniers, ils vont juste renverser le problème: ils vont avoir une pénurie de serveurs; ça ne sera pas mieux là. C’est une mauvaise solution», s’est exclamé M. Gendron.

Le Syndicat des métallos représente quelque 4000 syndiqués dans l’industrie de la restauration et de l’hôtellerie, notamment dans les restaurants Saint-Hubert, la chaîne PFK et dans plusieurs hôtels et restaurants de toutes les gammes.